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arthrose de la hanche

En bref : la coxarthrose est l'arthrose de l'articulation entre le bassin et le fémur. Le traitement de fond reconnu par les recommandations internationales tient en deux éléments : l'information du patient et un programme d'exercice terrestre structuré[1]. C'est peu spectaculaire, mais c'est ce qui est le mieux démontré. Plusieurs traitements souvent proposés — paracétamol, acide hyaluronique, opioïdes — ne sont en revanche pas recommandés pour la hanche. Voici ce qui marche, ce qui ne marche pas, et pourquoi.

Comprendre la coxarthrose

La hanche est une articulation en forme de sphère : la tête du fémur s'emboîte dans une cavité du bassin, le cotyle. Les deux surfaces sont recouvertes de cartilage, qui permet un glissement quasiment sans frottement. La coxarthrose correspond à l'altération progressive de ce cartilage, accompagnée de modifications de l'os situé dessous et de la membrane articulaire.

Une précision qui a son importance On lit fréquemment que « bouger permet au cartilage de se régénérer ». C'est inexact. Le cartilage adulte ne contient ni vaisseaux ni nerfs et possède une capacité de réparation très limitée : une fois altéré, il ne se reconstitue pas.

Ce que fait réellement le mouvement est différent, et suffisant pour justifier de bouger : il assure la nutrition du cartilage par diffusion sous l'effet des variations de pression, entretient la mobilité, renforce les muscles qui protègent l'articulation, et agit sur la perception de la douleur. L'objectif n'est pas de réparer, c'est de mieux fonctionner avec ce qu'on a.

Les facteurs qui comptent

  • L'âge, principal facteur, sans que l'arthrose soit pour autant une fatalité du vieillissement.
  • Les anomalies de forme de la hanche : dysplasie, conflit fémoro-acétabulaire. Elles expliquent une part importante des coxarthroses survenant avant 60 ans.
  • Les antécédents : fracture, luxation, maladie de la hanche dans l'enfance.
  • Le surpoids, dont l'effet passe par la charge mécanique et par des mécanismes métaboliques.
  • Les contraintes professionnelles lourdes et prolongées : port de charges, station debout permanente.
  • Des facteurs familiaux, dont le rôle est établi sans être déterminant à lui seul.
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Reconnaître une coxarthrose

  • Douleur du pli de l'aine, parfois de la fesse. C'est la localisation la plus typique.
  • Douleur irradiant vers le genou. Piège classique : une hanche arthrosique peut se manifester par une douleur de la face antérieure de la cuisse et du genou, au point de faire chercher au mauvais endroit.
  • Douleur mécanique : déclenchée par la marche et la station debout, calmée par le repos.
  • Dérouillage matinal court, généralement inférieur à trente minutes.
  • Perte de mobilité, en particulier de la rotation interne : se couper les ongles des pieds, enfiler une chaussette ou monter en voiture deviennent difficiles.
  • Boiterie et réduction du périmètre de marche à un stade plus avancé.
Comment le diagnostic se poseAvant tout sur l'examen clinique : interrogatoire et mesure des amplitudes articulaires. La radiographie confirme et évalue le stade. Comme pour toutes les articulations, l'importance des images ne prédit pas fidèlement l'intensité des symptômes : certaines hanches très abîmées font peu souffrir, et l'inverse existe aussi.
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Certains tableaux ne relèvent pas de l'arthrose et imposent un avis sans attendre :

  • Douleur de hanche brutale après un traumatisme, ou impossibilité de prendre appui.
  • Fièvre, hanche chaude, douleur intense d'installation rapide.
  • Douleur permanente, nocturne, non calmée par le repos, ou amaigrissement inexpliqué.
  • Douleur de hanche chez une personne sous corticothérapie prolongée, en cas de consommation importante d'alcool ou de drépanocytose : une ostéonécrose de la tête fémorale doit être évoquée.
  • Douleur de hanche chez un enfant ou un adolescent : les causes y sont différentes et nécessitent un avis spécialisé.
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L'exercice, traitement de fond

Les recommandations internationales retiennent, pour l'arthrose de hanche, deux traitements de fond : l'éducation du patient et un programme structuré d'exercice terrestre[1]. Tout le reste vient en complément.

Ce qu'on peut en attendre, chiffres à l'appui

Une revue Cochrane portant sur neuf essais et 549 participants conclut, avec un niveau de preuve élevé, que l'exercice terrestre réduit la douleur et améliore la fonction immédiatement après le traitement[2].

L'ampleur mérite d'être annoncée honnêtement : sur une échelle de 0 à 100, le gain est d'environ 8 points sur la douleur et 7 sur la fonction, avec un nombre de sujets à traiter de 6. C'est un effet modeste mais réel, comparable à celui de bien des médicaments, sans leurs effets indésirables. Aucune personne sérieuse ne vous promettra la disparition des douleurs ; l'exercice améliore le confort et retarde la perte de fonction.

La question de la doseLes analyses portant sur le volume d'exercice montrent que les programmes supervisés et suffisamment fournis obtiennent de meilleurs résultats[3]. En pratique : mieux vaut un accompagnement initial par un kinésithérapeute, avec un nombre suffisant de séances, qu'une poignée de conseils donnés en passant.

Que faire concrètement

  • Renforcement des muscles de la hanche, en particulier les fessiers et les quadriceps. C'est le cœur du programme, pas un supplément.
  • Travail de mobilité pour préserver les amplitudes, notamment la rotation interne. Voir les étirements des fessiers et le guide des étirements.
  • La marche, régulière et progressive, sur terrain plutôt plat pour commencer.
  • Le vélo, bien toléré, avec une selle assez haute pour éviter une flexion excessive de hanche.
  • Travail de l'équilibre et du contrôle du bassin, souvent négligé et utile contre la boiterie.
Et la piscine ?Ces mêmes recommandations retiennent l'exercice terrestre comme traitement de fond de la hanche, et ne retiennent pas l'exercice aquatique, faute de données suffisantes dans cette localisation[1]. Cela ne signifie pas que la piscine soit nocive : elle reste une excellente option si vous l'appréciez, notamment en phase douloureuse. Simplement, elle ne remplace pas le renforcement à sec.
Repère de toléranceUne gêne modérée pendant l'exercice, revenue à son niveau habituel le lendemain, est acceptable. Une douleur qui reste majorée plus de 24 heures indique de réduire l'intensité au prochain passage — pas d'arrêter le programme.
Deux appuis souvent oubliésLa perte de poids chez les personnes en surpoids fait partie des mesures de fond : voir calculer son IMC. Et la canne se tient du côté opposé à la hanche douloureuse : c'est ainsi qu'elle décharge réellement l'articulation, et c'est une erreur très fréquente.
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Médicaments et infiltrations : ce que disent les recommandations

C'est ici que l'écart est le plus grand entre les pratiques courantes et les données. Le tableau ci-dessous reprend la position des recommandations internationales pour la hanche spécifiquement[1] — plusieurs traitements valables pour le genou ne le sont pas ici.

TraitementPosition pour l'arthrose de hanche
Éducation et exercice terrestreTraitements de fond, recommandés pour tous
Anti-inflammatoires orauxEnvisageables en cure courte quand les mesures de fond ne suffisent pas, avec prudence digestive, rénale et cardiovasculaire ; déconseillés en cas de comorbidité cardiovasculaire ou de fragilité
ParacétamolConditionnellement non recommandé : l'effet retrouvé sur l'arthrose est très faible
Opioïdes, tramadol inclusFortement déconseillés : bénéfice faible au regard des effets indésirables et du risque de dépendance
Acide hyaluronique en injectionNon recommandé pour la hanche, contrairement au genou où il reste discuté
Infiltration de corticoïdesNon retenue comme traitement recommandé dans la hanche ; peut apporter un soulagement de courte durée dans des situations précises, sous guidage par imagerie
Pourquoi cette différence entre hanche et genouLa hanche est profonde, difficile d'accès sans guidage, et les essais qui y ont été menés sont moins nombreux et moins concluants que pour le genou. L'absence de recommandation traduit d'abord une insuffisance de preuves dans cette articulation, et non la démonstration d'une inefficacité. C'est une nuance que votre médecin intégrera à votre situation particulière.
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Compléments et remèdes naturels

  • Glucosamine et chondroïtine : les résultats sont contradictoires et l'effet, quand il apparaît, reste faible. Elles ne modifient pas l'évolution de la maladie. Innocuité correcte, mais pas de raison d'en attendre beaucoup.
  • Curcuma : quelques essais favorables, de qualité inégale et souvent courts. Prudence en cas de traitement anticoagulant et de troubles biliaires ; des atteintes hépatiques ont été rapportées avec certaines formulations fortement dosées.
  • Harpagophytum : données limitées. Déconseillé en cas d'ulcère gastroduodénal et sous anticoagulant.
  • Oméga-3 : intérêt cardiovasculaire établi, effet sur l'arthrose beaucoup moins net. Aucune raison de s'en priver, aucune raison d'en attendre un soulagement notable.
Le principe à retenirAucun de ces produits ne figure parmi les traitements de fond. Ils peuvent accompagner, ils ne remplacent pas l'exercice — et « naturel » ne veut pas dire sans interaction : signalez-les à votre pharmacien. Côté assiette, une alimentation de type méditerranéen a du sens pour d'autres raisons : voir régime anti-inflammatoire.
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La prothèse totale de hanche

Lorsque la douleur reste invalidante malgré une prise en charge bien conduite, la prothèse totale de hanche est l'option de référence. C'est l'une des interventions les plus satisfaisantes de la chirurgie orthopédique, avec une amélioration importante de la douleur et de la fonction chez la grande majorité des personnes opérées.

  • Le critère de décision est le retentissement, pas l'image radiographique : douleur persistante, périmètre de marche réduit, sommeil perturbé, activités quotidiennes empêchées.
  • Il n'y a pas d'urgence à opérer une arthrose, mais attendre jusqu'à l'épuisement complet n'apporte rien non plus : la récupération est plus difficile après une longue période d'inactivité et de fonte musculaire.
  • Se préparer améliore les suites : maintenir la force des membres inférieurs avant l'intervention facilite la rééducation.
  • La rééducation postopératoire fait partie du traitement, elle n'en est pas un accessoire.
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En résumé. La coxarthrose ne se guérit pas et le cartilage ne se reconstitue pas — mais la douleur et la gêne, elles, se travaillent. Le socle est toujours le même : comprendre sa maladie, et suivre un programme d'exercice terrestre structuré, idéalement accompagné au départ.

Le gain attendu est modeste et progressif, pas miraculeux. En contrepartie, il est réel, durable et sans effet indésirable. Méfiez-vous des promesses inverses : pour la hanche, ni le paracétamol, ni les opioïdes, ni l'acide hyaluronique ne figurent parmi les traitements recommandés. Et si la gêne devient invalidante malgré tout, la prothèse donne d'excellents résultats.

Aller plus loin

FAQ — Arthrose de la hanche

Le cartilage peut-il se régénérer ?

Non. Le cartilage adulte ne contient ni vaisseaux ni nerfs et sa capacité de réparation est très limitée : une fois altéré, il ne se reconstitue pas. Le mouvement reste néanmoins indispensable, mais pour d'autres raisons : il nourrit le cartilage par diffusion, entretient la mobilité, renforce les muscles protecteurs et agit sur la perception de la douleur. L'objectif est de mieux fonctionner, pas de réparer.

Quel est le meilleur traitement de l'arthrose de hanche ?

Les recommandations internationales retiennent deux traitements de fond : l'éducation du patient et un programme structuré d'exercice terrestre. Une revue Cochrane portant sur 549 participants confirme une réduction de la douleur et une amélioration de la fonction, d'ampleur modeste mais avec un niveau de preuve élevé. Tout le reste vient en complément.

Les infiltrations d'acide hyaluronique sont-elles utiles ?

Pas pour la hanche : les recommandations internationales de 2019 ne les retiennent pas dans cette localisation, contrairement au genou où elles restent discutées. La hanche est profonde, l'injection nécessite un guidage par imagerie et les essais y sont moins nombreux et moins concluants. Il s'agit donc d'une insuffisance de preuves plus que d'une inefficacité démontrée.

Peut-on marcher ou faire du sport avec une coxarthrose ?

Oui, et c'est même le traitement principal. Marche, vélo et renforcement musculaire sont adaptés. En période douloureuse, les activités à impact élevé sont souvent moins bien tolérées, mais il s'agit d'une question de tolérance individuelle plus que d'interdiction. Le repère utile : une gêne modérée revenue à son niveau habituel le lendemain est acceptable.

Pourquoi ma douleur descend-elle jusqu'au genou ?

C'est un tableau classique et souvent trompeur. Une hanche arthrosique peut se manifester par une douleur de l'aine, de la face antérieure de la cuisse et du genou, en raison de l'innervation commune de ces territoires. Il arrive que l'on explore longuement un genou alors que le problème vient de la hanche : l'examen des amplitudes de hanche redresse généralement le diagnostic.

De quel côté tenir sa canne ?

Du côté opposé à la hanche douloureuse. C'est contre-intuitif mais c'est ainsi que la canne réduit réellement les contraintes sur l'articulation atteinte, en reportant une partie de l'appui lors de la phase où la hanche douloureuse supporte le poids du corps. Une canne tenue du mauvais côté n'apporte quasiment aucun soulagement.

Quand faut-il envisager une prothèse ?

La décision repose sur le retentissement, pas sur l'aspect de la radiographie : douleur persistante malgré une prise en charge bien conduite, périmètre de marche réduit, sommeil perturbé, activités quotidiennes empêchées. Il n'y a pas d'urgence à opérer une arthrose, mais attendre l'épuisement complet ne présente pas d'avantage : la récupération est plus difficile après une longue période d'inactivité.

Sources et références

  1. Bannuru RR, Osani MC, Vaysbrot EE, Arden NK, Bennell K, Bierma-Zeinstra SMA, Kraus VB, Lohmander LS, Abbott JH, Bhandari M, Blanco FJ, Espinosa R, Haugen IK, Lin J, Mandl LA, Moilanen E, Nakamura N, Snyder-Mackler L, Trojian T, Underwood M, McAlindon TE. OARSI guidelines for the non-surgical management of knee, hip, and polyarticular osteoarthritis. Osteoarthritis and Cartilage, 2019 ;27(11) :1578-1589. doi:10.1016/j.joca.2019.06.011
  2. Fransen M, McConnell S, Hernandez-Molina G, Reichenbach S. Exercise for osteoarthritis of the hip. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014 ;2014(4) :CD007912. doi:10.1002/14651858.CD007912.pub2
  3. Moseng T, Dagfinrud H, Smedslund G, Østerås N. The importance of dose in land-based supervised exercise for people with hip osteoarthritis. A systematic review and meta-analysis. Osteoarthritis and Cartilage, 2017 ;25(10) :1563-1576.
  4. Kolasinski SL, Neogi T, Hochberg MC, Oatis C, Guyatt G, Block J, Callahan L, Copenhaver C, Dodge C, Felson D, et coll. 2019 American College of Rheumatology / Arthritis Foundation Guideline for the Management of Osteoarthritis of the Hand, Hip, and Knee. Arthritis & Rheumatology, 2020.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Seul un professionnel de santé peut poser le diagnostic et définir la prise en charge adaptée à votre situation, en tenant compte de vos antécédents et de vos traitements. Les positions citées sont celles de recommandations internationales : elles guident la décision médicale sans s'y substituer.