Lecture : 13 min
Vous prenez le medicine ball le plus lourd du rack, et vous avez tout faux. Dans le one legged reach, ce n’est pas la masse de la balle qui crée la difficulté : c’est la distance à laquelle vous l’emmenez. Trois kilos tendus devant vous pèsent plus lourd, pour vos fessiers, que dix kilos contre la poitrine.
- Le one legged reach est un équilibre sur une jambe combiné à une charnière de hanche, bras tendus vers l’avant.
- Ce n’est pas un soulevé de terre : la charge part devant, pas vers le sol.
- C’est le bras de levier qui règle la difficulté, pas le poids de la balle.
- Il travaille les fessiers, les ischio-jambiers, les lombaires et le gainage de la jambe d’appui.
- Il existe un test validé du même geste : une asymétrie de plus de 4 cm entre droite et gauche est associée à un risque de blessure multiplié par 2,5.
- Deux à trois séries de 6 à 8 répétitions par jambe suffisent. Commencez sans charge.
Qu’est-ce que le one legged reach ?
Le one legged reach — littéralement « l’extension sur une jambe » — associe deux choses que l’on entraîne d’habitude séparément : un équilibre unipodal et une charnière de hanche. On part debout sur une jambe, genou opposé relevé, le medicine ball contre la poitrine. On bascule ensuite le buste vers l’avant en tendant les bras, pendant que la jambe libre part en arrière, jusqu’à former une ligne quasi horizontale de la tête au talon.
Le mouvement vient de la rééducation et de la préparation physique, où il sert à la fois d’exercice et d’évaluation. Il se pratique sans matériel, avec un medicine ball, ou avec n’importe quel objet léger tenu à deux mains.
Ce qui le distingue du soulevé de terre à une jambe
La confusion est fréquente, et elle change tout à l’exécution. Dans un soulevé de terre roumain à une jambe, la charge descend vers le sol en restant près de la jambe d’appui : l’objectif est de charger lourd sur une amplitude contrôlée.
Dans le one legged reach, la charge part vers l’avant, bras tendus, et ne touche jamais le sol. L’objectif n’est pas la charge : c’est de tenir l’alignement et l’équilibre pendant que le levier s’allonge.
| Critère | One legged reach | Soulevé de terre roumain à une jambe |
|---|---|---|
| Trajet de la charge | Vers l’avant, bras tendus | Vers le sol, bras le long de la jambe |
| Facteur limitant | Équilibre et gainage | Force de la chaîne postérieure |
| Charge typique | 0 à 5 kg | Souvent 10 kg et plus |
| Objectif principal | Contrôle, équilibre, stabilité de hanche | Force et masse musculaire |
| Place dans la séance | Échauffement ou travail de qualité | Exercice principal de jambes |
Pourquoi le poids compte moins que la distance
C’est le point que presque personne n’explique, et c’est pourtant toute la logique de l’exercice. Ce qui fatigue une hanche, ce n’est pas un poids : c’est un moment, c’est-à-dire un poids multiplié par la distance qui le sépare de l’articulation.
Quand le buste est horizontal et les bras tendus, la balle se retrouve à environ un mètre de la hanche, en distance horizontale. Contre la poitrine, elle serait à la moitié. Le même objet exige donc à peu près deux fois plus de travail aux fessiers et aux lombaires selon qu’il est tenu près ou loin. Cet ordre de grandeur découle de la géométrie du mouvement, pas d’une mesure en laboratoire — mais il se vérifie dès la première série.
Un medicine ball de 3 kg tenu bras tendus demande à peu près autant qu’une charge de 6 kg tenue contre la poitrine. C’est pourquoi la progression se fait d’abord en allongeant les bras, et seulement ensuite en ajoutant du poids.
Conséquence pratique : si vous n’arrivez pas à finir une série, raccourcissez le levier en ramenant la balle vers la poitrine. Vous n’aurez rien perdu, et vous tiendrez l’alignement.
Les muscles sollicités
Le one legged reach n’a pas encore été mesuré en électromyographie sous ce nom précis. En revanche, son plus proche voisin l’a été : le soulevé de terre roumain à une jambe, qui partage la position d’appui, la charnière de hanche et la jambe arrière en extension.
Dans cette étude menée sur douze hommes entraînés, l’activation du grand fessier et du biceps fémoral atteignait, voire dépassait, le niveau d’une contraction isométrique maximale2. Dépasser 100 % surprend, mais c’est normal : la valeur de référence est une contraction statique, moins exigeante que le même muscle en action sur une jambe instable.

| Muscle | Rôle dans le mouvement |
|---|---|
| Grand fessier | Freine la descente du buste, puis ramène le bassin à la verticale |
| Ischio-jambiers | Travaillent avec le fessier sur l’extension de hanche, en excentrique à la descente |
| Moyen fessier | Empêche le bassin de s’effondrer du côté de la jambe levée |
| Érecteurs du rachis | Maintiennent le dos neutre quand le levier s’allonge |
| Obliques et transverse | Résistent à la rotation du bassin, qui veut s’ouvrir vers l’extérieur |
| Triceps sural et muscles du pied | Ajustent l’équilibre en permanence sur l’appui |
Une précision sur les ischio-jambiers
Les exercices d’extension de hanche, famille à laquelle appartient ce mouvement, recrutent préférentiellement le chef long du biceps fémoral — le muscle le plus souvent lésé lors des sprints. À l’inverse, le Nordic hamstring sollicite surtout le semi-tendineux3. Ces travaux portaient sur une extension de hanche à 45°, pas sur le one legged reach, mais la logique mécanique est la même.
Le one legged reach n’est pas un exercice de prévention des lésions des ischio-jambiers, et il ne faut pas le vendre comme tel. L’exercice dont l’effet est démontré, c’est le Nordic hamstring : inclus dans un programme de prévention, il réduit le taux de lésions des ischio-jambiers de près de moitié, d’après une synthèse de 15 études et 8 459 athlètes4.
Les deux sont complémentaires, pas interchangeables. Le one legged reach travaille le contrôle ; le Nordic travaille la tolérance à l’allongement sous tension.
La technique en 6 points
- L’appui. Pied à plat, orteils relâchés, genou très légèrement fléchi — jamais verrouillé. C’est ce micro-déverrouillage qui permet au pied d’ajuster l’équilibre.
- Le départ. Debout, genou opposé relevé à hauteur de hanche, balle contre la poitrine, regard loin devant. Stabilisez-vous une seconde avant de partir.
- La bascule. Le mouvement part de la hanche, pas du dos. Imaginez que vous poussez les fesses vers le mur derrière vous pendant que le buste descend.
- La jambe arrière. Elle part en arrière dans le prolongement du buste, pied fléchi, talon poussé vers le mur. Elle sert de contrepoids : si elle reste basse, vous tomberez vers l’avant.
- Les bras. Ils s’allongent progressivement pendant la descente. C’est le dernier élément à sortir, et le premier à revenir si l’équilibre se dégrade.
- Le retour. Ramenez le bassin en poussant dans le talon d’appui, bras qui reviennent vers la poitrine. Reprenez la position genou levé avant d’enchaîner.
Trois repères de contrôle valent mieux qu’un miroir. Les hanches restent parallèles au sol, la ligne tête-talon reste droite, et la descente dure trois secondes. Si l’un des trois lâche, vous êtes allé trop bas ou trop loin.
↑ SommaireLe test qui vient avec l’exercice
Voici ce qui rend ce mouvement particulier : il existe sous forme de test clinique validé. Dans le Star Excursion Balance Test, on se tient sur une jambe et on va toucher le plus loin possible devant soi avec l’autre pied. C’est le même geste, inversé.
Une étude prospective menée sur 235 basketteurs lycéens a mesuré ces distances avant la saison puis suivi les blessures. Résultat : les joueurs dont la différence de portée avant entre la droite et la gauche dépassait 4 centimètres avaient 2,5 fois plus de risque de se blesser au membre inférieur1.
- Tenez-vous sur une jambe, pointe de pied contre une ligne au sol, mains sur les hanches.
- Avec l’autre pied, allez toucher le plus loin possible devant vous, sans poser le poids et sans décoller le talon d’appui.
- Marquez le point, mesurez, puis recommencez de l’autre côté. Trois essais par jambe, on garde le meilleur.
- Comparez les deux côtés. Un écart marqué signale une asymétrie à travailler — en commençant les séries par le côté le plus faible.
Précision honnête : ce test a été étudié chez des basketteurs lycéens, et il mesure une association, pas une relation de cause à effet. Rien ne prouve pour l’instant qu’entraîner la portée fasse baisser le risque de blessure. Mais c’est un indicateur simple, reproductible et gratuit de votre asymétrie.
Les 5 erreurs fréquentes
1. Partir du dos au lieu de la hanche
C’est l’erreur numéro un. Le buste s’enroule, le bas du dos s’arrondit, les fessiers ne travaillent plus. Repère : si vous sentez l’effort dans les lombaires et pas dans la fesse d’appui, vous pliez le dos.
2. Laisser le bassin s’ouvrir
La hanche de la jambe levée part vers le plafond et le corps se met en vrille. C’est le moyen fessier qui lâche. Posez une main sur la crête iliaque pour sentir le bassin rester parallèle au sol.
3. Chercher l’horizontale à tout prix
L’amplitude n’est pas l’objectif. Mieux vaut un buste à 45° parfaitement aligné qu’une horizontale obtenue en arrondissant le dos. L’amplitude vient avec les semaines.
4. Prendre une balle trop lourde
Logique, et faux, pour la raison expliquée plus haut. Le poids de la balle est le dernier paramètre à augmenter, bien après l’allongement des bras et la durée.
5. Enchaîner sans se restabiliser
Revenir et repartir aussitôt transforme l’exercice en balancier. Reprenez la position genou levé, marquez une seconde, puis repartez. Chaque répétition doit commencer d’un appui stable.
↑ SommaireComment programmer le one legged reach
C’est un exercice de qualité, pas de volume. Il se place en échauffement, en complément après les gros exercices, ou en séance courte les jours sans entraînement lourd. Deux à trois fois par semaine suffisent.
| Semaine | Charge | Bras | Séries et répétitions | Critère pour passer à la suite |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Aucune | Mains sur les hanches | 2 × 6 par jambe | Aucune perte d’équilibre sur la série |
| 2 | Aucune | Bras tendus devant | 2 × 6 par jambe | Bassin parallèle sur les 6 répétitions |
| 3 | Balle 1 à 2 kg | Contre la poitrine | 3 × 6 par jambe | Descente contrôlée en 3 secondes |
| 4 | Balle 1 à 2 kg | Tendus en fin de descente | 3 × 6 par jambe | Ligne tête-talon tenue |
| 5 | Balle 2 à 3 kg | Tendus tout du long | 3 × 8 par jambe | Même qualité des deux côtés |
| 6 | Balle 3 à 4 kg | Tendus tout du long | 3 × 8 par jambe | Bilan, puis variante plus difficile |
Deux règles de bon sens. Commencez toujours par le côté le plus faible, et alignez le côté fort sur ce que le côté faible a réussi : c’est le principe même du travail unilatéral. Et ne changez qu’un paramètre par semaine — charge, longueur de bras ou répétitions, jamais les trois ensemble, comme le veut la surcharge progressive.
↑ SommaireLes variantes, du plus simple au plus dur
- Avec appui. Une main sur un mur ou un dossier. C’est la version de départ si l’équilibre est le facteur limitant, et il n’y a aucune honte à y rester deux semaines.
- Mains sur les hanches. Sans charge, sans levier long : on apprend la charnière de hanche et l’alignement.
- Balle contre la poitrine. On ajoute du poids sans allonger le levier.
- Bras tendus, la version de l’image. Le levier est maximal, la balle reste légère.
- Balle tenue d’une seule main. Variante exigeante : tenir la charge d’un seul côté crée un couple de rotation que le bassin doit annuler. Dans l’étude citée plus haut, charger du côté opposé à la jambe d’appui augmentait nettement l’activité du moyen fessier et des érecteurs du rachis2.
- Yeux fermés ou sur surface instable. À réserver à ceux qui tiennent déjà parfaitement la version bras tendus, et jamais avec une charge.
Pour qui, et avec quelles précautions
Le mouvement convient au coureur qui veut stabiliser sa hanche, au pratiquant qui corrige un déséquilibre droite-gauche, et à toute personne qui reprend l’activité et veut travailler l’équilibre sans matériel. Le travail d’équilibre a d’ailleurs un intérêt qui dépasse la performance : chez les personnes âgées, les exercices d’équilibre et fonctionnels réduisent le taux de chutes d’environ un quart, avec un niveau de preuve élevé5.
Pour cet usage, commencez systématiquement avec un appui et sans charge, près d’un plan de travail.
- Douleur lombaire qui apparaît ou s’aggrave pendant l’exercice.
- Douleur à la fesse ou à l’arrière de la cuisse, surtout si elle descend dans la jambe.
- Vertige, instabilité inhabituelle ou sensation de malaise sur un appui unipodal.
- Antécédent récent de lésion des ischio-jambiers, d’entorse de cheville ou de chirurgie du membre inférieur.
Dans ces situations, un avis médical ou un bilan kinésithérapique précède la reprise. Un exercice d’équilibre exécuté sur une articulation douloureuse entretient le problème au lieu de le corriger.
Questions fréquentes
Quel poids de medicine ball choisir pour débuter ?
Aucun, les deux premières semaines. Le facteur limitant au départ est l’équilibre, pas la force : ajouter du poids ne fait que dégrader la technique.
Ensuite, 1 à 3 kg suffisent largement. Rappelez-vous que bras tendus, une balle de 3 kg demande autant qu’une charge de 6 kg tenue contre la poitrine.
Le one legged reach, est-ce la même chose qu’un soulevé de terre à une jambe ?
Non, et les confondre mène à mal exécuter les deux. Dans le soulevé de terre à une jambe, la charge descend vers le sol près de la jambe et l’objectif est la force. Ici, elle part vers l’avant bras tendus et l’objectif est le contrôle.
Conséquence pratique : on charge lourd sur le premier, léger sur le second. Les deux peuvent coexister dans un programme, à des places différentes.
Combien de répétitions et à quelle fréquence ?
Deux à trois séries de 6 à 8 répétitions par jambe, deux à trois fois par semaine. Au-delà, la qualité se dégrade et l’exercice perd son intérêt.
C’est un exercice de contrôle : la dernière répétition d’une série doit ressembler à la première. Si ce n’est plus le cas, arrêtez la série.
Je tombe tout le temps, que faire ?
Dans l’ordre : posez une main sur un mur, retirez toute charge, et réduisez l’amplitude à 45° de buste. Fixez aussi un point au sol à deux mètres devant vous plutôt que de regarder vos pieds.
Vérifiez enfin votre genou d’appui : s’il est verrouillé en extension complète, le pied ne peut plus ajuster l’équilibre. Un léger déverrouillage change tout.
Cet exercice protège-t-il des claquages aux ischio-jambiers ?
Rien ne le démontre, et il vaut mieux le dire. L’exercice dont l’effet préventif est établi est le Nordic hamstring, qui réduit de près de moitié le taux de lésions quand il est intégré à un programme de prévention.
Le one legged reach travaille le contrôle de la hanche et l’équilibre, ce qui est utile, mais ce n’est pas le même objectif. Si la prévention des claquages est votre priorité, c’est le Nordic qu’il faut programmer.
Peut-on le faire sans medicine ball ?
Oui, et c’est même la bonne façon de commencer. Mains sur les hanches puis bras tendus à vide : l’exercice garde l’essentiel de sa difficulté, puisque c’est le poids du buste et des bras qui crée déjà l’essentiel du levier.
Une bouteille d’eau, un livre ou un petit sac font ensuite parfaitement l’affaire. Le matériel n’est pas le sujet.
À quel moment de la séance le placer ?
En échauffement, ou en complément après les exercices lourds. Évitez de le mettre en fin de séance sur des jambes épuisées : l’équilibre se dégrade avec la fatigue et vous n’entraînerez plus que de la compensation.
Il peut aussi constituer une séance courte à part entière, de dix minutes, les jours sans entraînement.
Comment savoir si je progresse vraiment ?
Trois indicateurs objectifs, dans cet ordre : la durée de descente que vous tenez sans à-coup, l’amplitude atteinte en gardant le dos neutre, et l’écart entre vos deux côtés.
Le plus parlant est le troisième. Refaites le test de portée avant toutes les six semaines : voir l’écart droite-gauche se réduire vaut mieux que n’importe quel kilo ajouté.
Le one legged reach ressemble à un exercice d’équilibre, et c’est d’abord un exercice de contrôle de hanche. Sa difficulté ne vient pas du medicine ball mais de la distance à laquelle vous l’emmenez — et c’est précisément ce qui le rend accessible : pas besoin de charge, pas besoin de matériel.
Ce qu’il apporte vraiment : une hanche qui tient quand le corps part en porte-à-faux, un bassin qui refuse de s’ouvrir, et un repère chiffré sur votre asymétrie. Ce qu’il n’apporte pas : la prévention démontrée des claquages, qui reste l’affaire du Nordic hamstring.
Pour cette semaine : deux séries de six répétitions par jambe, sans charge, mains sur les hanches, en commençant par votre côté faible. Quand les six répétitions passent sans que le bassin bouge, alors seulement tendez les bras. Le medicine ball peut attendre la troisième semaine.
Sources et références
- Plisky PJ, Rauh MJ, Kaminski TW, Underwood FB. Star Excursion Balance Test as a predictor of lower extremity injury in high school basketball players. J Orthop Sports Phys Ther. 2006;36(12):911-919. doi:10.2519/jospt.2006.2244
- Mo RCY, Ngai DCW, Ng CCM, Sin KHS, Luk JTC, Ho IMK. Effects of loading positions on the activation of trunk and hip muscles during flywheel and dumbbell single-leg Romanian deadlift exercises. Front Physiol. 2023;14:1264604. doi:10.3389/fphys.2023.1264604
- Bourne MN, Williams MD, Opar DA, Al Najjar A, Kerr GK, Shield AJ. Impact of exercise selection on hamstring muscle activation. Br J Sports Med. 2017;51(13):1021-1028. doi:10.1136/bjsports-2015-095739
- van Dyk N, Behan FP, Whiteley R. Including the Nordic hamstring exercise in injury prevention programmes halves the rate of hamstring injuries: a systematic review and meta-analysis of 8459 athletes. Br J Sports Med. 2019;53(21):1362-1370. doi:10.1136/bjsports-2018-100045
- Sherrington C, Fairhall NJ, Wallbank GK, et al. Exercise for preventing falls in older people living in the community. Cochrane Database Syst Rev. 2019;1(1):CD012424. doi:10.1002/14651858.CD012424.pub2



