Lecture : 8 min · Disciplines sportives
Longtemps perçu comme une activité tranquille réservée aux retraités, le golf s’avère en réalité bien plus exigeant pour le corps qu’il ne le laisse paraître. Marche prolongée, rotation du tronc répétée, gestion de l’équilibre sur un terrain irrégulier : la discipline combine endurance légère, coordination et travail postural. Voici ce que montrent réellement les études sur ses bénéfices pour le cœur, les os, le moral, et sur les blessures qu’il peut provoquer.
Une activité plus intense qu’il n’y paraît
Le golf est classé comme une activité physique d’intensité modérée, avec une valeur moyenne de 4,8 MET selon le Compendium of Physical Activities, la référence internationale utilisée pour quantifier la dépense énergétique des activités physiques1. À titre de comparaison, une marche rapide se situe généralement entre 3 et 5 MET : jouer au golf en marchant demande donc un effort comparable, voire supérieur selon le parcours.
Sur un parcours de 18 trous, un golfeur qui marche parcourt en moyenne entre 8,7 et 11,25 kilomètres et effectue environ 11 200 à 11 900 pas, certaines études rapportant même jusqu’à 16 700 pas selon le profil des joueurs1. C’est davantage que les 10 000 pas souvent cités comme objectif quotidien, et ce, en une seule sortie.
L’intensité réelle du golf dépend presque entièrement d’un facteur simple : marcher le parcours en portant ou en tirant son sac, plutôt que d’utiliser une voiturette électrique. C’est ce choix, plus que le swing lui-même, qui déterminera la valeur « activité physique » de la sortie.
Cœur et métabolisme : ce que change le golf
Une revue de littérature publiée dans le British Journal of Sports Medicine a examiné l’ensemble des données disponibles sur les liens entre golf et santé2. Elle rapporte une association entre la pratique du golf et l’amélioration de plusieurs marqueurs de risque cardiovasculaire : profil lipidique, glycémie, composition corporelle et capacité aérobie.
La donnée la plus frappante concerne la mortalité : une étude suédoise portant sur 300 818 golfeurs a mis en évidence un taux de mortalité inférieur de 40 % par rapport à des personnes non golfeuses de même âge et sexe, avec un gain d’espérance de vie estimé à environ cinq ans2.
Les auteurs de cette revue sont clairs sur un point : cette association ne prouve pas que le golf, à lui seul, prolonge la vie. Les golfeurs réguliers partagent souvent d’autres habitudes favorables (niveau socio-économique, activité physique globale, suivi médical), ce qui peut expliquer une partie du résultat. Il n’existe pas non plus, à ce jour, de données directes à long terme sur l’incidence des maladies coronariennes ou des accidents vasculaires cérébraux liée spécifiquement au golf.
Équilibre, proprioception et densité osseuse
Au-delà du cœur, le golf sollicite particulièrement l’équilibre et la coordination : chaque swing exige un transfert de poids précis d’un pied à l’autre, sur un terrain souvent irrégulier (pentes, roughs, bunkers). Plusieurs études suggèrent que cette pratique répétée améliore l’équilibre, la proprioception et l’endurance musculaire, un effet particulièrement documenté chez les personnes âgées2.
Cette dimension fait du golf une option intéressante dans une stratégie plus large de prévention des chutes et de maintien de l’autonomie après 60 ans, aux côtés d’autres approches comme le qi gong. Le caractère porteur de poids de l’activité (la marche prolongée, le swing) en fait également un appui utile, en complément d’un travail ciblé, pour les personnes concernées par une fragilité osseuse liée à l’ostéoporose — sans que le golf ne remplace à lui seul une prise en charge adaptée.
Pour les personnes souffrant d’arthrose, notamment de hanche ou de genou, le mouvement reste globalement bien toléré à condition d’adapter le swing et l’échauffement ; des pistes concrètes sont détaillées dans notre guide sur l’arthrose et les solutions pour soulager la douleur au quotidien.
Le rôle exact du golf dans le renforcement musculaire et la prévention des chutes reste encore à approfondir scientifiquement. En cas de trouble de l’équilibre marqué, d’ostéoporose sévère ou d’arthrose évoluée, demandez l’avis de votre médecin ou d’un kinésithérapeute avant de reprendre ou débuter la pratique.
Santé mentale : des bénéfices réels mais encore mal mesurés
Le temps passé en extérieur, la dimension sociale des parties jouées en groupe et la nécessité de concentration que demande chaque coup sont autant de facteurs associés à un meilleur bien-être chez les golfeurs réguliers. La revue du British Journal of Sports Medicine confirme cette association, tout en soulignant un manque d’études contrôlées solides portant spécifiquement sur la santé mentale2.
En pratique, cela signifie que le golf peut légitimement s’inscrire dans une routine de gestion du stress, au même titre que d’autres activités de plein air, sans pour autant être présenté comme un traitement à part entière d’un trouble anxieux ou dépressif.
Les blessures du golf : où, pourquoi, comment les éviter
Le golf a la réputation d’être un sport doux, mais les mouvements répétitifs du swing — rotation brusque du tronc, hyperextension du poignet et du coude en fin de mouvement, appuis asymétriques — exposent à des blessures de surutilisation bien identifiées.
Une étude de suivi sur un an menée auprès de golfeurs amateurs australiens a précisé la répartition des zones touchées3 :
| Zone touchée | Part des blessures |
|---|---|
| Bas du dos (lombaires) | 18,3 % |
| Coude et avant-bras | 17,2 % |
| Pied et cheville | 12,9 % |
| Épaule et haut du bras | 11,8 % |
Le bas du dos arrive donc en tête, loin devant le fameux « golfer’s elbow » (épicondylite médiale) qui reste néanmoins fréquent, aux côtés des douleurs de l’avant-bras liées à la prise de club et à l’impact répété. Les étirements d’avant-bras ciblés, réalisés avant et après la partie, font partie des mesures de prévention les plus accessibles pour cette zone.
L’épaule n’est pas épargnée non plus : la phase d’accélération du swing sollicite fortement la coiffe des rotateurs, et les douleurs chroniques de cette zone méritent d’être prises au sérieux plutôt que négligées — notre dossier sur la tendinopathie de la coiffe des rotateurs détaille les signes à surveiller et les exercices adaptés.
- Échauffez le dos, les épaules et les avant-bras avant chaque partie, y compris à l’entraînement sur le practice.
- Travaillez la mobilité thoracique et des hanches : un manque de rotation à ces niveaux reporte la contrainte sur le bas du dos.
- Faites vérifier régulièrement votre swing par un professionnel : de nombreuses douleurs chroniques viennent d’un défaut technique répété des centaines de fois.
- Adaptez le grip et la taille du manche en cas de douleur récurrente au coude ou au poignet.
- Douleur lombaire qui irradie dans la jambe, avec ou sans fourmillements.
- Douleur d’épaule qui limite nettement l’amplitude du bras au quotidien.
- Douleur de coude ou de poignet qui persiste au-delà de deux semaines malgré le repos.
Marche ou voiturette : l’impact sur la dépense calorique
Plusieurs travaux comparant la marche et la voiturette électrique sur un même parcours sont unanimes : la dépense énergétique, la fréquence cardiaque et la distance parcourue sont nettement plus faibles en voiturette1. Un golfeur en voiturette parcourrait ainsi environ 3,2 kilomètres sur un parcours, contre plus de 8 kilomètres pour un joueur qui porte ou tire son sac.
Les auteurs de la revue publiée dans BMJ Open estiment qu’un parcours de 18 trous joué à pied permettrait d’atteindre une part significative de la recommandation de l’American College of Sports Medicine, fixée à environ 1 000 kcal d’activité physique par semaine, et suggèrent que deux parcours de 9 trous peuvent constituer une alternative tout aussi valable qu’un parcours complet1.
Pour situer cet effort dans une routine plus large de contrôle du poids, notre guide sur la marche pour perdre du poids détaille comment structurer des séances de marche complémentaires les jours sans golf.
Bien débuter : nos conseils pratiques
- Prenez quelques cours avant de jouer seul. Un enseignant professionnel corrige d’emblée les défauts de posture et de grip qui, répétés sans contrôle, deviennent souvent la cause de douleurs chroniques.
- Commencez par des parcours courts. Neuf trous suffisent largement pour s’initier sans épuiser les lombaires ni les épaules dès les premières sorties.
- Marchez plutôt que de systématiser la voiturette dès que votre condition physique le permet, pour bénéficier pleinement de la dépense énergétique associée à la marche.
- Investissez dans un équipement à votre taille. Un manche trop long ou trop court modifie la mécanique du swing et augmente le risque de douleurs au coude et au poignet.
- Intégrez un échauffement spécifique : rotations du tronc, mobilité des hanches et des épaules, quelques swings à vide avant le premier coup réel.
Le golf peut contribuer à une gestion du poids s’il est joué à pied et régulièrement, grâce à la distance marchée (8 à 11 km sur 18 trous) et à une dépense calorique proche d’une marche soutenue. Il reste cependant rarement suffisant seul pour faire maigrir significativement s’il n’est pratiqué qu’une fois par semaine, sans ajustement de l’alimentation.
Il n’existe pas d’âge minimum ou maximum : le golf se pratique de l’enfance jusqu’à un âge avancé, et fait partie des rares sports accessibles à des personnes âgées de plus de 80 ans grâce à son faible impact articulaire. L’essentiel est d’adapter le format de jeu (nombre de trous, usage d’une voiturette) à sa condition physique du moment.
Non. Le bas du dos est la zone la plus souvent touchée chez les golfeurs amateurs, mais ce risque est en grande partie lié à une technique de swing imparfaite et à un manque d’échauffement, pas à l’activité elle-même. Un travail de mobilité du tronc et des hanches, combiné à un contrôle régulier du swing par un professionnel, réduit nettement ce risque.
Comptez en moyenne trois heures et demie à quatre heures et demie pour un parcours de 18 trous à pied, en fonction de l’affluence sur le parcours et du niveau des joueurs. Un parcours de 9 trous, deux fois plus court, se termine généralement en une heure et demie à deux heures.
Elle en réduit nettement l’intérêt cardiovasculaire, puisque la distance marchée et la dépense énergétique chutent fortement par rapport à un parcours effectué à pied. Le golf en voiturette conserve toutefois les bénéfices liés à la coordination, à l’équilibre lors du swing et à la dimension sociale et mentale de l’activité.
- Luscombe J, Murray AD, Jenkins E, Archibald D. A rapid review to identify physical activity accrued while playing golf. BMJ Open. 2017;7(11):e018993.
- Murray AD, Daines L, Archibald D, Hawkes RA, Schiphorst C, Kelly P, Grant L, Mutrie N. The relationships between golf and health: a scoping review. British Journal of Sports Medicine. 2017;51(1):12-19.
- McHardy A, Pollard H, Luo K. One-year follow-up study on golf injuries in Australian amateur golfers. The American Journal of Sports Medicine. 2007;35(8):1354-1360.
Le golf réserve davantage de bénéfices physiques qu’on ne l’imagine, à condition d’être joué à pied et avec une technique surveillée. Les risques de blessure, concentrés sur le dos, le coude et l’épaule, se préviennent largement par l’échauffement, le renforcement ciblé et un bon encadrement technique dès les premières sorties.
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Les informations de cet article sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas une consultation médicale. En cas de douleur persistante ou de doute sur votre condition physique, consultez un professionnel de santé avant de débuter ou reprendre une activité sportive.




