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Cancer du Côlon

En bref : quelque chose a changé en 2025. Jusque-là, le lien entre activité physique et survie après un cancer du côlon reposait sur des études d’observation. Un essai randomisé de phase 3 mené chez 889 patients a montré qu’un programme d’exercice structuré après chirurgie et chimiothérapie réduisait de 28 % le risque de récidive, de nouveau cancer ou de décès, et de 37 % le risque de décès[1]. L’exercice n’est plus seulement un facteur de qualité de vie : il devient une composante du traitement. Voici ce que cela signifie concrètement — et ce que cela ne signifie pas.

Avant le diagnostic : ce que l’activité physique change

Le cancer colorectal est l’un des cancers pour lesquels le mode de vie pèse le plus lourd. L’activité physique figure parmi les facteurs dont l’effet protecteur contre le cancer du côlon est jugé solide par les revues internationales[2] — une place qu’aucun complément alimentaire n’occupe.

  • Bouger régulièrement : les repères sont de 150 à 300 minutes d’endurance modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes soutenue, plus du renforcement musculaire au moins 2 jours par semaine[3]. Voir activité physique.
  • Réduire la sédentarité : le temps passé assis compte indépendamment du temps d’entraînement. Se lever régulièrement n’est pas un détail.
  • Limiter la charcuterie et l’excès de viande rouge, dont le lien avec le cancer colorectal est établi.
  • Augmenter les fibres : céréales complètes, légumineuses, légumes. Voir régime riche en fibres.
  • Limiter l’alcool et arrêter de fumer.
  • Surveiller le tour de taille : l’excès de graisse abdominale fait partie des facteurs de risque. Voir perdre la graisse du ventre.
Une précision qui compteLes données sont plus fortes pour le côlon que pour le rectum : on parle souvent de « cancer colorectal » comme d’un tout, alors que l’effet protecteur de l’activité physique est mieux établi sur la partie colique. Cela ne change rien à la recommandation — mais mieux vaut le dire que de gonfler la promesse.
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Dépistage et signes d’alerte

Le dépistage sauve des vies, et il est simple

En France, un dépistage organisé est proposé aux personnes de 50 à 74 ans, par un test immunologique à réaliser chez soi, à renouveler tous les deux ans. Ce cancer se développe le plus souvent à partir de polypes dont l’ablation empêche l’évolution : dépisté tôt, il se guérit dans la grande majorité des cas.

Consultez sans attendre le prochain dépistage devant :

  • Du sang dans les selles, visible ou non.
  • Un changement durable du transit : diarrhée ou constipation nouvelle, alternance des deux, sur plusieurs semaines.
  • Des douleurs abdominales persistantes ou un besoin d’aller à la selle sans y parvenir.
  • Un amaigrissement inexpliqué ou une fatigue inhabituelle, qui peuvent révéler une anémie.
  • Des antécédents familiaux de cancer colorectal ou de polypes : le dépistage commence alors plus tôt et suit d’autres modalités.

Ces symptômes ont souvent une cause bénigne — mais c’est un médecin qui doit le dire, pas une recherche sur internet.

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L’essai qui a changé le statut de l’exercice

Un essai randomisé, pas une étude d’observation

Mené dans 55 centres, cet essai de phase 3 a réparti au hasard 889 patients atteints d’un cancer du côlon de stade III ou de stade II à haut risque, opérés puis traités par chimiothérapie adjuvante, entre un programme d’exercice structuré de trois ans et la remise de documents d’éducation à la santé[1].

Après un suivi médian de 7,9 ans :

— Survie sans maladie à 5 ans : 80,3 % contre 73,9 % (rapport de risque 0,72 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,55-0,94 ; p = 0,02).
— Risque de récidive, de nouveau cancer ou de décès réduit de 28 %.
— Survie globale à 8 ans : 90 % contre 83 %, soit un risque de décès réduit de 37 %.

C’est la première démonstration de niveau 1 qu’un programme d’exercice améliore la survie dans le cancer du côlon. Un écart absolu de 6 à 7 points sur la survie soutient la comparaison avec des traitements médicamenteux approuvés.

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Ce que contenait réellement le programme

C’est le point le plus utile de l’étude, et le plus souvent escamoté dans les reprises médiatiques : il ne s’agissait ni de sport intensif, ni d’un effort inaccessible.

ÉlémentDétail
Type d’activitéEndurance d’intensité modérée : marche rapide, jogging léger. Rien d’exotique.
ObjectifAugmenter l’activité d’au moins 10 MET-heures par semaine par rapport au niveau de départ, atteint en 6 mois.
Traduction concrèteEnviron 45 à 60 minutes de marche rapide, ou 25 à 30 minutes de jogging, 3 à 4 fois par semaine — en plus de ce que la personne faisait déjà.
EncadrementAccompagnement par un kinésithérapeute ou un kinésiologue, avec un suivi régulier. Ce n’était pas de l’autonomie complète.
DuréeTrois ans, débutés peu après la fin de la chimiothérapie : six mois pour construire, deux ans et demi pour maintenir.
Le message à retenirUne heure de marche rapide, trois à quatre fois par semaine, tenue dans la durée et accompagnée. C’est à la portée d’une très large majorité de patients — et c’est justement ce qui rend ce résultat remarquable.
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Les limites, dites honnêtement

  • Une population précise. Cancer du côlon de stade III ou stade II à haut risque, après chirurgie et chimiothérapie adjuvante. Les résultats ne se transposent pas automatiquement aux autres stades, au cancer du rectum ni aux autres cancers.
  • Un moment précis. Le programme débutait après les traitements, pas pendant.
  • Un encadrement professionnel, avec suivi structuré sur trois ans. Ce n’est pas « marcher un peu plus » décidé seul.
  • Des effets indésirables réels : des événements musculosquelettiques ont été rapportés chez 18,5 % des participants du groupe exercice contre 11,5 % du groupe témoin. C’est le prix de l’activité, il doit être connu et anticipé par une progression prudente.
  • L’exercice ne remplace rien. Il vient en plus de la chirurgie et de la chimiothérapie, jamais à leur place. Aucun résultat ne justifie de refuser ou d’interrompre un traitement.
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Bouger pendant les traitements

L’essai portait sur l’après-traitement, mais l’activité adaptée pendant chirurgie et chimiothérapie fait aujourd’hui partie du parcours de soins, avec des objectifs différents : limiter la fonte musculaire, la fatigue et le déconditionnement.

  • Fractionner : plusieurs sorties de 10 à 15 minutes valent mieux qu’une longue séance, surtout les jours de fatigue.
  • Adapter au cycle : l’intensité se règle selon les jours suivant une cure, qui sont rarement les meilleurs.
  • Maintenir un peu de renforcement, au poids du corps ou avec des charges légères, pour préserver le muscle. Voir le poids du corps.
  • Attention aux périodes de baisse des défenses immunitaires : les salles très fréquentées et les piscines peuvent être déconseillées à certains moments. Demandez à votre équipe.
  • Après une chirurgie abdominale : les délais de reprise des efforts sollicitant la paroi sont fixés par le chirurgien, en raison du risque d’éventration.
  • Avec une stomie : l’activité reste possible et recommandée. Un support adapté, une reprise progressive et un avis spécialisé sur le port de charges permettent de reprendre la plupart des pratiques.
Une règle simpleToute reprise d’activité pendant ou après un traitement doit être validée par l’équipe soignante, qui connaît votre situation, vos éventuelles neuropathies liées à la chimiothérapie — fréquentes et affectant l’équilibre — et votre état cardiaque. Ce que vous lisez ici prépare la conversation, il ne la remplace pas.
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Comment s’y prendre concrètement

  1. En parler à votre oncologue. Demandez explicitement si une activité physique adaptée peut vous être proposée : dans plusieurs situations, elle peut être prescrite.
  2. Se faire accompagner. Enseignant en activité physique adaptée, kinésithérapeute ou kinésiologue : c’est le cadre de l’essai, et cela change l’adhésion.
  3. Partir de son niveau réel, pas d’un objectif théorique. Le principe est d’ajouter à ce que vous faites déjà.
  4. Viser la régularité : trois à quatre fois par semaine, plutôt qu’une grosse séance hebdomadaire.
  5. Choisir une activité tenable trois ans, pas seulement trois mois — la marche coche toutes les cases.
  6. Ajouter du renforcement deux fois par semaine, en progressant lentement pour limiter les incidents musculosquelettiques. Voir la musculation.
  7. Surveiller les signaux : douleur inhabituelle, essoufflement anormal, vertiges, fièvre — on s’arrête et on en parle.
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En résumé. Avant le diagnostic, l’activité physique figure parmi les facteurs protecteurs les mieux établis contre le cancer du côlon, aux côtés des fibres, de la limitation de la charcuterie et de l’alcool — et le dépistage organisé entre 50 et 74 ans reste le geste le plus rentable de tous.

Après le diagnostic, le statut de l’exercice a changé : un essai randomisé chez 889 patients montre 28 % de risque de récidive en moins et 37 % de risque de décès en moins avec un programme structuré de trois ans. Le contenu de ce programme est à la portée de presque tout le monde : 45 à 60 minutes de marche rapide, trois à quatre fois par semaine, accompagné par un professionnel. Deux réserves à ne pas perdre de vue : ces résultats concernent une population précise, et l’exercice s’ajoute aux traitements — il ne s’y substitue jamais.

Aller plus loin

FAQ — Exercice physique et cancer du côlon

L’exercice améliore-t-il vraiment la survie après un cancer du côlon ?

Oui, et c’est désormais démontré par un essai randomisé de phase 3 mené dans 55 centres chez 889 patients atteints d’un cancer du côlon de stade III ou de stade II à haut risque. Après un suivi médian de 7,9 ans, la survie sans maladie à 5 ans était de 80,3 % dans le groupe exercice contre 73,9 % dans le groupe témoin, et la survie globale à 8 ans de 90 % contre 83 %, soit un risque de décès réduit de 37 %. C’est la première démonstration de ce niveau de preuve.

Quel type d’exercice, et combien ?

De l’endurance d’intensité modérée : marche rapide ou jogging léger. L’objectif était d’augmenter l’activité d’au moins 10 MET-heures par semaine par rapport au niveau de départ, soit environ 45 à 60 minutes de marche rapide ou 25 à 30 minutes de jogging, 3 à 4 fois par semaine, en plus de ce que la personne faisait déjà. Le programme durait trois ans et était encadré par un kinésithérapeute ou un kinésiologue.

Ces résultats s’appliquent-ils à tous les cancers ?

Non. L’essai portait sur le cancer du côlon de stade III ou de stade II à haut risque, chez des patients opérés puis traités par chimiothérapie adjuvante, le programme débutant après les traitements. Les résultats ne se transposent pas automatiquement aux autres stades, au cancer du rectum ni aux autres localisations. Des travaux sont en cours sur d’autres cancers.

Peut-on faire du sport pendant la chimiothérapie ?

Une activité adaptée fait aujourd’hui partie du parcours de soins, avec des objectifs différents : limiter la fonte musculaire, la fatigue et le déconditionnement. En pratique, on fractionne en sorties de 10 à 15 minutes, on adapte l’intensité aux jours suivant les cures et on maintient un peu de renforcement. Certaines périodes de baisse des défenses immunitaires peuvent contre-indiquer les lieux très fréquentés. Toute reprise doit être validée par l’équipe soignante.

L’exercice comporte-t-il des risques dans ce contexte ?

Oui, et l’essai les a mesurés : des événements musculosquelettiques ont été rapportés chez 18,5 % des participants du groupe exercice contre 11,5 % du groupe témoin. D’où l’importance d’une progression prudente et d’un encadrement professionnel. À cela s’ajoutent des points spécifiques : neuropathies liées à la chimiothérapie affectant l’équilibre, délais de reprise après chirurgie abdominale en raison du risque d’éventration, et adaptations en cas de stomie.

L’activité physique prévient-elle le cancer du côlon ?

Elle figure parmi les facteurs dont l’effet protecteur contre le cancer du côlon est jugé solide par les revues internationales. Les données sont d’ailleurs plus fortes pour le côlon que pour le rectum. Les repères sont de 150 à 300 minutes d’endurance modérée par semaine ou 75 à 150 minutes soutenue, plus du renforcement au moins deux jours par semaine, en réduisant par ailleurs le temps passé assis, qui compte indépendamment.

Quand faut-il consulter sans attendre le dépistage ?

Devant du sang dans les selles, un changement durable du transit sur plusieurs semaines, des douleurs abdominales persistantes, un amaigrissement inexpliqué ou une fatigue inhabituelle pouvant révéler une anémie. En France, le dépistage organisé est proposé de 50 à 74 ans par un test immunologique à faire chez soi tous les deux ans ; en cas d’antécédents familiaux, il commence plus tôt et suit d’autres modalités. Ce cancer se développe souvent à partir de polypes dont l’ablation empêche l’évolution.

Sources et références

  1. Courneya KS, Vardy JL, O’Callaghan CJ, Gill S, Friedenreich CM, Wong RKS, Dhillon HM, et coll., pour les investigateurs CHALLENGE. Structured Exercise after Adjuvant Chemotherapy for Colon Cancer. The New England Journal of Medicine, 2025 ;393(1). Essai randomisé de phase 3 conduit dans 55 centres chez 889 patients atteints d’un cancer du côlon de stade III ou de stade II à haut risque, opérés puis traités par chimiothérapie adjuvante ; programme d’exercice structuré de trois ans contre remise de documents d’éducation à la santé ; suivi médian 7,9 ans ; survie sans maladie à 5 ans 80,3 % contre 73,9 % (rapport de risque 0,72 ; IC 95 % : 0,55-0,94 ; p = 0,02) ; survie globale à 8 ans 90 % contre 83 % ; événements indésirables musculosquelettiques chez 18,5 % du groupe exercice contre 11,5 % du groupe témoin. doi:10.1056/NEJMoa2502760
  2. World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Diet, Nutrition, Physical Activity and Cancer : a Global Perspective. Continuous Update Project Expert Report. L’activité physique figure parmi les facteurs pour lesquels le niveau de preuve d’un effet protecteur contre le cancer du côlon est jugé solide, les données étant plus fortes pour le côlon que pour le rectum.
  3. Organisation mondiale de la santé. Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité. Genève, OMS, 2020. Adultes de 18 à 64 ans : 150 à 300 minutes hebdomadaires d’activité d’endurance d’intensité modérée ou 75 à 150 minutes d’intensité soutenue, plus des activités de renforcement musculaire au moins 2 jours par semaine ; recommandation de limiter le temps de sédentarité.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. L’activité physique s’ajoute aux traitements du cancer du côlon : elle ne s’y substitue en aucun cas, et aucune décision thérapeutique ne doit être prise sur la base de cet article. Toute reprise d’activité pendant ou après un traitement doit être validée par l’équipe soignante. Devant du sang dans les selles, un changement durable du transit ou un amaigrissement inexpliqué, consultez sans délai.