
En bref : le syndrome de Morton provoque une douleur en décharge électrique dans l’avant-pied, typiquement entre le 3e et le 4e orteil, avec cette sensation caractéristique d’un caillou dans la chaussure ou d’un pli de chaussette. Deux idées à corriger d’emblée : ce n’est pas une tumeur malgré le terme de « névrome », et le nerf épaissi visible à l’imagerie existe aussi chez des personnes qui n’ont mal nulle part[2]. Le traitement commence par le chaussage, pas par le bistouri.
Ce que le syndrome de Morton est réellement
Entre les os de l’avant-pied, les métatarsiens, cheminent les nerfs digitaux plantaires communs qui assurent la sensibilité des orteils. Chacun passe sous un ligament tendu en travers de la plante : le ligament intermétatarsien transverse. Le syndrome de Morton correspond à l’irritation chronique de l’un de ces nerfs à ce niveau, presque toujours dans le 3e espace, entre le 3e et le 4e métatarsien, plus rarement dans le 2e.
La formulation la plus juste est métatarsalgie de Morton ou syndrome de Morton. Si le terme « névrome » figure sur votre compte rendu, il désigne cet épaississement, rien de plus.
Une étude en IRM a comparé des personnes symptomatiques et des personnes dont l’anomalie avait été découverte par hasard. Sa conclusion est explicite : le diagnostic de névrome de Morton à l’IRM n’implique pas de symptômes, et la corrélation avec l’examen clinique est indispensable avant de le juger pertinent[2]. Les lésions symptomatiques étaient à peine plus volumineuses que les autres, avec un large chevauchement entre les deux groupes.
Un travail portant spécifiquement sur des sujets sans douleur a confirmé la présence d’épaississements nerveux intermétatarsiens dans une population asymptomatique[3].
La conséquence pratique est simple : on ne traite pas une image, on traite une douleur. Une échographie retrouvant un épaississement chez quelqu’un qui n’a mal nulle part ne justifie aucun geste.
Reconnaître les symptômes
- Douleur en décharge électrique ou en brûlure dans l’avant-pied, irradiant vers deux orteils voisins, le plus souvent le 3e et le 4e.
- Sensation de corps étranger : un caillou sous le pied, un pli de chaussette, une bille qui roule sous l’avant-pied. C’est le signe le plus évocateur.
- Douleur déclenchée par le chaussage, surtout les chaussures étroites ou à talon, et par la marche prolongée.
- Soulagement en se déchaussant et en massant l’avant-pied. Beaucoup de personnes décrivent ce geste réflexe avant même de consulter.
- Engourdissement ou fourmillements des deux orteils concernés, parfois une sensation de gonflement sans gonflement visible.
- Évolution intermittente au début, avec des crises espacées, puis des douleurs plus fréquentes.
Comment le diagnostic se pose
Le diagnostic est avant tout clinique. Deux manœuvres simples sont réalisées en consultation :
- La pression de l’espace intermétatarsien entre le pouce et l’index reproduit la douleur caractéristique.
- Le signe de Mulder : en comprimant l’avant-pied latéralement d’une main tout en pressant l’espace de l’autre, on perçoit parfois un ressaut audible ou palpable, souvent accompagné d’une décharge douloureuse.
L’échographie est l’examen de première intention lorsqu’une confirmation est utile : elle est accessible, dynamique, et permet aussi de guider une éventuelle infiltration. L’IRM est réservée aux cas douteux ou aux diagnostics différentiels. La radiographie ne montre pas le nerf mais élimine d’autres causes osseuses.
Causes et facteurs de risque
- Le chaussage étroit à l’avant, qui comprime les métatarsiens les uns contre les autres. C’est le facteur le plus constamment retrouvé.
- Les talons hauts, qui reportent la charge sur l’avant-pied et augmentent la pression sur les espaces intermétatarsiens. Le syndrome est nettement plus fréquent chez les femmes.
- Les sports en appui sur l’avant-pied : course à pied, sports de raquette, danse, escalade avec chaussons serrés.
- Les troubles de la statique du pied : pied plat, pied creux, hallux valgus, orteils en griffe, qui modifient la répartition des appuis.
- Une augmentation brutale du volume d’entraînement ou un changement de chaussures de sport.
Que faire, dans l’ordre
La prise en charge est graduée. Il faut le dire clairement : les données issues d’essais contrôlés restent limitées pour la plupart des traitements proposés, y compris les plus courants[1][4]. Cela n’empêche pas une stratégie raisonnable, du moins invasif vers le plus invasif.
| Étape | En pratique |
|---|---|
| 1. Changer de chaussures | Avant-pied large et haut, semelle souple à l’avant, talon bas. C’est la mesure la plus efficace et la moins coûteuse, et souvent la seule à ne pas être appliquée sérieusement. |
| 2. Barrette rétrocapitale | Petit coussinet placé en arrière des têtes métatarsiennes, jamais dessous. Il écarte les métatarsiens et décharge l’espace. Un placement trop antérieur aggrave la douleur. |
| 3. Orthèses plantaires | Semelles sur mesure quand un trouble de la statique participe au problème. Les comparaisons entre types de semelles ne montrent pas de supériorité nette de l’une sur l’autre. |
| 4. Adaptation de l’activité | Réduire temporairement les appuis sur l’avant-pied, sans arrêter toute activité. Voir les alternatives plus bas. |
| 5. Infiltration de corticoïdes | Sous guidage échographique. Peut soulager, souvent de façon transitoire ; les injections répétées exposent à une atrophie du coussinet graisseux plantaire et à une dépigmentation cutanée. |
| 6. Alcoolisation, radiofréquence, ondes de choc | Techniques proposées en seconde intention. Le niveau de preuve reste faible et les résultats inconstants. |
| 7. Chirurgie | En dernier recours, après échec documenté du traitement conservateur. |
Les autres suites possibles incluent la persistance des douleurs, la formation d’un névrome de moignon sur la tranche de section, et des difficultés de cicatrisation selon la voie d’abord. Les complications après chirurgie sont fréquemment rapportées dans la littérature[4]. C’est une bonne option quand tout le reste a échoué, pas un raccourci.
Sport : ce que vous pouvez continuer
L’arrêt complet n’est presque jamais nécessaire. L’objectif est de réduire la compression de l’avant-pied le temps que l’irritation se calme, tout en maintenant votre condition physique.
- La natation et l’aquagym : aucune compression de l’avant-pied.
- Le vélo : bien toléré avec des chaussures larges ; si vous utilisez des cales, un recul de la cale vers le milieu du pied réduit la pression sur les têtes métatarsiennes.
- Le rameur et l’elliptique, qui répartissent l’appui sans impact répété.
- Le renforcement du bas du corps : le travail des jambes reste accessible, en évitant les positions sur la pointe des pieds.
- Le travail des mollets et de la mobilité de cheville : un mollet raide augmente la charge sur l’avant-pied. Voir les étirements des mollets.
- La douleur persiste malgré un chaussage adapté depuis plusieurs semaines.
- L’engourdissement s’installe de façon permanente.
- La douleur devient nocturne ou permanente au repos.
- Vous êtes diabétique ou avez une neuropathie connue : toute douleur ou perte de sensibilité du pied doit être évaluée sans délai.
- Le pied est chaud, rouge, gonflé, ou la douleur est apparue brutalement après un effort inhabituel : une fracture de fatigue ou une infection doivent être éliminées.
En résumé. Le syndrome de Morton n’est pas une tumeur et ne dégénère pas : c’est un nerf comprimé et épaissi entre deux métatarsiens. Le mot « névrome » inquiète bien plus que la réalité ne le justifie.
La hiérarchie du traitement est constante : chaussures d’abord, barrette rétrocapitale correctement placée ensuite, adaptation de l’activité, puis seulement les gestes invasifs. La chirurgie soulage souvent, au prix d’un engourdissement définitif entre les orteils — à décider en connaissance de cause. Et rappelez-vous qu’une image positive ne fait pas le diagnostic : seule compte la concordance avec l’endroit où vous avez mal.
Aller plus loin
FAQ — Syndrome de Morton
Le névrome de Morton est-il une tumeur ?
Comment reconnaître un syndrome de Morton ?
Quel examen faut-il faire ?
Quelles chaussures porter ?
Où placer la barrette rétrocapitale ?
Peut-on courir avec un syndrome de Morton ?
Faut-il se faire opérer ?
Sources et références
- Matthews BG, Hurn SE, Harding MP, Henry RA, Ware RS. Treatments for Morton’s neuroma. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2024 ;Art. n° CD014687. doi:10.1002/14651858.CD014687.pub2
- Bencardino J, Rosenberg ZS, Beltran J, Liu X, Marty-Delfaut E. Morton’s neuroma : is it always symptomatic ? American Journal of Roentgenology, 2000 ;175(3) :649-653. doi:10.2214/ajr.175.3.1750649
- Symeonidis PD, Iselin LD, Simmons N, Fowler S, Dracopoulos G, Stavrou P. Prevalence of interdigital nerve enlargements in an asymptomatic population. Foot & Ankle International, 2012 ;33(7) :543-547. doi:10.3113/FAI.2012.0543
- Thomson CE, Gibson JNA, Martin D. Interventions for the treatment of Morton’s neuroma. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2004 ;(3) :CD003118. doi:10.1002/14651858.CD003118.pub2
- Thomson L, Aujla RS, Divall P, Bhatia M. Non-surgical treatments for Morton’s neuroma : a systematic review. Foot and Ankle Surgery, 2020 ;26(7) :736-743.
- Mahadevan D, Venkatesan M, Bhatt R, Bhatia M. Diagnostic accuracy of clinical tests for Morton’s neuroma compared with ultrasonography. The Journal of Foot and Ankle Surgery, 2015 ;54(4) :549-553.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Une douleur persistante de l’avant-pied doit être évaluée par un professionnel de santé, en particulier en cas de diabète, de neuropathie connue ou de trouble de la circulation, situations où toute atteinte du pied nécessite une prise en charge sans délai.


