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Pubalgie : les 5 formes, le diagnostic et le traitement

pubalgie

Ça a commencé par une gêne. Un tiraillement au pli de l’aine, après les matchs, que vous mettiez sur le compte de la fatigue. Puis la gêne s’est invitée pendant l’effort, sur les frappes, les changements d’appui, les démarrages. Aujourd’hui elle est là le matin en sortant du lit, et vous avez appris à vivre avec — en attendant qu’elle passe. Sauf qu’elle ne passe pas.

La pubalgie a cette réputation redoutable : elle s’installe lentement, se banalise, et devient chronique précisément parce qu’on a trop attendu. Mais elle traîne aussi une autre réputation, plus trompeuse encore — celle d’être une maladie, avec un traitement. C’est faux, et c’est la source de la plupart des échecs : sous ce seul mot se cachent en réalité plusieurs blessures différentes, qui n’ont ni les mêmes causes, ni le même traitement, et que l’on confond sans cesse. Se tromper de catégorie, c’est se tromper de rééducation — et transformer trois semaines d’arrêt en six mois de galère.

Vous allez comprendre ce que recouvre vraiment ce mot, comment reconnaître à quelle forme vous avez affaire, ce que la recherche a démontré sur le traitement (la réponse va peut-être vous surprendre : le repos n’en fait pas partie), et comment ne pas basculer dans la douleur qui dure.

Pubalgie : un mot, plusieurs blessures

Le mot « pubalgie » signifie littéralement « douleur du pubis ». Dans le langage courant, il est devenu un terme fourre-tout pour désigner toute douleur persistante de la région de l’aine chez le sportif. C’est là que naissent les malentendus : on parle d’une seule chose, alors qu’il s’agit d’une famille de blessures partageant une même zone.

Cette confusion n’est pas anodine. Pendant des décennies, chaque équipe médicale employait ses propres termes — « maladie de Nesovic », « ostéo-arthropathie pubienne », « hernie du sportif », « syndrome de Gilmore » — si bien que deux médecins pouvaient décrire la même blessure sous deux noms, ou deux blessures différentes sous le même. En 2014, vingt-quatre experts internationaux réunis à Doha ont mis fin à ce chaos en adoptant une terminologie commune, fondée non pas sur des hypothèses de mécanisme mais sur la zone anatomique réellement douloureuse[1].

Ce que change cette approchePlutôt que de chercher quelle maladie vous avez, la démarche moderne cherche quelle structure est douloureuse : les adducteurs ? le psoas ? le pubis lui-même ? la région inguinale ? la hanche ? Chacune oriente vers une prise en charge différente. C’est tout l’enjeu de cet article : vous aider à comprendre de quelle forme il s’agit, car c’est elle qui commande le traitement.
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L’anatomie du carrefour pubien

Pour comprendre la pubalgie, il faut voir le pubis comme un carrefour de forces. À l’avant du bassin, deux os se rejoignent sur la ligne médiane au niveau d’une articulation peu mobile, la symphyse pubienne. Et sur ce petit territoire viennent s’ancrer, en tirant dans des directions opposées, des muscles parmi les plus puissants du corps.

  • Par le bas, les adducteurs. Le long adducteur, en particulier, s’insère juste sur le pubis. Ils tirent la cuisse vers l’intérieur et freinent son écartement. Voir les adducteurs.
  • Par le haut, les abdominaux. Le grand droit et les obliques s’attachent au bord supérieur du pubis. Ils tirent vers le haut, exactement à l’opposé des adducteurs. Voir les abdominaux.
  • Le psoas et les fléchisseurs de hanche, qui passent juste devant l’articulation et interviennent à chaque montée de genou et chaque frappe.
  • La région inguinale, ce canal de la paroi abdominale basse que traversent des structures, et dont la paroi postérieure peut se fragiliser.
Le point clé à retenir

Le pubis est le point d’équilibre entre deux tractions antagonistes : les adducteurs qui tirent vers le bas et les abdominaux qui tirent vers le haut. Tant que cet équilibre tient, tout va bien. Quand il se rompt — adducteurs trop forts ou trop sollicités face à des abdominaux insuffisants, gestes répétés de torsion et de cisaillement — la contrainte se concentre sur la symphyse et sur les insertions. C’est le terrain de la pubalgie.

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Fréquence : un fléau des sports de pivot

La pubalgie n’est pas une blessure marginale : c’est l’une des plus fréquentes dans les sports qui mêlent course, frappes et changements de direction.

  • Les blessures de l’aine représentent environ 11 à 18 % de l’ensemble des blessures dans le football de haut niveau selon les études[2].
  • Chaque saison, jusqu’à 1 joueur professionnel sur 5 subit une blessure de l’aine avec arrêt, pour une durée d’absence moyenne de 15 à 20 jours[3].
  • La forme la plus fréquente est de loin celle des adducteurs : elle représente environ deux tiers des blessures de l’aine dans plusieurs cohortes de footballeurs[3].
  • Les récidives sont fréquentes : le taux de re-blessure des adducteurs est parmi les plus élevés de toutes les blessures musculaires du footballeur[3].
  • La partie visible cache un iceberg : une grande part des douleurs de l’aine n’entraînent pas d’arrêt et ne sont donc pas comptabilisées, alors qu’elles dégradent déjà la performance.

Les sports les plus concernés : football, hockey sur glace, rugby, mais aussi la course avec changements de direction, l’escrime, le handball et tous les sports d’appui et de pivot.

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Les cinq formes de pubalgie (classification de Doha)

C’est le cœur de l’article. L’accord de Doha distingue cinq catégories de douleur de l’aine chez le sportif, selon la structure en cause[1]. En reconnaître les traits, c’est faire la moitié du chemin vers le bon traitement.

FormeOù ça fait malCe qui l’aggrave
AdducteursPli de l’aine, vers l’intérieur de la cuisse, à l’insertion sur le pubis.Rapprocher les cuisses contre résistance ; serrer un ballon entre les genoux.
Psoas (iliopsoas)Plus profond, plus haut et en avant.Monter le genou contre résistance ; étirer le devant de la hanche.
Pubis (symphyse)Sur la ligne médiane, au centre du pubis.Pression directe sur l’os ; contraintes en cisaillement de la symphyse.
InguinaleDans la région du canal inguinal, au-dessus du pli.Toux, éternuement, effort abdominal, Valsalva.
HancheSouvent profonde, dans l’aine, parfois « en pince » (signe du C).Flexion et rotation de hanche ; position assise prolongée.
Une réalité qui complique toutCes formes ne sont pas exclusives : un même sportif peut en cumuler plusieurs. Une douleur des adducteurs ancienne s’accompagne fréquemment de signes pubiens ou inguinaux. C’est pourquoi le diagnostic revient à un professionnel : il ne s’agit pas de cocher une case, mais de hiérarchiser ce qui est au premier plan.
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1. La forme des adducteurs : la plus fréquente

C’est la pubalgie « classique », et de très loin la plus courante. La douleur siège au pli de l’aine et à la face interne de la cuisse, à l’endroit précis où le long adducteur s’insère sur le pubis.

  • Le signe qui la caractérise : la douleur reparaît quand on rapproche les cuisses contre résistance. Le test le plus simple : serrer un poing ou un ballon entre les genoux réveille la douleur (test de pression, ou squeeze test).
  • Le mécanisme : sursollicitation des adducteurs, souvent sur des frappes, des tacles ou des changements de direction, avec un déséquilibre entre des adducteurs trop tendus et des abdominaux ou fessiers insuffisants.
  • Sa bonne nouvelle : c’est la forme qui répond le mieux au traitement par l’exercice, dont l’efficacité est la mieux démontrée (voir plus bas).
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2. La forme du psoas : la douleur profonde

Le psoas (ou iliopsoas) est le principal fléchisseur de la hanche : c’est lui qui monte le genou. Sa forme de pubalgie donne une douleur plus profonde, plus haute et en avant que celle des adducteurs.

  • Ce qui l’évoque : une douleur réveillée en montant le genou contre résistance, ou en étirant le devant de la hanche (jambe tendue vers l’arrière).
  • Le contexte : fréquente chez les sportifs qui frappent, sprintent ou fléchissent beaucoup la hanche. Souvent associée à une raideur du fléchisseur.
  • Le lien utile : le travail de souplesse et de contrôle du psoas y a toute sa place. Voir les étirements du psoas.
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3. La forme pubienne : quand c’est l’os qui souffre

Ici, la douleur est centrale, sur la ligne médiane, directement sur la symphyse pubienne et l’os immédiatement adjacent. C’est la forme longtemps appelée « ostéite pubienne » ou « ostéo-arthropathie pubienne ».

  • Le signe : une douleur reproduite par la pression directe sur l’os pubien, au centre. Pas de test de résistance spécifique, contrairement aux formes musculaires.
  • Le mécanisme : des contraintes répétées de cisaillement de la symphyse, cette articulation peu mobile prise entre les tractions antagonistes des adducteurs et des abdominaux. À l’imagerie, on peut retrouver un œdème osseux de part et d’autre.
  • Sa particularité : elle traduit souvent une surcharge globale du carrefour pubien, et coexiste fréquemment avec la forme des adducteurs. La corriger suppose de rééquilibrer l’ensemble, pas seulement de traiter l’os.
Attention à un piège rare mais graveUne douleur pubienne fébrile, très intense, avec difficulté à marcher et altération de l’état général, n’est pas une pubalgie d’effort : elle peut évoquer une infection de la symphyse (ostéomyélite), notamment après une chirurgie de la région ou chez certains terrains. C’est une urgence médicale, sans rapport avec le sport.
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4. La forme inguinale et la fameuse « hernie du sportif »

C’est la forme la plus mal comprise, et celle qui a généré le plus de termes trompeurs : « hernie du sportif », « sportsman’s hernia », « syndrome de Gilmore », « pubalgie du footballeur ». Mettons les choses au clair.

Ce n’est pas une hernie

Malgré son nom, la « hernie du sportif » n’est pas une véritable hernie : il n’y a ni sac herniaire, ni organe qui passe à travers la paroi, ni grosseur palpable — contrairement à la hernie inguinale classique[4]. C’est pour cette raison que la communauté médicale préfère parler de douleur inguinale ou de désordre inguinal : il s’agit d’une fragilité ou d’une lésion des tissus mous de la paroi abdominale basse et de la région inguinale, sans hernie constituée[4].

  • Le signe : une douleur de la région inguinale, aggravée par la toux, l’éternuement, l’effort abdominal ou la manœuvre de Valsalva, sans grosseur palpable.
  • Le contexte : sports de pivot avec torsion violente du bassin (hockey, football, rugby).
  • Le point important : c’est l’une des rares formes où la chirurgie peut être discutée si le traitement conservateur échoue — mais seulement après avoir écarté les autres causes et tenté la rééducation.
Ne pas confondre avec une vraie hernieUne hernie inguinale véritable, elle, donne une grosseur qui apparaît à l’effort ou en toussant et qui peut se réduire en position allongée. C’est un diagnostic différent, qui relève d’une consultation chirurgicale. Toute grosseur de l’aine doit être montrée à un médecin.
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5. La forme liée à la hanche : la grande imitatrice

Toutes les douleurs de l’aine ne viennent pas de l’appareil pubien : certaines viennent de l’articulation de la hanche elle-même. C’est une distinction capitale, car le traitement n’a rien à voir.

  • Ce qui l’évoque : une douleur profonde de l’aine, parfois montrée par le patient « en pince » entre le pouce et l’index sur le côté de la hanche (le « signe du C »), aggravée par la flexion combinée à la rotation et par la position assise prolongée.
  • Les causes possibles : un conflit fémoro-acétabulaire, une lésion du bourrelet (labrum), une arthrose débutante. Voir l’arthrose de la hanche.
  • Pourquoi ça compte : traiter des adducteurs qui ne sont pas la cause, alors que le problème vient de la hanche, mène à l’échec. D’où l’intérêt d’un examen complet et, si besoin, d’une imagerie de la hanche.
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Pourquoi la pubalgie survient

Quelle que soit la forme, un même schéma revient : un déséquilibre de forces autour du pubis, entretenu par des gestes répétés que le corps ne parvient plus à absorber.

  • Le déséquilibre adducteurs / abdominaux : des adducteurs puissants et tendus qui tirent vers le bas, face à une sangle abdominale insuffisante — le pubis encaisse la différence.
  • Les gestes de cisaillement : frappes, tacles, changements de direction brutaux, qui sollicitent le carrefour pubien en torsion.
  • La surcharge d’entraînement : augmentation trop rapide du volume ou de l’intensité, sans progressivité. C’est souvent le facteur déclenchant.
  • La faiblesse ou le manque de contrôle du tronc et des fessiers, qui laisse le bassin instable pendant l’appui.
  • Une raideur de hanche, qui reporte les contraintes sur le pubis.
  • Le passé : une blessure antérieure, notamment de l’aine, majore nettement le risque de récidive.
L’idée qui change la préventionLa pubalgie n’est presque jamais un accident isolé : c’est une histoire de surcharge sur un terrain déséquilibré. C’est ce qui la rend en grande partie évitable — et pourquoi le renforcement ciblé, on va le voir, est à la fois le meilleur traitement et la meilleure prévention.
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Les facteurs de risque

FacteurPourquoi il compte
Blessure de l’aine antérieureLe facteur de risque le mieux établi : une pubalgie mal soignée en prépare une autre.
Faiblesse des adducteursUne force d’adduction basse, ou un mauvais ratio adducteurs/abducteurs, précède souvent la douleur.
Sport de pivotFootball, hockey, rugby : les gestes de frappe et de torsion concentrent la contrainte.
Charge d’entraînement mal géréeLes pics de charge, la reprise trop rapide, le manque de récupération.
Déficit de contrôle du troncUn gainage insuffisant laisse le bassin instable.
Raideur ou anomalie de hancheReporte les contraintes vers l’avant du bassin.
Sexe masculinLes formes de l’aine sont globalement plus fréquentes chez l’homme sportif, sans que la femme soit épargnée.
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Les symptômes qui doivent alerter

La pubalgie a une signature : une douleur qui s’installe progressivement et qui, non traitée, gagne du terrain.

  • Au début : une gêne de l’aine après l’effort, qui disparaît au repos. C’est le moment idéal pour agir — et celui où l’on agit le moins.
  • Ensuite : la douleur apparaît pendant l’effort, sur les frappes, les sprints, les changements d’appui.
  • Puis : elle persiste après l’échauffement, gêne les gestes du quotidien, se réveille en toussant, en montant les escaliers, en sortant d’une voiture.
  • Au stade chronique : elle est présente le matin, à la première mise en charge, et limite durablement la pratique.
Consultez sans attendre si

La douleur de l’aine dure plus de quelques semaines ou revient à chaque reprise ; elle vous oblige à modifier votre geste ou à réduire votre pratique ; elle s’accompagne d’une grosseur de l’aine ; elle est fébrile ou brutalement intense ; ou elle irradie de façon inhabituelle. Plus la pubalgie est prise tôt, plus elle se règle vite : c’est la règle numéro un.

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Le diagnostic : surtout clinique

Contrairement à ce qu’on imagine, le diagnostic de pubalgie repose d’abord sur l’examen clinique, pas sur l’imagerie.

  • L’interrogatoire : localisation précise de la douleur, gestes qui la déclenchent, mode d’installation, sport pratiqué, antécédents.
  • La palpation : elle situe la structure douloureuse — insertion des adducteurs, symphyse, région inguinale, psoas.
  • Les tests de provocation : rapprochement des cuisses contre résistance (adducteurs), flexion de hanche résistée (psoas), pression pubienne (pubis), effort abdominal et toux (inguinal), flexion-rotation de hanche (hanche).
  • L’imagerie, en second temps : l’IRM est l’examen le plus utile pour objectiver un œdème osseux, une atteinte d’insertion ou orienter vers la hanche, et surtout pour écarter d’autres causes. La radiographie et l’échographie ont un rôle plus limité.
Pourquoi l’imagerie ne suffit pasBeaucoup de sportifs sans douleur présentent des anomalies à l’IRM, et à l’inverse une pubalgie authentique peut donner une imagerie discrète. L’image complète l’examen clinique, elle ne le remplace pas. C’est la cohérence entre l’histoire, la palpation, les tests et l’imagerie qui fait le diagnostic.
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Ce qui n’est pas une pubalgie

Une douleur de l’aine n’est pas toujours une pubalgie d’effort. Certaines causes doivent être écartées, parfois en urgence.

SituationCe qui doit alerter
Hernie inguinale vraieGrosseur de l’aine apparaissant à l’effort, réductible en position allongée.
Infection de la symphyseFièvre, douleur intense, difficulté à marcher, altération de l’état général.
Fracture de fatigue du bassinDouleur mécanique croissante chez un sportif d’endurance, surtout après hausse de charge. Voir la fracture de fatigue.
Cause urinaire ou génitaleDouleur testiculaire, troubles urinaires, douleur non rythmée par l’effort.
Cause abdominale ou digestiveDouleur associée à des signes digestifs, non liée au mouvement.
Douleur de hanche pureBlocages, douleur en flexion-rotation, raideur : c’est l’articulation, pas le pubis.
Douleur nerveuseBrûlure, irradiation, territoire précis : évoque une atteinte d’un nerf de la région.
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Le traitement : l’exercice avant tout, pas le repos

Ce que la recherche a démontré

C’est le point le plus important de tout l’article, et il va à l’encontre du réflexe habituel. Un essai contrôlé randomisé de référence, publié dans The Lancet en 1999, a comparé chez des sportifs souffrant de pubalgie ancienne des adducteurs un programme d’entraînement physique actif à un traitement passif (physiothérapie sans exercice actif)[5].

Le résultat a changé la pratique : le groupe exercice actif — renforcement des adducteurs et de la sangle abdominale, travail de gainage et de coordination — a obtenu des taux de retour au sport nettement supérieurs à ceux du groupe traité passivement[5]. Depuis, l’exercice thérapeutique constitue le socle du traitement de la pubalgie des adducteurs[6].

La conséquence pratiqueLe repos seul ne guérit pas la pubalgie : il calme la douleur, mais dès la reprise elle revient, car le déséquilibre de fond n’a pas été corrigé. Ce qui répare, c’est un renforcement progressif et bien conduit. Le repos relatif sert à passer un cap douloureux, pas de traitement.

Les grands principes du traitement conservateur :

  • Réduire temporairement les gestes qui font mal, sans s’arrêter complètement (repos relatif, pas repos absolu).
  • Renforcer progressivement les adducteurs et la sangle abdominale, en rééquilibrant les deux.
  • Travailler le gainage, les fessiers et le contrôle du bassin, souvent négligés.
  • Réintroduire la course puis les gestes spécifiques par paliers, sans douleur qui persiste.
  • Traiter la forme dominante : le programme n’est pas le même selon qu’il s’agit des adducteurs, du psoas, du pubis ou de la hanche.
  • S’inscrire dans la durée : compter souvent plusieurs semaines à quelques mois, avec un accompagnement par un professionnel.
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La rééducation, phase par phase

Le schéma ci-dessous illustre la logique de progression pour une pubalgie des adducteurs. Il est indicatif : la conduite réelle appartient au professionnel qui vous suit, et les délais varient selon les personnes.

Phase 1 — Calmer et préserver

  • Réduire les gestes provocateurs, sans immobilisation complète.
  • Maintenir une activité indolore (vélo doux, natation selon la tolérance).
  • Débuter des contractions isométriques douces des adducteurs, sans douleur.

Phase 2 — Renforcer et rééquilibrer

  • Renforcement progressif des adducteurs, d’abord isométrique puis dynamique.
  • Travail de la sangle abdominale et des fessiers, pour rétablir l’équilibre des tractions.
  • Gainage et contrôle du bassin sous charge croissante.

Phase 3 — Charge et amplitude

  • Introduction du renforcement excentrique des adducteurs, à mesure que la douleur cède.
  • Exercices en amplitude, type adduction de Copenhague, en fin de parcours et par paliers.
  • Réathlétisation générale du bas du corps. Voir le renforcement du tronc.

Phase 4 — Retour au sport

  • Réintroduction de la course, puis des accélérations, des changements de direction et des frappes.
  • Retour au jeu quand les gestes spécifiques sont indolores et la force rétablie.
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Quand la chirurgie se discute

La chirurgie n’est pas le traitement de première intention de la pubalgie. Elle se discute dans des situations précises, après échec d’un traitement conservateur bien conduit.

  • La forme inguinale résistante (la « hernie du sportif ») est la principale indication chirurgicale, quand plusieurs mois de rééducation n’ont pas suffi et que le diagnostic est solide.
  • Certaines atteintes des adducteurs très résistantes peuvent relever d’un geste chirurgical (libération, ténotomie), mais c’est l’exception.
  • La condition : avoir écarté les autres causes, avoir réellement mené la rééducation à son terme, et poser l’indication avec un chirurgien expérimenté de cette pathologie.
Le bon ordreLa grande majorité des pubalgies se règlent sans chirurgie. L’opération n’est jamais un raccourci pour éviter la rééducation : même opéré, le sportif devra reconstruire sa force et son équilibre. C’est un dernier recours ciblé, pas une solution rapide.
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Le retour au sport

Le retour ne se décide pas au calendrier mais sur des critères. Reprendre trop tôt est la première cause de rechute.

  • Douleur : absence de douleur au quotidien et aux tests de provocation.
  • Force : force des adducteurs rétablie, équilibre adducteurs/abducteurs restauré, symétrie entre les deux côtés.
  • Geste : course, changements de direction et frappes indolores, réintroduits par paliers.
  • Progressivité : reprise graduelle du volume et de l’intensité, sans pic brutal.
  • Entretien : poursuivre le renforcement des adducteurs après la guérison — l’arrêter expose à la récidive.
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La prévention : ce qui marche vraiment

C’est peut-être la meilleure nouvelle de cet article : la pubalgie des adducteurs est en grande partie évitable, et par un moyen simple.

Le renforcement des adducteurs, mesuré

Un programme de renforcement des adducteurs fondé sur l’adduction de Copenhague a réduit d’environ 41 % le risque de problèmes d’aine chez des footballeurs, dans un essai contrôlé randomisé portant sur 35 équipes[7]. C’est le premier programme spécifique de prévention de l’aine à avoir démontré un effet significatif.

Le bémol, honnête : l’observance est le talon d’Achille de ces programmes. Dans le suivi de cet essai, seule une minorité de joueurs le poursuivait comme prescrit. Un programme abandonné ne protège plus : la régularité est la condition de l’efficacité.

  • Renforcer régulièrement les adducteurs, en particulier en excentrique (adduction de Copenhague, ou débuts plus accessibles). Voir aussi l’adduction à la machine pour les débutants.
  • Ne pas négliger la sangle abdominale et les fessiers, pour équilibrer les tractions sur le pubis.
  • Gérer la charge d’entraînement : progresser par paliers, éviter les pics brutaux de volume ou d’intensité.
  • Soigner l’échauffement et la mobilité de hanche.
  • Traiter tôt la moindre gêne de l’aine, avant qu’elle ne s’installe.
  • Poursuivre la prévention en continu, pas seulement après une blessure. Voir la prévention des blessures.
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Les erreurs à éviter

  • Attendre que « ça passe » : la pubalgie prise tard devient chronique. C’est l’erreur la plus coûteuse.
  • Se reposer complètement en croyant guérir : le repos calme, il ne corrige pas le déséquilibre. La douleur revient à la reprise.
  • Traiter toutes les pubalgies pareil : sans identifier la forme dominante, on rééduque à côté.
  • Confondre avec une vraie hernie, ou passer à côté d’une cause de hanche ou d’une autre origine.
  • Reprendre au calendrier plutôt que sur des critères de force et de geste indolore.
  • Arrêter le renforcement une fois guéri, et rouvrir la porte à la récidive.
  • Voir la chirurgie comme un raccourci : elle ne dispense jamais de la rééducation.
  • Négliger abdominaux et fessiers en ne renforçant que les adducteurs.
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En résumé. La pubalgie n’est pas une maladie unique : c’est une famille de blessures partageant la région de l’aine, que l’accord de Doha a classées en cinq formes selon la structure en cause — adducteurs (la plus fréquente), psoas, pubis, inguinale et hanche. Identifier la bonne forme est la première étape, car chacune oriente vers un traitement différent.

Le message central : le repos seul ne guérit pas. Ce qui répare, c’est l’exercice thérapeutique — renforcement progressif des adducteurs et de la sangle abdominale, gainage, réathlétisation — dont l’efficacité est démontrée depuis un essai devenu classique. Le repos passe un cap, il ne remplace pas la reconstruction.

Enfin, la pubalgie des adducteurs est largement évitable par un renforcement régulier, à condition de le poursuivre dans la durée. Et la règle qui résume tout : prise tôt, elle se règle vite ; laissée traîner, elle s’installe. À la moindre gêne de l’aine qui dure ou revient, ne jouez pas la montre — faites-vous examiner.

Aller plus loin

FAQ — La pubalgie du sportif

Qu’est-ce que la pubalgie exactement ?

Le mot signifie « douleur du pubis », mais il désigne en réalité une famille de blessures de la région de l’aine chez le sportif, pas une maladie unique. L’accord de Doha de 2014 en distingue cinq formes selon la structure en cause : adducteurs (la plus fréquente), psoas, pubis, région inguinale et hanche. Chacune a ses signes et son traitement propre, ce qui explique pourquoi on ne soigne pas toutes les pubalgies de la même façon.

Le repos suffit-il à guérir une pubalgie ?

Non, et c’est l’idée reçue la plus tenace. Le repos calme la douleur mais ne corrige pas le déséquilibre de fond entre adducteurs et abdominaux : dès la reprise, la douleur revient. Un essai de référence publié dans le Lancet en 1999 a montré qu’un programme d’entraînement actif — renforcement des adducteurs et de la sangle abdominale — donne de bien meilleurs résultats de retour au sport qu’un traitement passif. Le repos sert à passer un cap douloureux, il ne répare pas.

La « hernie du sportif » est-elle une vraie hernie ?

Non, malgré son nom. Il n’y a ni sac herniaire, ni organe qui passe à travers la paroi, ni grosseur palpable, contrairement à la hernie inguinale classique. C’est une fragilité ou une lésion des tissus mous de la paroi abdominale basse et de la région inguinale. La communauté médicale préfère parler de douleur inguinale ou de désordre inguinal. À distinguer d’une vraie hernie inguinale, qui donne une grosseur apparaissant à l’effort et réductible en position allongée, et qui relève d’un avis chirurgical.

Comment savoir de quelle forme de pubalgie je souffre ?

Cela revient à un professionnel, mais quelques repères orientent. Douleur au pli de l’aine réveillée en serrant un ballon entre les genoux : forme des adducteurs. Douleur profonde réveillée en montant le genou contre résistance : psoas. Douleur centrale sur l’os pubien à la pression : pubis. Douleur aggravée par la toux ou l’effort abdominal : inguinale. Douleur profonde en flexion-rotation de hanche : hanche. Ces formes peuvent se cumuler, d’où l’intérêt d’un examen complet.

Combien de temps pour guérir d’une pubalgie ?

Cela dépend de la forme, de l’ancienneté et de la précocité de la prise en charge. Une pubalgie récente et bien traitée peut se régler en quelques semaines. Une forme ancienne et chronique demande souvent plusieurs mois de rééducation. La règle générale : plus on agit tôt, plus c’est rapide. Laissée traîner, la pubalgie devient chronique et beaucoup plus longue à résoudre. Le délai réel est fixé par la récupération de la force et l’absence de douleur au geste, pas par un calendrier.

Faut-il opérer une pubalgie ?

Dans la grande majorité des cas, non. La chirurgie n’est pas le traitement de première intention : elle se discute surtout pour la forme inguinale résistante, après échec d’un traitement conservateur bien mené sur plusieurs mois et un diagnostic solide. Même après une opération, le sportif doit reconstruire sa force et son équilibre par la rééducation. L’opération n’est jamais un raccourci pour éviter le travail de renforcement.

Comment prévenir la pubalgie ?

Le moyen le mieux démontré est le renforcement régulier des adducteurs, notamment en excentrique avec l’adduction de Copenhague : un essai sur 35 équipes de football a montré une réduction d’environ 41 % des problèmes d’aine. À condition d’être poursuivi : l’observance est le point faible de ces programmes, et un programme abandonné ne protège plus. Complétez par le renforcement des abdominaux et des fessiers, une bonne gestion de la charge d’entraînement, et le traitement précoce de toute gêne de l’aine.

Quels sports exposent le plus à la pubalgie ?

Les sports de pivot mêlant course, frappes et changements de direction : football, hockey sur glace et rugby en tête, mais aussi handball, escrime, course avec changements d’appui et sports de combat. Le point commun est le geste de torsion et de cisaillement du bassin, qui concentre la contrainte sur le carrefour pubien. Dans le football de haut niveau, les blessures de l’aine représentent environ 11 à 18 % de toutes les blessures, ce qui en fait l’une des plus fréquentes.

Sources et références

  1. Weir A, Brukner P, Delahunt E, Ekstrand J, Griffin D, Khan KM, Lovell G, Meyers WC, Muschaweck U, Orchard J, Paajanen H, Philippon M, Reboul G, Robinson P, Schache AG, Schilders E, Serner A, Silvers H, Thorborg K, Tyler T, Verrall G, de Vos RJ, Vuckovic Z, Hölmich P. Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes. British Journal of Sports Medicine, 2015 ;49(12) :768-774. Réunion de consensus (Doha, 4 novembre 2014, 24 experts de 14 pays) établissant une terminologie commune fondée sur l’aire anatomique : entités cliniques définies (douleur liée aux adducteurs, à l’iliopsoas, à la région inguinale, au pubis), douleur liée à la hanche, et autres causes. doi:10.1136/bjsports-2015-094869
  2. Werner J, Hägglund M, Waldén M, Ekstrand J. UEFA injury study : a prospective study of hip and groin injuries in professional football over seven consecutive seasons. British Journal of Sports Medicine, 2009 ;43(13) :1036-1040. Étude prospective sur sept saisons : les blessures de la hanche et de l’aine représentent une part substantielle des blessures du footballeur professionnel (de l’ordre de 12 à 16 % selon les analyses), la forme liée aux adducteurs étant la plus fréquente. Données concordantes avec les revues rapportant des valeurs de 11 à 18 % selon les cohortes.
  3. Mosler AB, Weir A, Eirale C, Farooq A, Thorborg K, Whiteley RJ, Hölmich P, Crossley KM. Epidemiology of time loss groin injuries in a men’s professional football league : a 2-year prospective study of 17 clubs and 606 players. British Journal of Sports Medicine, 2018 ;52(5) :292-297. Étude prospective de deux saisons : la douleur liée aux adducteurs est la forme dominante des blessures de l’aine avec arrêt, avec une durée moyenne d’absence de l’ordre de deux à trois semaines et un risque de récidive élevé. Complément épidémiologique : données de la Dutch professional leagues rapportant jusqu’à environ 19 % de joueurs touchés par saison et une répartition des formes largement dominée par les adducteurs (environ deux tiers).
  4. Position de la communauté médicale sur la « hernie du sportif » / douleur inguinale du sportif : l’entité communément appelée sports hernia ou sportsman’s hernia n’est pas une hernie vraie, en l’absence de sac herniaire et de masse palpable ; elle correspond à une lésion des tissus mous (paroi abdominale basse, région inguinale) et est désignée par les termes de athletic pubalgia (American Academy of Orthopaedic Surgeons, OrthoInfo) ou de désordre inguinal (British Hernia Society, Manchester Consensus 2012). La classification de Doha la range dans la douleur liée à la région inguinale.
  5. Hölmich P, Uhrskou P, Ulnits L, Kanstrup IL, Nielsen MB, Bjerg AM, Krogsgaard K. Effectiveness of active physical training as treatment for long-standing adductor-related groin pain in athletes : randomised trial. The Lancet, 1999 ;353(9151) :439-443. Essai contrôlé randomisé démontrant la supériorité d’un programme d’entraînement physique actif (renforcement des adducteurs et de la sangle abdominale, coordination) sur un traitement physiothérapique passif pour le retour au sport dans la pubalgie ancienne liée aux adducteurs. doi:10.1016/S0140-6736(98)03340-6
  6. Hölmich P. Long-standing groin pain in sportspeople falls into three primary patterns, a « clinical entity » approach : a prospective study of 207 patients. British Journal of Sports Medicine, 2007 ;41(4) :247-252. Étude prospective soutenant l’approche par entités cliniques dans la douleur de l’aine du sportif et confirmant la prédominance des formes liées aux adducteurs, base de la démarche diagnostique moderne.
  7. Harøy J, Clarsen B, Wiger EG, Øyen MG, Serner A, Thorborg K, Hölmich P, Andersen TE, Bahr R. The Adductor Strengthening Programme prevents groin problems among male football players : a cluster-randomised controlled trial. British Journal of Sports Medicine, 2019 ;53(3) :145-152. Essai contrôlé randomisé en grappes (35 équipes) : un programme de renforcement des adducteurs fondé sur l’adduction de Copenhague réduit d’environ 41 % le risque de problèmes d’aine (odds ratio 0,59 ; IC 95 % : 0,40-0,86). doi:10.1136/bjsports-2017-098937

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. La pubalgie recouvre plusieurs entités qui exigent un diagnostic professionnel ; une douleur de l’aine persistante ou récidivante, une grosseur de l’aine, une douleur fébrile ou brutalement intense, ou toute douleur atypique imposent une consultation. La rééducation se conduit avec un professionnel de santé.