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Taekwondo

En bref : le taekwondo (태권도) est l'un des arts martiaux les plus pratiqués au monde et un sport olympique depuis 2000. Mais avant de vous inscrire — ou d'y inscrire votre enfant — deux choses méritent d'être dites. Un : il existe deux taekwondos, aux règles et aux formes différentes (ITF et WT), et personne ne vous le précise à l'inscription. Deux : le barème olympique récompense les coups de pied à la tête — trois points, cinq s'ils sont retournés. Conséquence logique : c'est devenu l'attaque la plus fréquente, et le taux de commotion mesuré en compétition est environ quatre fois celui du football américain. Voici le guide honnête.

La voie du pied et du poing

  • Tae (태) — le pied, l'action de frapper du pied.
  • Kwon (권) — le poing.
  • Do (도) — la voie.

Dans les faits, le taekwondo est l'art martial du coup de pied. Les poings existent, mais ils sont marginaux — et le règlement olympique, nous le verrons, les a rendus presque anecdotiques.

Il n'y a pas un taekwondo, il y en a deux

C'est l'information la plus utile de cet article, et on ne la trouve presque nulle part.

Le général Choi Hong-hi donne son nom à la discipline en 1955 et fonde l'ITF. Mais il se brouille avec le gouvernement sud-coréen, qui crée sa propre structure — celle qui deviendra World Taekwondo, la branche olympique. Depuis, deux disciplines coexistent sous un même nom.

WT (olympique)ITF
Autorité techniqueLe Kukkiwon, en Corée du SudL'International Taekwon-Do Federation
FormesPoomsaeTul
CombatPlein contact au plastron, casque obligatoire, arbitrage électroniqueSemi-contact, contact contrôlé
Poings à la têteInterditsAutorisés (contrôlés)
Jeux olympiquesOui, depuis Sydney 2000Non
En FranceLa très large majorité des clubsMinoritaire
La question à poser au club« Vous êtes WT ou ITF ? » Si vous visez la compétition olympique, ce sera WT — et c'est ce que propose l'immense majorité des clubs français. Si vous cherchez une pratique plus traditionnelle, avec des poings au visage contrôlés, l'ITF existe, mais elle est plus rare.

Les origines : la version officielle, et l'autre

Le récit habituel fait remonter le taekwondo aux Hwarang, les guerriers-lettrés du royaume de Silla, et au taekkyon, art de combat coréen ancestral. C'est ce qu'on lit partout.

Analyse critique — ce que disent les historiens

Techniquement, le taekwondo moderne doit énormément au karaté japonais. Choi Hong-hi lui-même, envoyé au Japon pour ses études, y a obtenu une ceinture noire 1er dan de karaté Shotokan. Les premières écoles coréennes (les kwan) enseignaient d'ailleurs, après-guerre, ce que certains appelaient alors ouvertement le « karaté coréen ».

Le contexte historique explique le reste. Après la libération de la Corée de l'occupation japonaise, tout ce qui rappelait le Japon devenait politiquement intenable. Les kwan ont donc gommé la filiation japonaise et réécrit l'origine de la discipline en la rattachant à un passé coréen ancien.

Ce que cela ne retire pas au taekwondo : l'apport coréen est réel et considérable — le travail de jambe issu du taekkyon, la spécialisation des coups de pied, la culture propre de la discipline. Le taekwondo est bien un art coréen. Mais sa généalogie officielle est un récit national autant qu'une histoire. Le savoir n'enlève rien à la pratique.

Ce que l'on fait réellement en club

Le taekwondo se décline en trois disciplines, et beaucoup de pratiquants ne font jamais de combat.

  • Le kyorugi (combat) — l'assaut au plastron. C'est la version olympique, la plus médiatisée.
  • Le poomsae (formes) — des enchaînements codifiés, exécutés seul, jugés sur la précision et la puissance. Aucun contact. C'est une voie complète, avec ses propres championnats.
  • La démonstration — techniques acrobatiques, casses. Spectaculaire, très codifié.
Une bonne nouvelle pour beaucoupSi les coups à la tête vous rebutent, sachez que le poomsae est une pratique officielle, compétitive et exigeante, sans le moindre contact. Beaucoup de clubs proposent aussi un travail technique sans combat obligatoire. Dites-le clairement à l'inscription : un club sérieux respectera votre choix.

Le règlement olympique fabrique le risque

Voici le barème du combat olympique. Lisez-le attentivement — il explique tout ce qui suit.

TechniquePoints
Poing au plastron1
Pied au plastron2
Pied à la tête3
Pied retourné au plastron4
Pied retourné à la tête5

Un coup de pied retourné à la tête vaut cinq fois un coup de poing au corps. Le message envoyé aux compétiteurs est sans ambiguïté : visez la tête, et tournez. Sans surprise, le coup de pied à la tête est devenu la technique d'attaque la plus fréquente du taekwondo de haut niveau.

Ce que cela nous apprendCe n'est pas une critique du taekwondo — c'est une leçon générale sur les sports de combat. Un barème n'est jamais neutre. Il façonne les comportements, et donc les blessures. Ici, la règle a créé le geste, et le geste a créé le risque.

Ce que dit la science sur les blessures

Ce que dit la science

Un taux de commotion élevé. La revue de littérature de référence sur les blessures en compétition (Pieter, Fife et coll.) rapporte un taux de commotion cérébrale d'environ 9,4 pour 1000 expositions — soit, selon les auteurs, près de quatre fois celui du football américain.

Le mécanisme est identifié. Une analyse vidéo systématique des commotions survenues aux championnats du monde (2017-2019) montre que la grande majorité résulte d'un coup de pied circulaire porté au visage. Une part notable survient d'ailleurs lors d'actions irrégulières.

Les blessures les plus fréquentes restent cependant les contusions et les atteintes des membres inférieurs — pieds, chevilles, tibias. La blessure ordinaire du taekwondoïste n'est pas la commotion : c'est le bleu et l'entorse.

Les protections ont évolué. Les plastrons électroniques (2012) puis les casques électroniques (2017) ont modifié la dynamique des combats et réduit les forces d'impact à la tête. C'est un progrès réel, encore en cours d'évaluation.

Ce que les parents doivent savoir

Le taekwondo est massivement un sport d'enfants — on y entre souvent dès 4 à 6 ans. Or les données sont claires sur un point : les jeunes athlètes présentent un risque de blessure à la tête supérieur à celui des adultes en compétition.

Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer. Le taekwondo apporte énormément aux enfants : coordination, souplesse, discipline, confiance. Mais posez les bonnes questions :

  • Y a-t-il des coups de pied à la tête chez les enfants, et à partir de quel âge ?
  • Le club impose-t-il le casque pour tout travail d'opposition ?
  • Le poomsae est-il proposé comme voie compétitive à part entière ?
  • Que fait le club en cas de choc à la tête ? La bonne réponse est : arrêt immédiat, pas de reprise le jour même, avis médical.

Un club sérieux répondra sans se braquer. Un club qui minimise la question est un mauvais signe.

Le taekwondo pour se défendre ? Soyons honnêtes

Analyse critique

On lit souvent que le taekwondo serait « efficace en autodéfense ». C'est à nuancer sérieusement, du moins dans sa version olympique.

Le règlement WT interdit les poings à la tête et ne récompense presque pas les poings tout court. Résultat : les compétiteurs de haut niveau développent un jeu de jambes extraordinaire, mais gardent peu les mains. Il n'y a par ailleurs ni saisie, ni corps-à-corps, ni travail au sol — trois situations qui dominent pourtant les agressions réelles.

Ce que le taekwondo vous donne réellement : une excellente gestion de la distance, des réflexes, de l'explosivité, une lecture rapide de l'adversaire — et une condition physique remarquable. Ce sont des atouts réels, à ne pas mépriser.

Ce qu'il ne vous donne pas : une réponse au corps-à-corps, à la saisie, au sol. Si la self-défense est votre objectif principal, un travail complémentaire (hapkido, jiu-jitsu, boxe) est indispensable.

Ce que le taekwondo développe vraiment

  • La souplesse des hanches — sans équivalent parmi les sports de combat. Les coups de pied hauts l'exigent, et la travaillent.
  • L'explosivité et la détente — les jambes sont sollicitées en puissance à chaque séance.
  • L'équilibre et la coordination — frapper haut sur un appui unique est un travail proprioceptif permanent.
  • Le cardio — les rounds sont courts et très intenses.
  • La discipline et le cadre — c'est ce que les parents viennent chercher, et le taekwondo le délivre.

Débuter le taekwondo

  • L'âge : dès 4 à 6 ans dans la plupart des clubs. Les adultes sont bienvenus à tout âge — la souplesse se travaille.
  • La tenue : le dobok (blanc), avec une ceinture. Col noir pour les ceintures noires.
  • Les protections : plastron, casque, protège-tibias et avant-bras, coquille, protège-dents — dès que l'on fait du combat.
  • Les ceintures : blanc, jaune, orange, vert, bleu, rouge… puis noire (les dan). Le détail varie selon les fédérations.
  • Le rythme : deux séances par semaine suffisent largement pour progresser.

Taekwondo ou une autre discipline ?

DisciplineCe qui la distingueChoisissez-la si…
TaekwondoCoups de pied aériens, vitesse, souplesse. OlympiqueVous voulez la technique de jambe la plus spectaculaire, un cadre compétitif clair
KaratéContrôle du coup, katas, forte dimension éducativeVous cherchez une pratique structurée, très documentée scientifiquement
SavateFrappe chaussée. Le format assaut exclut la puissanceVous voulez pratiquer et concourir sans encaisser
HapkidoClés, projections, corps-à-corpsLa self-défense est votre objectif principal
JudoProjections et sol. Aucune frappeVous voulez un sport de combat sans aucun coup porté

FAQ — Le taekwondo

Ce sont deux disciplines sous un même nom. Le WT (World Taekwondo), rattaché au Kukkiwon, est la branche olympique : combat au plastron en plein contact, casque obligatoire, arbitrage électronique, poings à la tête interdits, formes appelées poomsae. L'ITF, fondée par le général Choi Hong-hi, pratique un contact plus contrôlé, autorise les poings au visage et utilise les tul. En France, l'immense majorité des clubs sont WT. Posez la question à l'inscription.
Le taekwondo apporte beaucoup aux enfants — coordination, souplesse, discipline, confiance — et la plupart des blessures sont bénignes (contusions, chevilles). Mais un point mérite attention : en compétition, les jeunes athlètes présentent un risque de blessure à la tête supérieur à celui des adultes. Posez ces questions au club : y a-t-il des coups de pied à la tête chez les enfants ? Le casque est-il imposé ? Le poomsae est-il proposé ? Que fait-on en cas de choc à la tête ?
Oui, et c'est une voie complète. Le poomsae — les formes codifiées exécutées seul — est une discipline officielle, avec ses propres championnats, et sans le moindre contact. La démonstration en est une autre. Beaucoup de clubs proposent également un travail technique sans combat obligatoire. Dites-le clairement à l'inscription : un club sérieux respectera votre choix.
Parce que le barème l'encourage. Un coup de poing au plastron vaut 1 point, un coup de pied au plastron 2, un coup de pied à la tête 3, et un coup de pied retourné à la tête 5. Un coup de pied retourné au visage vaut donc cinq fois un poing au corps. Le résultat était prévisible : le coup de pied à la tête est devenu la technique d'attaque la plus fréquente du haut niveau. Le règlement n'est jamais neutre.
À nuancer. Le règlement olympique interdit les poings à la tête et ne valorise presque pas les poings : les pratiquants gardent donc peu les mains. Il n'y a par ailleurs ni saisie, ni corps-à-corps, ni sol — trois situations qui dominent pourtant les agressions réelles. Ce que le taekwondo donne réellement : une excellente gestion de la distance, des réflexes, de l'explosivité. Si la self-défense est votre objectif principal, un complément (hapkido, jiu-jitsu, boxe) est indispensable.
Non. La souplesse est une conséquence du taekwondo, pas un prérequis. Les coups de pied hauts l'exigent, et la pratique la développe séance après séance — le taekwondo est d'ailleurs sans équivalent parmi les sports de combat sur ce plan. Commencez avec l'amplitude que vous avez : elle progressera. Les adultes débutants sont nombreux et bienvenus.
Le récit officiel le rattache aux Hwarang et au taekkyon. Historiquement, c'est plus nuancé : le taekwondo moderne doit énormément au karaté japonais — le général Choi Hong-hi lui-même était ceinture noire de Shotokan, et les premières écoles coréennes d'après-guerre enseignaient ce que certains appelaient le « karaté coréen ». La filiation japonaise a ensuite été gommée pour des raisons politiques. L'apport coréen reste néanmoins réel et considérable, notamment le travail de jambe.

Le taekwondo est un sport magnifique : la technique de jambe la plus aboutie qui soit, une souplesse sans équivalent, un cadre éducatif solide, et une voie olympique claire pour ceux que la compétition attire.

Mais choisissez en connaissance de cause. Demandez si le club est WT ou ITF. Sachez que le poomsae permet de tout faire sans jamais encaisser un coup. Et si vous y inscrivez un enfant, posez les questions sur la tête — un bon club y répondra sans se braquer.

Le règlement olympique a fait du coup de pied au visage la technique reine. C'est spectaculaire. Ce n'est pas sans conséquence. Le savoir, c'est déjà choisir librement.

Aller plus loin

  • Pieter W, Fife GP, O'Sullivan DM. Competition injuries in taekwondo: a literature review and suggestions for prevention and surveillance. British Journal of Sports Medicine, 2012;46(7):485-491.
  • Ryu JH, et al. Mechanisms of sports concussion in taekwondo: a systematic video analysis. International Journal of Environmental Research and Public Health, 2022;19(16):10312. doi:10.3390/ijerph191610312 (championnats du monde World Taekwondo 2017-2019)
  • Kazemi M, Pieter W. Injuries at a Canadian National Taekwondo Championships (données comparées juniors / adultes).
  • Epidemiology of injuries in high-performance taekwondo: a systematic review (évolution du profil lésionnel après l'introduction du Protector and Scoring System).
  • World Taekwondo — règlement de compétition (barème de points, protections, zones autorisées).
  • Comité international olympique — olympics.com, fiche discipline taekwondo.
  • Fédération française de taekwondo et disciplines associées (FFTDA) — organisation, grades, clubs.

Cet article a une vocation informative. Le taekwondo de compétition est un sport de contact autorisant les coups de pied à la tête : les données citées sur les commotions concernent le haut niveau et ne décrivent ni la pratique du poomsae, ni un cours de loisir sans opposition. Toute perte de connaissance, même brève, tout étourdissement, maux de tête persistants, troubles de la vision, de la mémoire ou de l'équilibre après un choc à la tête imposent l'arrêt immédiat de la séance et un avis médical — la reprise ne doit jamais être décidée seul, et jamais le jour même. Chez l'enfant et l'adolescent, dont le cerveau est en développement, cette vigilance doit être renforcée. En cas de pathologie cardiaque, articulaire, d'antécédent de commotion, ou avant toute reprise après une longue interruption, demandez l'avis d'un médecin et signalez vos antécédents à l'enseignant.

Taekwondo, sport de combats