En bref : l'OMS recommande de ne pas dépasser 50 g de sucres libres par jour, et idéalement 25 g. Une vaste étude suédoise portant sur près de 70 000 personnes apporte une nuance intéressante : toutes les sources de sucre ne se valent pas. Les boissons sucrées ressortent nettement comme les plus problématiques pour le cœur, bien avant les pâtisseries. Voici ce que dit l'étude, ce qu'elle ne dit pas, et quoi en faire concrètement.
Les repères officiels
Depuis 2015, l'Organisation mondiale de la santé recommande de limiter les sucres libres à moins de 10 % des apports énergétiques quotidiens, soit environ 50 g par jour pour un adulte moyen. Elle ajoute qu'un abaissement à 5 % (environ 25 g) apporterait des bénéfices supplémentaires.
L'étude suédoise sur 69 705 personnes
Publiée en 2024, cette analyse a suivi 69 705 Suédois dont les habitudes alimentaires avaient été recueillies par questionnaires de fréquence de consommation. Les chercheurs ont soustrait les sucres naturellement présents dans les fruits, les légumes et les jus purs afin d'isoler les sucres réellement ajoutés.
Ils ont ensuite examiné le lien avec l'apparition de sept maladies cardiovasculaires : AVC ischémique, AVC hémorragique, infarctus du myocarde, sténose aortique, insuffisance cardiaque, fibrillation atriale et anévrisme de l'aorte abdominale.
| Niveau de consommation | Résultat observé |
|---|---|
| Moins de 5 % des apports | Risque cardiovasculaire plus élevé qu'attendu — un résultat qui demande interprétation (voir plus bas) |
| 5 à 10 % des apports | Les meilleurs résultats cardiovasculaires de l'échantillon |
| Plus de 20 % des apports | Risque accru, notamment d'AVC ischémique et d'anévrisme de l'aorte abdominale |
Les boissons sucrées, très loin devant
C'est le résultat le plus net et le plus exploitable de l'étude. Chez les personnes consommant plus de 8 boissons sucrées par semaine, les chercheurs ont observé :
- +31 % de risque d'anévrisme de l'aorte abdominale
- +19 % de risque d'AVC ischémique
- +18 % de risque d'insuffisance cardiaque
- +11 % de risque de fibrillation atriale
Les calories liquides ne déclenchent pas la satiété comme les aliments solides. Boire 150 kcal de soda ne réduit pratiquement pas ce qu'on mangera ensuite, contrairement à 150 kcal d'aliment mâché. Ces calories s'ajoutent donc au lieu de se substituer.
S'y ajoute la vitesse d'absorption : sans fibres, sans graisses ni protéines pour la ralentir, le sucre d'une boisson arrive massivement et rapidement dans le sang. Les pics de glycémie répétés favorisent l'inflammation et la résistance à l'insuline.
Le résultat contre-intuitif, et comment le lire
L'étude observe que les plus faibles consommateurs de sucres ajoutés, et notamment de pâtisseries et friandises, présentent un risque cardiovasculaire plus élevé que les consommateurs modérés. Ce résultat circule beaucoup, souvent résumé en « trop peu de sucre est mauvais pour le cœur ». Cette lecture est probablement fausse, et il vaut la peine d'expliquer pourquoi.
2. Ce qui remplace le sucre. Une alimentation très pauvre en sucres ajoutés peut être plus riche en graisses saturées ou en produits transformés salés, avec leurs propres effets.
3. La déclaration alimentaire. Ces données reposent sur des questionnaires. La sous-déclaration existe, et elle n'est pas répartie au hasard dans la population.
Quant à l'explication « sociale » avancée par les auteurs — en Suède, la pause fika autour d'un café et d'une viennoiserie est un moment de convivialité, et la convivialité protège la santé — elle est plausible, mais ce serait alors le lien social qui protège, pas la pâtisserie. Confondre les deux mènerait à une conclusion absurde.
Son apport solide n'est pas « il faut manger un minimum de sucre ». C'est que la source compte autant que la quantité : à apport égal, une boisson sucrée et un dessert n'ont pas le même effet, parce que la matrice de l'aliment (fibres, graisses, protéines) modifie la vitesse d'absorption et la satiété.
Rappel de méthode : il s'agit d'une étude observationnelle. Elle décrit des associations dans une population suédoise, pas des relations de cause à effet, et aucune recommandation ne devrait être révisée sur la base d'un seul travail.
Où se cache le sucre ajouté
La plus grande part du sucre consommé ne vient pas du sucrier. Quelques ordres de grandeur, pour situer les 50 g quotidiens :
| Produit | Sucres, ordre de grandeur |
|---|---|
| Canette de soda (33 cl) | Environ 35 g, soit la quasi-totalité du repère quotidien |
| Verre de jus de fruits (25 cl) | Environ 25 g, comparable à un soda |
| Yaourt aromatisé aux fruits | 10 à 15 g par pot |
| Céréales de petit-déjeuner | Souvent 20 à 30 g pour 100 g |
| Barre chocolatée | 20 à 25 g |
| Sauce tomate industrielle, ketchup | Sucres ajoutés fréquents, invisibles au goût |
| Pain de mie, biscuits apéritifs | Sucres ajoutés courants dans les produits salés |
Lire une étiquette en dix secondes
- Regardez la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel, ramenée à la portion réellement consommée et non aux 100 g.
- Divisez par 4 pour convertir en morceaux de sucre : 20 g de sucres, c'est environ 5 morceaux.
- Balayez la liste d'ingrédients. Sirop de glucose-fructose, saccharose, dextrose, maltodextrine, sirop d'agave, jus de fruits concentré : ce sont tous des sucres ajoutés, souvent listés séparément pour ne pas apparaître en tête de liste.
Quoi faire concrètement
- Traiter les boissons en priorité. Eau, eau pétillante, thé, café non sucrés. C'est là que se joue la plus grande part du bénéfice.
- Préférer le fruit entier au jus. Les fibres ralentissent l'absorption et rassasient réellement.
- Garder le sucre pour ce qui en vaut la peine. Un vrai dessert que vous appréciez, plutôt que du sucre subi dans un yaourt aromatisé ou une sauce industrielle.
- Ne pas manger sucré à jeun. Associer une source de sucre à des fibres, des protéines ou des graisses limite le pic de glycémie.
- Réduire progressivement. Le seuil de perception du sucré s'ajuste en quelques semaines : ce qui paraît fade au début redevient normal.
- Se méfier des produits « sans sucres ajoutés », qui peuvent rester très sucrés naturellement ou compenser par des graisses.
En résumé. Le sucre n'est pas un poison à éliminer, et cette étude ne dit pas non plus qu'il en faudrait un minimum. Ce qu'elle montre de plus utile, c'est que la forme sous laquelle le sucre arrive compte autant que la quantité — et que les boissons sucrées se détachent nettement comme la source la plus problématique pour le cœur.
Le repère reste celui de l'OMS : moins de 50 g par jour, idéalement 25. Le moyen le plus simple d'y arriver n'est pas de supprimer les desserts, c'est d'arrêter de boire ses calories.
Aller plus loin
FAQ — Sucres ajoutés et cœur
Combien de sucre par jour au maximum ?
Faut-il vraiment manger un minimum de sucre ajouté ?
Les jus de fruits sont-ils meilleurs que les sodas ?
Pourquoi les boissons sucrées sont-elles les pires ?
Les édulcorants sont-ils une bonne alternative ?
Le sucre des fruits compte-t-il ?
Le sport permet-il de compenser une consommation élevée ?
Sources et références
- Janzi S, González-Padilla E, Ramne S, Bergwall S, Borné Y, Sonestedt E. Added sugar intake and its associations with incidence of seven different cardiovascular diseases in 69,705 Swedish men and women. Frontiers in Public Health, 2024 ;12 :1452085. doi:10.3389/fpubh.2024.1452085
- Porębski A. Commentary : Added sugar intake and its associations with incidence of seven different cardiovascular diseases in 69,705 Swedish men and women. Frontiers in Public Health, 2025 ;13 :1592684. Commentaire publié discutant la causalité inverse, les facteurs de confusion et la sous-déclaration alimentaire dans cette étude. doi:10.3389/fpubh.2025.1592684
- Organisation mondiale de la santé. Guideline : Sugars intake for adults and children. Genève, OMS, 2015. Recommandation de limiter les sucres libres à moins de 10 % des apports énergétiques totaux, avec un bénéfice supplémentaire en dessous de 5 %.
- Organisation mondiale de la santé. Use of non-sugar sweeteners : WHO guideline. Genève, OMS, 2023. Recommandation de ne pas recourir aux édulcorants non sucrés pour contrôler le poids corporel ou réduire le risque de maladies non transmissibles.
- Janzi S, Ramne S, González-Padilla E, Johnson L, Sonestedt E. Associations between added sugar intake and risk of four different cardiovascular diseases in a Swedish population-based prospective cohort study. Frontiers in Nutrition, 2020 ;7 :603653. Travaux antérieurs de la même équipe sur la même cohorte.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical ou diététique personnalisé. Les résultats présentés proviennent d'une étude observationnelle : ils décrivent des associations dans une population donnée, non des relations de cause à effet. En cas de diabète, de maladie cardiovasculaire ou de traitement en cours, toute modification importante de l'alimentation se discute avec un professionnel de santé.



