
En bref : contrairement à une idée reçue tenace, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes, loin devant le cancer du sein. En France, environ 204 femmes meurent chaque jour de complications cardiovasculaires, contre 35 d’un cancer du sein. Pourtant, les femmes sont moins bien dépistées, prises en charge plus tardivement et récupèrent plus difficilement. En cause : des facteurs de risque hormonaux spécifiques (contraception, grossesse, ménopause), des facteurs traditionnels souvent plus délétères, et surtout des symptômes d’infarctus atypiques (douleur à la mâchoire, nausées, fatigue intense) qui retardent l’alerte. Bonne nouvelle : la majorité des accidents cardiovasculaires sont évitables. Voici les risques spécifiques, les signaux d’alerte à connaître et les leviers de prévention. Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.
Une vulnérabilité longtemps sous-estimée
Le cœur des femmes présente des particularités qui le rendent vulnérable aux maladies cardiovasculaires (MCV) — infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral (AVC), insuffisance cardiaque. Selon la Fédération Française de Cardiologie, 54 % des victimes de ces maladies sont des femmes. L’AVC est la première cause de mortalité féminine, devant l’infarctus.
Le paradoxe : alors que ces maladies tuent bien plus que le cancer du sein, elles restent perçues comme un « problème d’homme ». Cette méconnaissance coûte cher : retard à l’alerte, diagnostic tardif, prise en charge plus lente.
• Environ 73 000 Françaises meurent chaque année d’une maladie cardiovasculaire.
• Près de 400 000 femmes sont hospitalisées chaque année pour une MCV, dont 33 % avant 65 ans.
• 1 infarctus sur 4 chez la femme survient désormais avant 65 ans, contre 1 sur 6 il y a vingt ans.
• 204 femmes meurent chaque jour de complications cardiovasculaires, contre 35 d’un cancer du sein.
Sources : Fédération Française de Cardiologie, Fondation pour la Recherche Médicale, Assurance Maladie.
Des facteurs de risque hormonaux spécifiques
En plus des facteurs de risque « classiques », les femmes font face à des risques liés à leur vie hormonale, à trois périodes clés :
| Période | Pourquoi le risque augmente |
|---|---|
| Contraception hormonale | Risque accru surtout en cas de tabagisme associé ou d’hypertension (l’association tabac + pilule est particulièrement dangereuse) |
| Grossesse | Peut révéler ou aggraver une prééclampsie ou un diabète gestationnel, marqueurs d’un risque cardiovasculaire à long terme |
| Ménopause | La baisse des œstrogènes fait perdre une protection naturelle, augmentant le risque d’hypertension, d’athérosclérose, d’infarctus et d’AVC |
Des facteurs traditionnels souvent plus délétères
À facteur de risque égal, les femmes sont parfois plus sévèrement touchées que les hommes :
- Tabagisme : particulièrement nocif pour le cœur féminin, surtout associé à la contraception hormonale. Le tabac est l’un des principaux moteurs de la hausse des infarctus chez les jeunes femmes.
- Hypertension artérielle : facteur majeur d’AVC et d’infarctus, dont les effets peuvent être plus marqués chez la femme.
- Diabète : il efface en grande partie la protection cardiovasculaire « naturelle » des femmes et pèse lourdement sur le risque, davantage que chez l’homme.
- Sédentarité, mauvaise alimentation, stress chronique : ils élèvent pression artérielle et cholestérol, et participent à la progression des MCV.
Une tendance inquiétante chez les jeunes femmes
Les infarctus progressent chez les femmes jeunes. La Fédération Française de Cardiologie a alerté sur une hausse d’environ 25 % des hospitalisations pour infarctus en cinq ans chez les femmes de 45 à 54 ans, avec une accélération depuis 2008. En cause : l’adoption des mêmes mauvaises habitudes de vie que les hommes (tabac, alimentation, stress, sédentarité) et l’environnement hormonal.
Des symptômes souvent atypiques — et c’est dangereux
C’est l’un des points les plus importants. Chez la femme, l’infarctus se manifeste souvent sans la douleur thoracique classique qui irradie dans le bras gauche. Les signes peuvent être plus discrets, donc ignorés ou attribués à autre chose (fatigue, stress, digestion) :
- Douleur ou gêne dans le cou, la mâchoire, le dos ou le haut de l’abdomen ;
- Essoufflement inhabituel ;
- Nausées, vomissements, sueurs ;
- Fatigue extrême et soudaine, inexpliquée ;
- Palpitations, vertiges, malaise.
Devant un ou plusieurs de ces signes inhabituels et persistants, n’attendez pas : appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112. Chez la femme, l’entourage met en moyenne une heure de plus à appeler les secours que pour un homme — un retard qui coûte des vies. Mieux vaut une alerte « pour rien » qu’un infarctus négligé.
Les oubliées de la recherche cardiovasculaire
Longtemps, les femmes ont été sous-représentées dans les études cliniques en cardiologie (elles n’y sont vraiment apparues qu’à partir des années 1990). Conséquence : un manque de données spécifiques, des outils d’évaluation du risque historiquement calibrés sur des données masculines, et un risque parfois sous-estimé chez la femme. En 2025, l’Académie nationale de médecine a d’ailleurs publié un rapport sur l’inégalité de prise en charge de l’infarctus chez les femmes en France. Inclure davantage de femmes dans la recherche reste un enjeu majeur.
Prévention : comment protéger son cœur
La majorité des accidents cardiovasculaires sont évitables. Les leviers sont connus et accessibles :
- Ne pas fumer (et éviter absolument l’association tabac + pilule) : c’est la mesure la plus protectrice.
- Bouger régulièrement : l’OMS recommande au moins 150 min d’activité modérée par semaine (marche rapide, vélo, natation). Voir aussi nos conseils cardio-training.
- Manger équilibré : riche en fruits, légumes, céréales complètes ; pauvre en sel, sucres et graisses saturées.
- Surveiller ses chiffres : pression artérielle, cholestérol et glycémie, via un suivi médical régulier.
- Gérer le stress et bien dormir : deux facteurs sous-estimés du risque cardiovasculaire.
- Réadaptation après un infarctus : les programmes de réadaptation cardiaque réduisent le risque de récidive — or les femmes y participent moins que les hommes. À ne pas négliger.
FAQ — Le cœur des femmes
Le cœur des femmes mérite une attention particulière : première cause de mortalité féminine, les maladies cardiovasculaires sont pourtant largement évitables et mieux maîtrisées quand on les connaît. L’enjeu est double : reconnaître les symptômes atypiques pour alerter à temps, et agir sur les facteurs de risque tout au long de la vie.
Retenez l’essentiel : ne pas fumer, bouger, surveiller ses chiffres, et ne jamais ignorer un signe inhabituel — au moindre doute, appelez le 15. Cet article est informatif : pour toute question sur votre santé cardiaque, parlez-en à votre médecin.
Aller plus loin
- Fédération Française de Cardiologie (FFC). Santé cardiovasculaire des femmes : campagnes et données (54 % des victimes de MCV sont des femmes ; hausse des infarctus chez les femmes jeunes).
- Fondation pour la Recherche Médicale (FRM). Cœur des femmes : les symptômes souvent ignorés (chiffres de mortalité et d’hospitalisation).
- Assurance Maladie (ameli.fr). Infarctus du myocarde chez la femme : causes et chiffres clés.
- Académie nationale de médecine. Rapport sur l’inégalité de prise en charge de l’infarctus du myocarde chez les femmes en France, 2025.



