Parmi huit sports de loisir suivis pendant vingt-cinq ans, un seul arrive largement en tête pour l'espérance de vie. Ce n'est ni la course, ni la natation, ni la salle : c'est le tennis, et l'écart avec les autres est considérable.
Reste à comprendre pourquoi. Les auteurs eux-mêmes avancent une explication qui n'a rien à voir avec le cardio.

Ce que montre l'étude de Copenhague
La question « quel sport est le meilleur pour la santé ? » reçoit habituellement des réponses vagues. Une étude de cohorte danoise a tenté d'y répondre avec des chiffres.
La Copenhagen City Heart Study a suivi 8 577 participants pendant jusqu'à vingt-cinq ans, entre les examens de 1991-1994 et mars 2017, en relevant précisément le sport pratiqué. Les résultats ont été publiés dans Mayo Clinic Proceedings en 2018[1].
Les gains d'espérance de vie par rapport aux personnes sédentaires, après ajustement sur les facteurs de confusion, sont les suivants.
| Sport | Gain estimé |
|---|---|
| Tennis | 9,7 ans |
| Badminton | 6,2 ans |
| Football | 4,7 ans |
| Vélo | 3,7 ans |
| Natation | 3,4 ans |
| Jogging | 3,2 ans |
| Callisthénie | 3,1 ans |
| Salle de sport | 1,5 an |
L'écart est frappant : le tennis devance le jogging de plus de six ans, et la salle de sport de plus de huit.
Il s'agit d'une étude observationnelle. Les auteurs l'écrivent noir sur blanc : « il reste incertain que cette relation soit causale ».
Autrement dit, ces chiffres ne signifient pas que prendre une raquette ajoute mécaniquement 9,7 ans à votre vie. Les joueurs de tennis peuvent différer des autres par leur niveau socio-économique, leur état de santé initial ou leur mode de vie global — autant de facteurs que l'ajustement statistique ne neutralise jamais complètement.
Ce qui reste solide : tous les sports font mieux que la sédentarité, et les sports collectifs ou à deux se distinguent nettement de la pratique solitaire.
Pourquoi le tennis arrive premier
C'est ici que l'étude devient réellement intéressante, et que son message est le plus souvent déformé.
Les auteurs ne mettent pas l'écart sur le compte de l'intensité physique. Ils relèvent que les sports impliquant le plus d'interaction sociale sont associés à la meilleure longévité[1] — une observation qu'ils jugent digne d'être explorée davantage.
Le classement lui-même plaide en ce sens. Regardez l'ordre : tennis, badminton, football — trois sports qui se jouent nécessairement avec quelqu'un. Puis vélo, natation, jogging — trois sports que l'on pratique le plus souvent seul. Et en dernière position, avec 1,5 an, les activités en salle : l'exercice le plus solitaire de la liste.
Si l'interaction compte autant que l'effort, alors ce qui fait la valeur du tennis n'est pas votre niveau technique. C'est le fait d'avoir rendez-vous avec quelqu'un.
Vous n'avez pas besoin de bien jouer. Vous avez besoin d'un partenaire régulier — ce qui est une bonne nouvelle pour qui débute à 45 ans et redoute le ridicule. Le double est d'ailleurs parfait pour cela : moins de course, plus d'échanges, quatre personnes au lieu de deux.
Cette lecture rejoint ce que l'on sait par ailleurs de l'adhérence sportive : le premier obstacle n'est pas la condition physique, c'est l'abandon. Un sport qui suppose un rendez-vous avec quelqu'un d'autre crée une contrainte sociale — et cette contrainte fait revenir la semaine suivante.
↑ Retour au sommaireLes muscles sollicités
Le tennis est un sport de corps entier, avec une particularité : il combine des efforts explosifs courts et des rotations répétées du tronc.
| Zone | Muscles | Rôle |
|---|---|---|
| Jambes | Quadriceps, ischio-jambiers, mollets | Déplacements latéraux, démarrages, freinages — la zone la plus sollicitée |
| Fessiers et hanches | Grand et moyen fessiers | Stabilisent le bassin sur les appuis et génèrent la rotation |
| Tronc | Obliques, grand droit, érecteurs du rachis | Transmettent la force des jambes vers le bras — le maillon central de chaque frappe |
| Épaule | Deltoïdes, coiffe des rotateurs | Accélèrent et freinent le bras, surtout au service |
| Avant-bras | Extenseurs et fléchisseurs du poignet | Tiennent la raquette et absorbent l'impact de la balle |
Deux zones méritent une attention particulière chez qui reprend : les mollets, pour la raison détaillée juste après, et les extenseurs de l'avant-bras, dont la surcharge conduit à l'épicondylite.
La dépense énergétique est élevée, de l'ordre de plusieurs centaines de kilocalories par heure selon votre poids, votre intensité et le format joué. Un double tranquille et un simple disputé n'ont pas grand-chose en commun sur ce plan.
↑ Retour au sommaireLe piège de la quarantaine
Si vous reprenez le tennis autour de la quarantaine, une blessure vous concerne plus que toutes les autres — et elle porte un nom qui dit tout.
C'est un claquage du mollet, que les médecins du sport surnomment « le coup de fouet de la quarantaine ». Il est particulièrement fréquent vers 40 ans[2].
Le mécanisme est typique du tennis : un démarrage explosif vers l'avant, souvent sur une balle courte, pied arrière en extension. Le mollet est mis sous tension maximale au moment précis où il doit propulser.
La sensation est caractéristique : un claquement, comme un coup reçu à l'arrière de la jambe, suivi de l'impossibilité de continuer.
La bonne nouvelle est qu'il est largement évitable. Deux mesures suffisent : un renforcement régulier du mollet — élévations sur la pointe des pieds, deux à trois fois par semaine — et un échauffement réel avant de jouer, incluant quelques démarrages progressifs et pas seulement des balles au centre.
Après une douleur brutale au mollet, un geste simple permet de distinguer un claquage d'une rupture du tendon d'Achille, qui se présente presque de la même manière : essayez de vous hisser sur la pointe du pied, en appui sur la jambe atteinte seule.
Si c'est impossible, consultez le jour même. Notre article sur la douleur au mollet détaille ce test et les autres causes possibles.
Les autres blessures fréquentes
| Blessure | Mécanisme | Prévention |
|---|---|---|
| Épicondylite (tennis elbow) | Surcharge des extenseurs du poignet, aggravée par un revers mal placé ou un cordage trop tendu | Technique du revers, cordage souple, renforcement excentrique de l'avant-bras |
| Tendinopathie de l'épaule | Services répétés, sollicitation de la coiffe des rotateurs | Renforcement de la coiffe et des stabilisateurs de l'omoplate |
| Entorse de cheville | Changement de direction brutal, appui latéral sur surface glissante | Travail de proprioception, chaussures adaptées à la surface |
| Douleurs lombaires | Rotations répétées et extension du dos au service | Renforcement du tronc, notamment en anti-rotation |
| Douleur latérale du genou | Déplacements latéraux répétés, faiblesse des abducteurs de hanche | Renforcement du moyen fessier |
Un point commun à quatre de ces cinq lignes : le renforcement hors du court prévient mieux que la technique seule. Voir nos guides du renforcement du tronc et des clamshells pour la hanche.
↑ Retour au sommaireDébuter ou reprendre : 4 semaines
Ce plan s'adresse à quelqu'un qui reprend après une longue pause, ou qui découvre le tennis à l'âge adulte. Il tient compte de ce qui précède : le mollet et l'avant-bras d'abord, le volume ensuite.
| Semaine | Sur le court | Renforcement | Objectif |
|---|---|---|---|
| 1 | 1 × 45 min | 2 séances : élévations mollets, gainage | Échanges au centre, sans compter les points |
| 2 | 1 × 60 min | 2 séances : + moyen fessier, avant-bras | Premiers déplacements latéraux, service en douceur |
| 3 | 2 × 60 min | 2 séances : idem, charge légèrement accrue | Jeux courts, ou double — moins de course |
| 4 | 2 × 60-75 min | 2 séances en entretien | Premier match en double, puis simple si tout va bien |
L'échauffement, en cinq minutes
- Mobilité, 2 minutesRotations de chevilles, de hanches, du buste et des épaules. Le tennis sollicite la rotation : elle doit être préparée.
- Montée cardiaque, 2 minutesPas chassés, talons-fesses, montées de genoux le long de la ligne de fond.
- Démarrages progressifs, 1 minuteTrois ou quatre accélérations courtes vers le filet, de plus en plus franches. C'est l'étape qui protège le mollet, et celle que tout le monde saute.
Moins de terrain à couvrir, plus d'échanges, et un rythme qui laisse le temps de se placer. Pour une reprise, c'est le format le plus intelligent — et, au vu de ce que suggère l'étude de Copenhague sur l'interaction sociale, sans doute pas le moins bénéfique.
Raquette, surface et chaussures
La raquette
- Le poids : une raquette légère, autour de 260 à 285 g, est plus tolérante pour un débutant et moins traumatisante pour le coude.
- Le tamis : un grand tamis pardonne les frappes décentrées, principale source de vibration dans l'avant-bras.
- Le cordage : point le plus important et le plus négligé. Un cordage trop tendu transmet davantage de vibrations au coude et favorise l'épicondylite. En reprise, faites corder souple.
- Le manche : une taille trop petite oblige à serrer davantage, ce qui fatigue les extenseurs. Faites-vous conseiller en magasin.
Les surfaces
| Surface | Caractéristiques | Pour une reprise |
|---|---|---|
| Terre battue | Balle ralentie, appuis glissants, échanges longs | La plus douce pour les articulations — le meilleur choix |
| Résine, béton poreux | Balle rapide, appuis fermes, impacts plus secs | Correct, mais plus exigeant pour genoux et chevilles |
| Gazon synthétique | Intermédiaire, souvent en intérieur | Bon compromis, attention à l'adhérence |
La terre battue mérite d'être privilégiée en reprise : le glissement contrôlé des appuis réduit les contraintes articulaires. Elle est d'ailleurs souvent recommandée aux personnes porteuses d'une prothèse de hanche ou de genou, sous réserve d'un avis médical[2].
Les chaussures
Ne jouez pas en chaussures de running : leur semelle est conçue pour aller vers l'avant et n'assure ni le maintien latéral ni le bon glissement. Les chaussures de tennis sont déclinées par surface — semelle à chevrons pour la terre battue, semelle plus dense pour la résine. C'est le seul achat réellement indispensable au départ.
↑ Retour au sommairePrécautions médicales
Le tennis combine efforts brefs et intenses, changements de direction et accélérations cardiaques rapides. C'est ce qui en fait un sport complet, et ce qui justifie un point médical avant de reprendre.
- Vous avez interrompu toute activité physique depuis plus de six mois
- Vous avez plus de 40 ans et un ou plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire — hypertension, diabète, tabac, antécédents familiaux
- Vous avez des antécédents articulaires : genou, cheville, épaule, dos
- Vous êtes porteur d'une prothèse de hanche ou de genou
- Vous avez déjà eu un claquage du mollet ou une tendinopathie d'Achille
Le tennis étant un sport à efforts intermittents intenses, un électrocardiogramme de repos, voire une épreuve d'effort, peut être proposé selon votre profil. Voir notre guide avant de reprendre le sport.
- Douleur thoracique, essoufflement anormal ou palpitations pendant l'effort
- Claquement au mollet suivi d'une impossibilité de monter sur la pointe du pied
- Douleur articulaire vive qui persiste au repos
- Gonflement ou blocage d'un genou
Devant une douleur thoracique ou un malaise, appelez le 15.
Questions fréquentes
Le tennis ajoute-t-il vraiment 9,7 ans d'espérance de vie ?
C'est le chiffre observé dans l'étude de Copenhague, sur 8 577 personnes suivies jusqu'à vingt-cinq ans. Mais il s'agit d'une étude observationnelle, et les auteurs précisent eux-mêmes qu'il reste incertain que la relation soit causale : les joueurs de tennis peuvent différer des autres par leur mode de vie ou leur situation sociale. Ce qui est solide, c'est que tous les sports font mieux que la sédentarité, et que les sports pratiqués à plusieurs se distinguent nettement.
Peut-on débuter le tennis à 40 ou 50 ans ?
Oui, sans réserve, et c'est même une excellente idée — à condition de préparer le mollet. Le « tennis leg », claquage du mollet surnommé « coup de fouet de la quarantaine », est précisément la blessure qui guette cette tranche d'âge. Deux à trois séances d'élévations sur la pointe des pieds par semaine, un échauffement réel avec démarrages progressifs, et le risque baisse fortement. Commencez par le double et par la terre battue.
Faut-il être en forme avant de commencer ?
Pas besoin d'être athlétique, mais le tennis demande des efforts brefs et intenses : mieux vaut ne pas partir de zéro absolu. Si vous êtes sédentaire depuis plus de six mois, deux à trois semaines de marche rapide et de renforcement du mollet avant la première séance changeront tout. Et prenez un avis médical, surtout après 40 ans avec des facteurs de risque cardiovasculaire.
Combien de fois par semaine jouer ?
Une séance par semaine suffit pour commencer, deux après un mois. C'est un rythme réaliste, qui laisse le temps aux tendons de s'adapter — l'épicondylite et le claquage du mollet sont des blessures de surcharge, pas d'accident. Au-delà de deux séances, ajoutez systématiquement du renforcement hors du court.
Comment éviter le tennis elbow ?
Trois leviers, dans l'ordre d'importance. Le cordage : trop tendu, il transmet plus de vibrations au coude — faites corder souple en reprise. La technique du revers : un revers frappé poignet cassé est le geste le plus incriminé, un cours ou deux règlent souvent le problème. Et le renforcement excentrique des extenseurs de l'avant-bras, en prévention comme en traitement.
Quelle surface choisir pour les articulations ?
La terre battue. Le glissement contrôlé des appuis amortit les changements de direction et réduit les contraintes sur les genoux et les chevilles. Elle est souvent recommandée aux personnes porteuses d'une prothèse de hanche ou de genou, sous réserve d'un avis médical. La résine et le béton, plus fermes, transmettent des impacts plus secs.
Simple ou double pour reprendre ?
Le double, nettement. Moins de terrain à couvrir, donc moins de courses explosives — celles qui provoquent les claquages. Plus d'échanges, un rythme qui laisse le temps de se placer, et davantage d'interaction, ce qui n'est peut-être pas accessoire : dans l'étude de Copenhague, les auteurs attribuent l'avantage des sports de raquette à leur dimension sociale.
Combien de calories brûle-t-on en une heure ?
Plusieurs centaines, mais la fourchette est large et dépend de votre poids, de votre niveau et surtout du format joué : un double tranquille et un simple disputé n'ont rien de comparable. Les chiffres précis qui circulent sur ce sujet varient beaucoup selon les méthodes de mesure. Retenez que c'est une dépense élevée, sans en faire un argument de perte de poids à lui seul.
Peut-on jouer avec une prothèse de hanche ou de genou ?
C'est possible dans certains cas, notamment sur terre battue, qui sollicite moins les articulations. Mais cette décision relève strictement de votre chirurgien orthopédiste ou de votre médecin, en fonction du type de prothèse, du délai depuis l'intervention et de votre état articulaire. Ne vous fiez pas à un article pour trancher cette question.
Le tennis arrive en tête de la plus grande comparaison de sports de loisir jamais publiée — avec toutes les réserves qu'impose une étude observationnelle. Mais l'explication avancée par ses auteurs vaut mieux que le chiffre : ce sont les sports qui se jouent avec quelqu'un qui se distinguent, et la salle de sport en solitaire ferme le classement.
Autrement dit, votre coup droit compte moins que votre partenaire. Cette semaine, trouvez quelqu'un avec qui jouer une heure par semaine — en double, sur terre battue si possible — et faites deux séries de quinze élévations sur la pointe des pieds, trois fois. Ce dernier point n'est pas un détail : c'est ce qui vous évitera le coup de fouet de la quarantaine.
Aller plus loin
Sources et références
- Schnohr P, O'Keefe JH, Holtermann A, Lavie CJ, Lange P, Jensen GB, Marott JL. Various leisure-time physical activities associated with widely divergent life expectancies: the Copenhagen City Heart Study. Mayo Clinic Proceedings. 2018;93(12):1775-1785. DOI : 10.1016/j.mayocp.2018.06.025
- La Médecine du Sport. Focus sur les atouts du tennis — entretien sur la traumatologie du tennis, le « tennis leg » et la pratique avec prothèse articulaire.
- Organisation mondiale de la Santé. Directives de l'OMS sur l'activité physique et la sédentarité. 2020.
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical individualisé. Le tennis est un sport à efforts intermittents intenses : consultez un médecin avant de reprendre après une interruption de plus de six mois, après 40 ans en présence de facteurs de risque cardiovasculaire, ou en cas d'antécédent articulaire. La pratique avec une prothèse de hanche ou de genou relève exclusivement d'une décision médicale. Arrêtez immédiatement et appelez le 15 devant une douleur thoracique, un essoufflement anormal ou un malaise. Devant un claquement au mollet suivi d'une impossibilité de monter sur la pointe du pied, consultez le jour même.




