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Point de côté du sportif : causes et solutions

Ce n’est pas une crampe du diaphragme. Ce n’est pas le foie. Ce n’est pas un manque d’oxygène. Pourtant, la quasi-totalité des sites français vous répètent encore ces trois explications — abandonnées par la recherche depuis plus de vingt ans. Voici ce que les mesures montrent réellement, et surtout ce que vous pouvez en faire dès votre prochaine sortie.

Qu’est-ce qu’un point de côté ?

Le point de côté est une douleur abdominale passagère qui survient pendant l’effort. En médecine du sport, on l’appelle ETAP, pour Exercise-Related Transient Abdominal Pain — douleur abdominale transitoire liée à l’exercice. En anglais courant : side stitch.

Coureur souffrant d'un point de côté pendant l'effort, main pressée sur le flanc au niveau des côtes
Le point de côté, ou ETAP : une douleur latérale de l’abdomen, le long du rebord costal, qui cède dès que l’on ralentit. Bénigne par définition, mais assez intense pour interrompre une séance.

Où et comment la douleur se manifeste

Elle siège le plus souvent dans les régions latérales de l’abdomen, le long du rebord costal, à droite ou à gauche — mais elle peut survenir dans n’importe quelle région du ventre. Elle peut aussi irradier vers la pointe de l’épaule (shoulder tip pain), un territoire innervé par le nerf phrénique.

  • Douleur aiguë, en coup de poignard quand elle est intense : la description la plus typique, bien localisée.
  • Crampe, tiraillement ou douleur sourde quand elle est plus modérée : sensation de serrement ou de nœud.
  • Toujours transitoire : par définition, elle disparaît en ralentissant ou en s’arrêtant, sans laisser de séquelle.
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À quel point c’est fréquent

Les chiffres

Environ 70 % des coureurs déclarent avoir ressenti un point de côté au cours de l’année écoulée. Et sur une course donnée, on peut s’attendre à ce qu’un participant sur cinq en souffre[1].

Deux précisions que peu d’articles donnent : le point de côté est plus fréquent chez les jeunes, mais il n’est lié ni au sexe, ni à la morphologie. Et les athlètes bien entraînés ne sont pas immunisés — ils en font simplement moins souvent.

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Les causes : ce que dit réellement la science

C’est ici que l’écart entre ce qu’on lit et ce que l’on sait est le plus grand. Passons les hypothèses en revue, avec leur niveau de preuve réel.

L’hypothèse dominante : l’irritation du péritoine pariétal

L’explication la plus solide aujourd’hui

Le péritoine est une double membrane : un feuillet viscéral qui enveloppe les organes, un feuillet pariétal qui tapisse la paroi abdominale et la face inférieure du diaphragme. Entre les deux, un fin espace lubrifié permet le glissement.

L’hypothèse, développée par Morton et Callister, est qu’une friction ou une irritation du péritoine pariétal déclenche la douleur — une forme de « péritonite d’effort » passagère[1].

Pourquoi elle tient mieux que les autres : elle explique la douleur vive et bien localisée ; l’aggravation après un repas (la distension de l’estomac augmente la friction) ; l’effet marqué des boissons hypertoniques ; et l’irradiation possible vers l’épaule, puisque le péritoine sous-diaphragmatique est innervé par le nerf phrénique.

Le diaphragme : l’hypothèse que tout le monde répète, et que les mesures contredisent

Deux mesures qui changent tout

Pendant des décennies, on a attribué le point de côté à une crampe ou à une ischémie du diaphragme. Deux séries de mesures ont affaibli cette explication :

La spirométrie ne bouge pas. Comparée avant et pendant un épisode de point de côté, la fonction respiratoire n’est pas altérée[2]. Si le diaphragme était en crampe ou en manque d’oxygène, la performance inspiratoire devrait chuter.

L’électromyographie non plus. Aucune élévation de l’activité électrique qui signerait une crampe n’a été mise en évidence pendant les épisodes[3].

Ce que cela implique pour ce que vous lisez ailleursLes explications encore largement diffusées — « spasme du diaphragme », « manque d’oxygène du diaphragme », « hypervascularisation du foie ou de la rate » — ne reposent pas sur les données disponibles. Certains sites vont jusqu’à conseiller d’« écraser l’organe responsable », foie à droite et rate à gauche. Ce protocole n’a aucun fondement : la science n’incrimine ni le foie, ni la rate.

Les autres hypothèses

HypothèseNiveau de preuve
Irritation du péritoine pariétalDominante — explique le mieux les faits observés, sans preuve définitive
Contraintes mécaniques du troncBien établie comme facteur contributif : plus le tronc est secoué, plus le risque monte
Repas et boissons hypertoniquesÉtablie comme facteur déclenchant
Faible gainage, posture, rachis thoraciquePiste prometteuse, cohérente et exploitable en prévention
Traction des ligaments viscérauxInsuffisante seule : n’explique pas les points de côté en natation, sans secousses verticales
Crampe ou ischémie du diaphragmeAffaiblie : spirométrie et électromyographie normales pendant les épisodes
Foie, rate, « manque d’oxygène »Non soutenue par les données
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La piste du rachis thoracique : le facteur oublié

Une observation que presque personne ne relaie

Un cas rapporté a attiré l’attention : un coureur de demi-fond de haut niveau a vu ses points de côté devenir de plus en plus fréquents et sévères après une blessure du rachis thoracique. Plus frappant encore, la douleur exacte du point de côté était reproduite à la palpation de l’articulation vertébrale correspondant au niveau d’innervation de la zone douloureuse[4].

Les auteurs ont alors examiné 17 autres coureurs sujets au point de côté : près de la moitié présentaient des anomalies à l’examen du rachis thoracique.

Pourquoi c’est cohérent : le péritoine pariétal et la paroi abdominale latérale sont innervés par les nerfs intercostaux, qui émergent du rachis thoracique. Une irritation à ce niveau pourrait donc produire une douleur ressentie sur le flanc — exactement là où siège le point de côté.

La nuanceIl s’agit d’un cas clinique suivi d’une petite série de 17 sujets, sans groupe témoin. C’est une piste sérieuse, pas une démonstration. Mais elle a une conséquence pratique concrète : si vos points de côté sont récurrents, toujours au même endroit et résistants aux mesures habituelles, un examen du rachis thoracique par un professionnel mérite d’être envisagé.
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Quels sportifs sont les plus concernés ?

Le dénominateur commun des disciplines à risque : des mouvements répétés du tronc, des secousses, et une position du tronc étendue.

DisciplineRisquePourquoi
Course à pied, trail, marathonÉlevéSecousses verticales répétées, tronc étendu, ravitaillements en mouvement
ÉquitationÉlevéSecousses verticales transmises par le cheval
NatationÉlevéRespiration contrainte, rotation du tronc, position horizontale
Sports collectifsModéré à élevéAccélérations, changements de direction, contacts
Sports de raquette et de combatModéréRotations et extensions répétées du tronc
CrossFit, HIITModéréIntensité élevée, enchaînements, digestion souvent incomplète
CyclismeFaiblePeu de secousses, tronc soutenu
Le cas de la natation, un argument de poidsLa natation figure parmi les disciplines les plus pourvoyeuses de points de côté, alors qu’elle ne comporte aucune secousse verticale. Ce simple fait suffit à disqualifier l’hypothèse de la traction des ligaments viscéraux comme explication unique — et renforce la piste péritonéale.
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Les facteurs de risque

Bonne nouvelle : la plupart sont modifiables.

FacteurEffet
Repas copieux avant l’effortDistension de l’estomac, digestion en cours : risque majeur
Boissons hypertoniquesJus, sodas, boissons très sucrées : particulièrement provocatrices
Délai repas-effort trop courtMoins de 2 à 3 heures après un vrai repas
Grand volume de liquide d’un coupPlus problématique que le fait de boire en soi
Manque d’échauffementTransition brutale vers l’intensité
Faible gainage, transverse finMoins de stabilité du tronc, susceptibilité accrue
Mauvaise posture, tronc affaisséMécanique défavorable, aggravée par la fatigue
Jeune âgeNettement plus fréquent chez les jeunes
Faible niveau d’entraînementLes débutants sont davantage touchés
Intensité élevéeLe risque monte avec l’intensité de l’effort
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Comment le faire passer pendant l’effort

  1. Ralentir. C’est de loin la mesure la plus efficace. Passer en petites foulées ou en marche suffit le plus souvent.
  2. Ralentir et approfondir la respiration. Cherchez un souffle ample et régulier plutôt que court et haletant.
  3. Expirer profondément et longuement, éventuellement lèvres pincées.
  4. Comprimer la zone avec la main, en vous penchant légèrement en avant.
  5. Étirer le flanc : levez le bras du côté douloureux et inclinez-vous doucement du côté opposé.
  6. Marcher quelques dizaines de mètres en respirant profondément avant de repartir.
  7. Reprendre progressivement, sans relancer d’emblée à pleine vitesse.
La technique qui marche le mieuxSynchronisez une expiration forcée avec la foulée du pied opposé au côté douloureux, tout en ralentissant. Combinez avec une légère flexion du tronc vers l’avant et une pression de la main. Comptez 30 à 60 secondes pour que la douleur cède.
Et le caillou dans la main ?L’astuce du caillou serré dans le poing, ou du pouce comprimé, circule beaucoup. Elle est sans risque, et certains la trouvent utile — mais elle agit au mieux comme une distraction attentionnelle. Aucun mécanisme physiologique connu ne l’explique. Ralentir et modifier la respiration reste bien plus efficace.
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Comment le prévenir durablement

Alimentation et boissons

  • Laissez 2 à 3 heures entre le dernier vrai repas et l’effort.
  • Évitez les repas copieux, gras ou très riches en fibres juste avant de courir.
  • Méfiez-vous des boissons hypertoniques — jus, sodas, boissons très sucrées. Ce sont les plus provocatrices dans les données disponibles. Privilégiez l’eau ou une boisson isotonique correctement dosée.
  • Buvez par petites gorgées plutôt qu’en grande quantité d’un coup. Voir hydratation et sport.

Échauffement et respiration

  • Échauffez-vous progressivement pour éviter la transition brutale vers l’intensité. Voir l’échauffement musculaire.
  • Travaillez la respiration diaphragmatique, pour un souffle ample plutôt que superficiel.
  • Adoptez un rythme respiratoire posé dès le début de l’effort, sans attendre l’essoufflement.

Gainage, posture et mobilité

  • Renforcez le tronc, en particulier le transverse de l’abdomen. Voir le renforcement du tronc.
  • Soignez votre posture de course : tronc droit et gainé, surtout quand la fatigue arrive.
  • Entretenez la mobilité thoracique — d’autant plus pertinent au vu de la piste du rachis évoquée plus haut.
  • Progressez graduellement en volume et en intensité : la susceptibilité diminue nettement avec l’entraînement.
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Les exercices utiles

Deux axes ressortent des données : la stabilité du tronc et le contrôle respiratoire. À intégrer 2 à 3 fois par semaine.

ExerciceObjectifDosage
Respiration diaphragmatiqueSouffle ample, allongé, main sur le ventre8 à 10 respirations lentes, 2 à 3 séries, quotidien
Expirations forcées lèvres pincéesContrôle respiratoire, vidange complète10 cycles, 2 séries, 3 à 4 fois/semaine
Gainage ventralTransverse et muscles profonds3 × 20 à 45 s, 3 fois/semaine
Gainage latéralObliques et paroi latérale, là où siège la douleur3 × 20 à 40 s par côté, 3 fois/semaine
Pallof pressGainage anti-rotation, très transférable à la course3 × 10 à 12 par côté, 2 à 3 fois/semaine
Bird dogCoordination et stabilité lombo-abdominale3 × 8 à 10 par côté, 2 à 3 fois/semaine
Dead bugContrôle du tronc coordonné à la respiration3 × 8 à 10 par côté, 2 à 3 fois/semaine
Mobilité thoraciqueRotations et ouvertures de cage thoracique8 à 10 par côté, quotidien ou à l’échauffement
Ce qu’il faut en attendreCes exercices ne feront pas disparaître un point de côté en cours de route — ils réduisent votre susceptibilité sur le long terme. Le rationnel : des travaux ont observé que les personnes sujettes au point de côté présentaient un transverse de l’abdomen plus fin, et que l’activation de ce muscle pourrait réduire l’incidence[5].
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Les idées reçues

Ce qu’on entendCe que disent les données
« C’est le foie qui fait mal »Faux. La croyance vient de la fréquence des douleurs à droite, mais le foie n’est pas incriminé. La douleur survient des deux côtés.
« C’est une crampe du diaphragme »Non soutenu. L’électromyographie ne montre aucune élévation d’activité pendant les épisodes.
« C’est un manque d’oxygène »Non soutenu. La spirométrie reste normale pendant un point de côté.
« Il faut écraser le foie ou la rate »Sans fondement. Ce protocole repose sur une cause qui n’est pas démontrée.
« Les sportifs entraînés n’en ont jamais »Faux, avec une part de vrai. Ils en font moins souvent, mais ne sont pas immunisés.
« Boire provoque un point de côté »Nuancé. Ce sont les boissons hypertoniques et les grands volumes d’un coup qui posent problème, pas l’eau bue par petites gorgées.
« C’est plus fréquent chez les femmes »Faux. Les données ne montrent aucun lien avec le sexe ni avec la morphologie.
« Il faut respirer par le ventre, c’est la solution »Nuancé. Un souffle ample aide, mais il n’existe pas de recette respiratoire universelle.
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Quand faut-il consulter ?

Le point de côté est bénin et transitoire par définition. Mais une douleur abdominale à l’effort peut, plus rarement, relever d’autre chose.

  • Une douleur qui persiste après l’arrêt de l’effort, ou qui revient au repos.
  • De la fièvre, des vomissements ou une altération de l’état général.
  • Une véritable douleur thoracique : oppression, irradiation vers le bras ou la mâchoire, difficultés respiratoires.
  • Une douleur inhabituelle, très intense, ou localisée différemment de vos points de côté habituels.
  • Une douleur qui s’aggrave séance après séance.
  • Des points de côté récurrents et résistants à toutes les mesures : un examen du rachis thoracique peut alors être pertinent.
Ce qu’il faut écarterSelon le contexte, une douleur abdominale ou thoracique à l’effort peut relever d’une appendicite, d’une colique néphrétique, d’une pathologie biliaire, d’une atteinte musculaire de la paroi abdominale, de troubles digestifs, ou — plus rarement mais à ne jamais négliger — d’une cause cardiaque. En cas de doute, consultez.
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En résumé. Le point de côté touche environ 70 % des coureurs sur une année, et un participant sur cinq sur une course donnée. Il est plus fréquent chez les jeunes, mais indépendant du sexe et de la morphologie — et les athlètes entraînés ne sont pas épargnés.

Sur ses causes, l’écart entre ce qu’on lit et ce que l’on sait est considérable. Ce n’est ni le foie, ni une crampe du diaphragme, ni un manque d’oxygène : la spirométrie et l’électromyographie restent normales pendant les épisodes. L’explication la plus solide aujourd’hui est l’irritation du péritoine pariétal, modulée par la mécanique du tronc, l’alimentation et la stabilité abdominale. Une piste moins connue mérite aussi l’attention : chez près de la moitié des coureurs sujets au point de côté examinés dans une petite série, le rachis thoracique présentait des anomalies.

En pratique, retenez trois leviers. Sur le moment : ralentir, expirer profondément sur la foulée opposée, comprimer la zone. En prévention : 2 à 3 heures de délai digestif, pas de boissons hypertoniques, de l’eau par petites gorgées. Sur le fond : renforcer le tronc et travailler la respiration. Avec l’entraînement régulier, le point de côté devient un souvenir de vos débuts.

Aller plus loin

FAQ — Le point de côté

Qu’est-ce qui cause vraiment le point de côté ?

L’explication la plus solide aujourd’hui est l’irritation du péritoine pariétal, la membrane qui tapisse la paroi abdominale et la face inférieure du diaphragme. Elle explique la douleur vive et localisée, l’aggravation après un repas, l’effet des boissons sucrées et l’irradiation possible vers l’épaule via le nerf phrénique. En revanche, les explications par la crampe du diaphragme, le manque d’oxygène ou le foie ne sont pas soutenues par les données : la spirométrie et l’électromyographie restent normales pendant les épisodes.

Est-ce vraiment une crampe du diaphragme ?

Non, et c’est l’idée reçue la plus répandue. Deux séries de mesures l’ont affaiblie : la spirométrie, comparée avant et pendant un épisode, ne montre aucune altération de la fonction respiratoire, ce qui serait attendu si le diaphragme était en crampe ou en manque d’oxygène ; et l’électromyographie ne relève aucune élévation d’activité électrique signant une crampe. Le diaphragme n’est donc probablement pas directement impliqué.

Pourquoi le point de côté est-il souvent à droite ?

Le côté droit est fréquemment rapporté, ce qu’on a longtemps attribué au foie. Mais la science n’incrimine pas le foie : le point de côté survient des deux côtés. Sa localisation la plus fréquente, latérale et le long du rebord costal, correspond au territoire des nerfs intercostaux, qui innervent également le péritoine pariétal. C’est cette innervation, et non la position d’un organe, qui explique la localisation.

Comment faire passer un point de côté rapidement ?

Ralentir est la mesure la plus efficace. Combinez ensuite trois gestes : une expiration profonde et forcée, synchronisée si possible avec la foulée du pied opposé au côté douloureux ; une pression de la main sur la zone, en vous penchant légèrement en avant ; et un étirement du flanc en levant le bras du côté douloureux. Comptez 30 à 60 secondes pour que la douleur cède, puis reprenez progressivement.

Combien de temps avant de courir faut-il manger ?

Idéalement 2 à 3 heures après un vrai repas. Le repas récent est l’un des facteurs de risque les mieux établis : la distension de l’estomac augmente la friction entre les feuillets du péritoine. Évitez aussi les aliments gras ou très riches en fibres avant l’effort. Une petite collation légère et facile à digérer peut convenir plus près de la séance, à tester d’abord à l’entraînement.

Les boissons sucrées augmentent-elles le risque ?

Oui, nettement. Les boissons hypertoniques, c’est-à-dire très sucrées ou concentrées, sont décrites comme particulièrement provocatrices. Privilégiez l’eau ou une boisson isotonique correctement dosée, et buvez par petites gorgées plutôt qu’en grande quantité d’un coup. Notez la nuance : ce n’est pas le fait de boire qui pose problème, mais la concentration de la boisson et le volume ingéré d’un seul trait.

Le gainage protège-t-il du point de côté ?

C’est une piste sérieuse. Des travaux ont observé que les personnes sujettes au point de côté présentaient un transverse de l’abdomen plus fin, et que l’activation de ce muscle pourrait réduire l’incidence. Le renforcement du tronc — planche, planche latérale, Pallof press, bird dog — est donc une stratégie préventive cohérente. Elle ne garantit pas l’immunité, mais elle réduit la susceptibilité et présente par ailleurs de nombreux autres bénéfices.

Peut-on continuer à courir avec un point de côté ?

Oui, le plus souvent, en ralentissant. Le point de côté est bénin et transitoire par définition : il cède généralement en 30 à 60 secondes dès qu’on réduit l’intensité et qu’on adapte sa respiration. Inutile d’abandonner la séance : ralentissez jusqu’à ce qu’il passe, puis reprenez progressivement. En revanche, une douleur qui persiste après l’arrêt de l’effort n’est plus un point de côté et mérite une évaluation.

Pourquoi en ai-je aussi en natation, sans secousses ?

C’est précisément l’observation qui a fait tomber l’ancienne théorie de la traction des ligaments viscéraux. La natation figure parmi les disciplines les plus pourvoyeuses de points de côté alors qu’elle ne comporte aucune secousse verticale. On invoque plutôt la respiration contrainte et rythmée, la rotation du tronc et la position horizontale. Ce constat renforce l’hypothèse d’une irritation du péritoine plutôt que d’une contrainte mécanique sur les organes.

Le caillou serré dans la main, ça marche ?

C’est sans risque, et certains coureurs y trouvent un soulagement, mais aucun mécanisme physiologique connu ne l’explique. L’effet le plus probable est une distraction attentionnelle : en concentrant votre attention sur la main, vous percevez moins la douleur abdominale. Si cela vous aide, rien n’empêche de l’utiliser, mais ne comptez pas dessus en priorité : ralentir et modifier la respiration restent nettement plus efficaces.

Les débutants sont-ils plus touchés ?

Oui. Le point de côté est plus fréquent chez les personnes moins entraînées et chez les jeunes. En revanche, il n’est lié ni au sexe, ni à la morphologie, contrairement à ce qu’on entend parfois. La bonne nouvelle : avec un entraînement régulier et progressif, un meilleur gainage et une respiration maîtrisée, sa fréquence diminue nettement. Les athlètes confirmés en font moins souvent, sans pour autant en être totalement à l’abri.

Que faire si mes points de côté reviennent toujours au même endroit ?

Si les mesures habituelles ne suffisent pas et que la douleur est toujours localisée au même point, un examen du rachis thoracique peut être pertinent. Un cas clinique a décrit un coureur dont les points de côté sont apparus après une blessure thoracique, la douleur étant reproduite à la palpation de l’articulation vertébrale correspondante ; sur une petite série de 17 coureurs sujets au point de côté, près de la moitié présentaient des anomalies à cet examen. C’est une piste, pas une certitude, mais elle vaut d’être explorée avec un professionnel.

Sources et références

  1. Morton DP, Callister R. Exercise-related transient abdominal pain (ETAP). Sports Medicine, 2015 ;45(1) :23-35. Revue de référence sur le sujet. Environ 70 % des coureurs rapportent avoir ressenti la douleur au cours de l’année écoulée, et sur une épreuve donnée environ un participant sur cinq peut être concerné. La douleur est le plus souvent localisée dans les régions latérales de l’abdomen, le long du rebord costal, et peut s’accompagner d’une douleur référée à la pointe de l’épaule, territoire innervé par le nerf phrénique. Elle est aggravée par l’état postprandial, les boissons hypertoniques étant particulièrement provocatrices, et se révèle plus fréquente chez les sujets jeunes, sans lien avec le sexe ni la morphologie. Les auteurs concluent que l’irritation du péritoine pariétal constitue l’hypothèse expliquant le mieux les caractéristiques observées. doi:10.1007/s40279-014-0245-z
  2. Morton DP, Callister R. Characteristics and etiology of exercise-related transient abdominal pain. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2000 ;32(2) :432-438. Étude ayant comparé les valeurs de spirométrie avant et pendant un épisode de point de côté : aucune modification significative de la fonction respiratoire n’a été observée, ce qui suggère que le diaphragme n’est pas directement impliqué dans l’étiologie et affaiblit les hypothèses d’ischémie diaphragmatique et de crampe des muscles respiratoires.
  3. Morton DP, Callister R. EMG activity is not elevated during exercise-related transient abdominal pain. Journal of Science and Medicine in Sport, 2008 ;11(6) :569-574. Aucune élévation de l’activité électromyographique susceptible de signer une crampe musculaire n’a été mise en évidence pendant les épisodes de point de côté.
  4. Morton DP et Aune T. Observation clinique rapportant l’apparition de points de côté de plus en plus fréquents et sévères chez un coureur de demi-fond de haut niveau à la suite d’une blessure du rachis thoracique, la douleur étant reproduite à la palpation de l’articulation vertébrale correspondant au niveau d’innervation de la zone douloureuse. L’examen de 17 autres coureurs sujets au point de côté a retrouvé des anomalies du rachis thoracique chez près de la moitié d’entre eux. Voir également Morton DP, Callister R. Influence of posture and body type on the experience of exercise-related transient abdominal pain. Journal of Science and Medicine in Sport, 2010 ;13(5) :485-488.
  5. Mole JL, Bird ML, Fell JW. The effect of transversus abdominis activation on exercise-related transient abdominal pain. Journal of Science and Medicine in Sport, 2014 ;17(3) :261-265. Travaux ayant observé que les personnes sujettes au point de côté présentaient un transverse de l’abdomen plus fin, et suggérant que l’activation de ce muscle pourrait réduire l’incidence du phénomène.
  6. Plunkett BT, Hopkins WG. Investigation of the side pain « stitch » induced by running after fluid ingestion. Medicine & Science in Sports & Exercise, 1999 ;31(8) :1169-1175. Étude sur le déclenchement du point de côté par l’ingestion de liquides avant la course, documentant le rôle du volume et de la composition des boissons.
  7. Morton DP, Richards D, Callister R. Epidemiology of exercise-related transient abdominal pain at the Sydney City to Surf community run. Journal of Science and Medicine in Sport, 2005 ;8(2) :152-162. Étude épidémiologique menée auprès de 848 participants d’une course populaire : 27 % des répondants ont rapporté un point de côté pendant l’épreuve.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Le point de côté est un phénomène bénin et transitoire. Toutefois, une douleur abdominale ou thoracique inhabituelle, intense, persistante après l’effort, survenant au repos, ou accompagnée de fièvre, de vomissements, de difficultés respiratoires ou d’un malaise, doit conduire à consulter un médecin sans délai, afin d’écarter d’autres causes : appendicite, colique néphrétique, pathologie biliaire, atteinte musculaire, cause cardiaque, entre autres.

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