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Commotion cérébrale : causes, symptômes et prise en charge

Commotion cérébrale

En bref : la commotion cérébrale est une atteinte du fonctionnement du cerveau, pas de sa structure — d'où un scanner normal alors que le patient va mal. Deux choses ont profondément changé et sont encore mal connues en France : le repos strict en chambre noire jusqu'à disparition des symptômes n'est plus recommandé, et une activité légère doit reprendre dès 24 à 48 heures[1]. Une règle, en revanche, n'a pas bougé d'un millimètre : aucun retour au jeu le jour même, jamais, quel que soit le niveau. Ce guide couvre la reconnaissance, l'urgence, le diagnostic, la récupération étape par étape, les symptômes persistants, les effets à long terme et la prévention.

Définition et vocabulaire

Une commotion cérébrale est un traumatisme crânien léger qui perturbe temporairement le fonctionnement du cerveau. Le mot « léger » qualifie ici la gravité anatomique de la lésion, pas celle des conséquences — une nuance qui explique bien des minimisations.

  • Il n'y a pas besoin de perdre connaissance. C'est l'idée fausse la plus répandue et la plus dangereuse : la grande majorité des commotions surviennent sans perte de connaissance. Attendre un évanouissement pour s'inquiéter revient à laisser passer presque tous les cas.
  • Il n'y a pas besoin de choc direct sur la tête. Un coup sur le corps transmettant une accélération brutale au crâne suffit — un plaquage, une chute sur le dos, un coup d'épaule.
  • Le scanner est normal. L'imagerie de routine ne montre rien, parce que l'atteinte est fonctionnelle et non structurelle. Un examen normal n'écarte donc jamais le diagnostic.
  • Ce n'est pas une « petite sonnette », ni un « coup de cloche », ni le fait de « voir trente-six chandelles ». Ces expressions du vestiaire décrivent exactement ce qu'est une commotion.
TermeCe qu'il désigne
Commotion cérébralePerturbation transitoire du fonctionnement cérébral après un traumatisme. Imagerie de routine normale.
Traumatisme crânien légerTerme médical plus large, dont la commotion fait partie.
Traumatisme crânien graveAtteinte structurelle visible à l'imagerie : hématome, contusion, fracture. Urgence vitale, tout autre situation.
Symptômes persistantsSymptômes qui durent au-delà de 4 semaines et justifient un avis spécialisé[1].
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Ce qui se passe réellement dans le cerveau

Comprendre le mécanisme éclaire toute la prise en charge — et explique pourquoi la récupération demande du temps même quand « tout est normal » aux examens.

  1. L'accélération : le cerveau, mobile dans le liquide qui l'entoure, subit un mouvement brutal d'accélération, de décélération ou de rotation. Les rotations sont particulièrement en cause.
  2. L'étirement des neurones : les prolongements des cellules nerveuses sont étirés et cisaillés à l'échelle microscopique. Rien de visible sur un scanner, mais un dérèglement réel.
  3. La cascade métabolique : les cellules libèrent massivement des neurotransmetteurs, les échanges d'ions se dérèglent, et les pompes cellulaires doivent travailler intensément pour rétablir l'équilibre.
  4. La crise énergétique : cette remise en ordre consomme énormément d'énergie au moment précis où le débit sanguin cérébral est réduit. Le cerveau a plus besoin de carburant et en reçoit moins.
  5. La période de vulnérabilité : tant que cet équilibre n'est pas rétabli, le cerveau tolère mal un nouveau traumatisme. C'est le fondement biologique de toutes les règles de retour au jeu.
Pourquoi c'est décisifCette crise énergétique explique deux observations qui déroutent les patients : pourquoi une tâche mentale banale — lire, travailler sur écran — devient épuisante, et pourquoi le cerveau est vulnérable pendant plusieurs jours alors même que la douleur a disparu. Le symptôme s'éteint avant que la récupération ne soit terminée.
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Mécanismes et sports concernés

CatégorieSportsMécanisme dominant
Sports de collisionRugby, football américain, hockey sur glace.Impacts directs et plaquages, accélérations rotatoires.
Sports de combatBoxe, arts martiaux mixtes, kick-boxing.Coups répétés à la tête, y compris sans mise hors de combat.
Sports collectifs de contactFootball, handball, basket-ball.Chocs tête contre tête, coudes, chutes, jeu de tête au football.
Sports de glisse et vitesseSki, snowboard, VTT, cyclisme, équitation, sports mécaniques.Chutes à grande vitesse, collisions.
AutresGymnastique, plongeon, escalade, sports nautiques.Chutes de hauteur, impacts sur surface dure ou sur l'eau.
Une commotion n'est pas réservée aux sports de contactUne chute de vélo à l'entraînement, une glissade sur un sol mouillé en salle, une réception ratée : le mécanisme est le même. Ne pas pratiquer de sport de collision n'immunise contre rien, et c'est souvent dans les sports « sans risque » que le diagnostic tarde le plus. Voir prévention des blessures.
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Les symptômes : quatre familles

Les manifestations sont variées et n'apparaissent pas toutes immédiatement : certaines se révèlent dans les heures, voire le lendemain. Un sportif qui semble aller bien en sortant du terrain peut développer un tableau complet quelques heures plus tard.

FamilleManifestations
PhysiquesMaux de tête, pression dans le crâne, vertiges, troubles de l'équilibre, nausées, vomissements, vision trouble ou double, sensibilité à la lumière et au bruit, fatigue inhabituelle.
CognitivesImpression de brouillard mental, ralentissement, difficultés de concentration, troubles de la mémoire, confusion, réponses lentes, oubli des consignes ou du score.
ÉmotionnellesIrritabilité, tristesse, anxiété, nervosité, réactions émotionnelles disproportionnées, sensation d'être « à côté de ses baskets ».
SommeilSomnolence, difficultés d'endormissement, sommeil plus long ou plus court que d'habitude.
Les signes visibles par l'entourageRegard vide ou hébété, lenteur à se relever, gestes maladroits ou incoordonnés, chute sans protection, perte d'équilibre, comportement inhabituel, difficulté à répondre à des questions simples. L'entourage voit souvent ce que le sportif ne perçoit pas : la commotion altère précisément le jugement nécessaire pour s'auto-évaluer.
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Urgence : les signes qui imposent d'appeler les secours

Appelez le 15 ou le 112 immédiatement devant
  • Une perte de connaissance, même brève.
  • Une convulsion ou des mouvements anormaux.
  • Des vomissements répétés.
  • Un mal de tête qui s'aggrave au lieu de s'atténuer.
  • Une somnolence croissante, une difficulté à réveiller la personne, une confusion qui augmente.
  • Une faiblesse, un engourdissement ou des fourmillements d'un membre.
  • Des pupilles de taille inégale, une vision double persistante, des troubles de la parole.
  • Une douleur ou une raideur de la nuque, qui fait suspecter une atteinte cervicale associée.
  • Un écoulement de sang ou de liquide clair par le nez ou les oreilles.
  • Un comportement de plus en plus agité ou inhabituel.
  • Toute personne sous traitement anticoagulant, chez qui le seuil d'alerte doit être plus bas.

En attendant les secours : ne laissez pas la personne seule, ne la déplacez pas si une atteinte du cou est possible, ne retirez pas le casque en cas de suspicion de lésion cervicale, ne donnez ni à boire ni à manger, et ne donnez pas d'anti-inflammatoire — le paracétamol est l'antalgique de première intention, tout médicament devant être validé médicalement.

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Sur le terrain : la seule règle qui compte

Dans le doute, on sort — et on ne revient pas

C'est le principe fondamental de toutes les recommandations internationales. Un sportif chez qui l'on suspecte une commotion doit être immédiatement retiré du jeu et ne doit en aucun cas reprendre le même jour, même s'il déclare aller bien, même en finale, même s'il insiste.

Trois raisons : les symptômes apparaissent souvent de façon différée ; le sportif commotionné n'est pas en état d'évaluer son propre état ; et le cerveau traverse une période de vulnérabilité où un second traumatisme est bien plus grave.

  1. Retirer le sportif du jeu ou de l'entraînement, sans négociation.
  2. Ne pas le laisser seul pendant les premières heures, et prévenir un proche.
  3. Faire évaluer par un professionnel de santé. Des outils standardisés existent, réservés aux professionnels pour l'évaluation détaillée, et un outil de reconnaissance simplifié est destiné aux non-médecins — entraîneurs, parents, arbitres[1].
  4. Surveiller l'apparition des signes d'alerte listés ci-dessus dans les 24 à 48 heures.
  5. Ne pas conduire ni utiliser de machine tant que l'évaluation n'a pas eu lieu.
  6. Éviter l'alcool, qui masque et aggrave les symptômes.
Une fausse croyance à abandonnerIl n'est pas nécessaire de réveiller la personne toutes les heures la nuit suivante, contrairement à ce qui se transmet depuis des décennies. Le sommeil fait partie de la récupération. Ce qui compte, c'est de pouvoir vérifier qu'elle est réveillable normalement et de consulter en urgence si l'un des signes d'alerte apparaît.
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Comment se pose le diagnostic

  • C'est un diagnostic clinique, posé par un professionnel de santé à partir du mécanisme, des symptômes et de l'examen. Aucun examen ne le confirme à lui seul.
  • L'imagerie sert à écarter le grave, pas à confirmer la commotion. Un scanner est réalisé devant des signes d'alerte, pour rechercher un saignement ou une fracture — et il revient normal dans la commotion.
  • Des outils d'évaluation standardisés existent pour les professionnels, sur le terrain et en consultation, incluant des versions spécifiques pour l'enfant[1].
  • L'examen du cou est indissociable : de nombreux symptômes attribués à la commotion — maux de tête, vertiges — proviennent en partie d'une atteinte cervicale associée.
  • Les tests sanguins, salivaires et l'imagerie avancée font l'objet de recherches prometteuses, mais ne remplacent pas aujourd'hui l'évaluation clinique.
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Les 48 premières heures : ce qui a changé

Le repos strict n'est plus recommandé

C'est le changement le plus important du consensus international de 2023, et il reste largement méconnu du grand public : le repos strict jusqu'à disparition des symptômes n'est pas une stratégie efficace[1]. La chambre noire, l'isolement prolongé et l'arrêt de toute activité ne font pas récupérer plus vite — et retardent souvent la reprise.

Ce qui est recommandé :

— Un repos relatif pendant les 24 à 48 premières heures seulement, avec un temps d'écran limité sur cette période.
— Le retour à une activité physique d'intensité légère — la marche, typiquement — dès 24 à 48 heures, dans la mesure où elle n'aggrave pas plus que légèrement les symptômes et où il n'existe aucun risque de choc, de collision ou de chute.
— Un exercice aérobie sous le seuil des symptômes, introduit entre le 2e et le 10e jour, qui aide à la récupération et réduit le risque de symptômes persistants.

Un repère chiffré encadre cette reprise : une aggravation légère des symptômes est acceptable — jusqu'à 2 points sur une échelle de 10 — à condition qu'elle s'atténue en moins d'une heure[1].

Comment le comprendre« Bouger tôt » ne veut pas dire « reprendre le sport ». Il s'agit de marche, de vélo d'appartement ou d'activités du quotidien, sans aucun risque de nouveau choc à la tête. La distinction est absolue : on réactive la circulation et le système nerveux, on ne reprend pas la pratique. Voir la marche.
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Le retour à l'école ou au travail passe avant le sport

C'est un principe souvent ignoré : la reprise des activités cognitives précède celle du sport, et elle suit elle aussi une progression. Un élève ou un salarié qui reprend brutalement à plein régime rechute fréquemment.

  1. Étape 1 : repos relatif 24 à 48 heures, activités quotidiennes n'aggravant pas plus que légèrement les symptômes, écrans limités.
  2. Étape 2 : activités mentales à la maison, par périodes courtes — lecture, tâches simples.
  3. Étape 3 : retour partiel, en journées ou demi-journées allégées, avec pauses et aménagements.
  4. Étape 4 : retour complet, sans aménagement.
La règle de progressionOn avance quand l'étape en cours est tolérée : pas plus qu'une aggravation légère des symptômes, qui doit se dissiper rapidement. Si une étape provoque une aggravation nette ou durable, on revient à la précédente et on repart après une pause. Aménagements scolaires ou professionnels — pauses, écrans réduits, reports d'examens — font partie de la prise en charge.
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Le retour au sport : la progression en 6 étapes

Cette progression n'est pas un calendrier fixe mais une succession de paliers : on ne franchit un palier que si le précédent a été toléré. Elle est supervisée par un professionnel de santé, et le retour au jeu doit être formellement autorisé.

ÉtapeContenuObjectif
1 — Activité limitée par les symptômesActivités quotidiennes, marche. Écrans limités les 48 premières heures.Réintroduire le mouvement sans aggraver.
2A — Aérobie légèreMarche soutenue, vélo d'appartement à faible intensité.Augmenter progressivement la fréquence cardiaque.
2B — Aérobie modéréeCourse légère, vélo à intensité moyenne.Poursuivre la montée en charge, toujours sans risque de choc.
3 — Exercices spécifiquesGestes techniques individuels, changements de direction. Toujours sans contact.Retrouver la coordination et le mouvement sportif.
4 — Entraînement sans contactEntraînement collectif complet, exercices avec résistance. Pas d'opposition.Charge d'entraînement normale, sans exposition au choc.
5 — Entraînement avec contactReprise de l'opposition, après autorisation médicale.Vérifier la tolérance au jeu réel.
6 — Retour à la compétitionMatch, sans restriction.Retour complet.
Les trois règles qui encadrent la progressionUn palier à la fois, avec au minimum 24 heures d'observation. Une aggravation légère est tolérée — jusqu'à 2 points sur 10, résolutive en moins d'une heure ; au-delà, on redescend d'un palier. L'étape 5 nécessite une autorisation médicale explicite : c'est le passage où l'on réexpose la tête au risque.
Le retour aux apprentissages d'abordLa reprise scolaire ou professionnelle complète doit être obtenue avant le retour à la compétition. Un sportif qui ne tient pas une journée de cours ou de travail n'est pas prêt à jouer.
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Quand les symptômes persistent

La majorité des sportifs récupèrent en quelques semaines. Une minorité conserve des symptômes plus longtemps, et cette situation a un cadre précis.

  • Au-delà de 4 semaines de symptômes persistants, un avis auprès de cliniciens ayant une expertise spécifique de la commotion est recommandé, à tout âge[1].
  • La rééducation cervico-vestibulaire — travail individualisé du cou et de l'équilibre — est recommandée en cas de vertiges, de douleurs cervicales ou de maux de tête liés à la commotion persistant plus de 10 jours, en association avec l'exercice aérobie[1].
  • Les symptômes persistants ne sont pas « dans la tête », et ils ne signifient pas non plus une lésion irréversible. Ils relèvent d'une prise en charge active et ciblée, pas d'une mise au repos supplémentaire.
  • Plusieurs facteurs allongent la récupération : antécédents de commotions, migraines préexistantes, troubles anxieux ou dépressifs, troubles du sommeil, atteinte cervicale associée, et le fait d'avoir continué à jouer après le traumatisme.
  • Aucun complément alimentaire n'a démontré d'efficacité sur la récupération après commotion.
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Commotions répétées et effets à long terme

La période de vulnérabilité

Le danger immédiat le plus sérieux tient à un nouveau traumatisme survenant avant récupération complète. Le cerveau, encore en crise énergétique, tolère très mal cette seconde atteinte : les conséquences peuvent être bien plus graves que celles du premier choc, y compris après un impact d'apparence anodine.

C'est la raison unique et suffisante de toutes les règles précédentes : retrait immédiat, pas de retour le jour même, progression par paliers, autorisation médicale avant le contact.

Sur le long terme, le débat porte sur les conséquences des impacts répétés à la tête, en particulier dans les sports de collision et de combat pratiqués à haut niveau pendant des années. Le sujet mérite d'être traité sans alarmisme ni minimisation :

  • Le consensus international de 2023 a intégré explicitement les questions de fin de carrière et des effets potentiels à long terme, y compris neurodégénératifs[1] : c'est un sujet reconnu, pas écarté.
  • La décision d'arrêter une pratique à risque après plusieurs commotions est individuelle et se prend avec une équipe médicale, en tenant compte du nombre d'épisodes, de la facilité croissante à se commotionner, de la durée de récupération et des symptômes résiduels.
  • Le niveau de preuve reste débattu pour le sportif amateur, et la plupart des données concernent des athlètes professionnels exposés très longtemps.
  • Aucun examen ne permet aujourd'hui de diagnostiquer de son vivant une atteinte dégénérative liée aux impacts répétés.
Le message raisonnableRien de tout cela ne justifie d'arrêter le sport — dont les bénéfices sur la santé cérébrale sont par ailleurs solides. Cela justifie de prendre chaque commotion au sérieux, de respecter les protocoles, et de ne pas accumuler les épisodes par déni ou par pression du collectif.
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Prévention : ce qui marche, et ce qui ne marche pas

Le casque ne prévient pas la commotion

C'est le malentendu le plus répandu. Le casque protège remarquablement bien contre les fractures du crâne et les lésions graves — raison largement suffisante pour le porter à vélo, à ski ou à cheval. Mais il ne peut pas empêcher le cerveau de bouger à l'intérieur de la boîte crânienne lors d'une accélération rotatoire, qui est précisément le mécanisme de la commotion.

Le porter : oui, toujours. Croire qu'il vous met à l'abri d'une commotion : non. Et surtout, ne pas laisser ce sentiment de protection encourager une prise de risque supplémentaire.

  • Les modifications de règles figurent parmi les stratégies les plus efficaces : limitation ou interdiction des contacts chez les jeunes, sanction des chocs à la tête, encadrement du jeu de tête chez l'enfant.
  • L'apprentissage de la technique : plaquer bas, chuter correctement, protéger sa tête à la réception.
  • Le renforcement du cou : une musculature cervicale plus forte réduit l'accélération subie par la tête. Voir la musculation.
  • Le protège-dents, indispensable pour les dents et la mâchoire, dont l'effet sur la commotion reste discuté.
  • La formation des encadrants, des arbitres et des parents à la reconnaissance des signes.
  • Une culture qui autorise à sortir : c'est probablement le levier le plus puissant, et le moins technique. Tant que déclarer ses symptômes est perçu comme une faiblesse, aucun protocole ne fonctionne.
Où porter l'effortUne revue systématique consacrée aux stratégies de prévention et aux facteurs de risque modifiables des commotions liées au sport souligne l'intérêt des interventions agissant sur les règles du jeu et l'entraînement[2] — c'est-à-dire sur l'organisation de la pratique, davantage que sur l'équipement individuel.
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Enfants, adolescents et femmes : des situations particulières

  • Chez l'enfant et l'adolescent, la récupération est généralement plus longue, et la prudence doit être plus grande. Des outils d'évaluation spécifiques à l'enfant existent[1], et le retour aux apprentissages prime clairement sur le retour au sport.
  • Chez les jeunes, un essai randomisé conduit chez des adolescents a comparé un exercice aérobie précoce ciblé sur la fréquence cardiaque à des étirements : c'est l'un des travaux qui a fait basculer les recommandations vers la reprise précoce d'activité[3].
  • Chez les femmes, l'incidence des commotions apparaît plus élevée que chez les hommes à sport équivalent, et la récupération est en moyenne plus longue ; les explications avancées associent différences de masse musculaire cervicale, de mécanismes de jeu et de déclaration des symptômes.
  • Chez les para-athlètes, le consensus de 2023 a intégré pour la première fois une attention spécifique[1], les outils standard n'étant pas toujours directement applicables.
  • Chez les personnes sous anticoagulant, le seuil de consultation en urgence doit être nettement plus bas.
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Les erreurs à éviter

  • Attendre une perte de connaissance pour évoquer le diagnostic. La plupart des commotions n'en comportent pas.
  • Laisser reprendre le match parce que « ça va mieux ». Le sportif commotionné n'est pas en état de juger, et les symptômes sont souvent différés.
  • S'enfermer dans le noir pendant une semaine. Le repos strict prolongé n'est plus recommandé et retarde la récupération.
  • À l'inverse, reprendre le sport parce qu'on a le droit de marcher. Activité légère sans risque de choc et reprise sportive sont deux choses distinctes.
  • Se fier à un scanner normal pour conclure qu'il n'y a rien. L'imagerie écarte le grave, elle n'écarte pas la commotion.
  • Prendre des anti-inflammatoires dans les suites immédiates d'un traumatisme crânien sans avis médical.
  • Reprendre l'école ou le travail à plein régime avant d'avoir progressé par paliers.
  • Sauter des étapes du protocole parce qu'on se sent bien : la disparition des symptômes précède la récupération complète.
  • Accumuler les épisodes sans en parler, par peur de perdre sa place.
  • Compter sur le casque pour éviter une commotion.
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En résumé. Une commotion cérébrale n'exige ni perte de connaissance, ni choc direct sur la tête, ni anomalie au scanner — trois raisons pour lesquelles elle passe si souvent inaperçue. La règle qui sauve tient en une phrase : dans le doute, on sort, et on ne revient pas le jour même. Elle ne se négocie ni avec le score, ni avec le sportif, ni avec l'entraîneur.

Pour la suite, deux idées à mettre à jour. Le repos strict prolongé n'est plus recommandé : après 24 à 48 heures de repos relatif, une activité légère sans risque de choc favorise la récupération, et un exercice aérobie introduit entre le 2e et le 10e jour réduit le risque de symptômes persistants. Et le retour à l'école ou au travail passe avant le retour au sport, chacun par paliers, avec une autorisation médicale explicite avant de réexposer la tête au contact. Au-delà de quatre semaines de symptômes, un avis spécialisé s'impose. Enfin, portez un casque pour ce qu'il fait vraiment — éviter les lésions graves — sans lui prêter un pouvoir qu'il n'a pas.

Aller plus loin

FAQ — La commotion cérébrale

Peut-on avoir une commotion sans perdre connaissance ?

Oui, et c'est même le cas le plus fréquent : la grande majorité des commotions surviennent sans perte de connaissance. Il n'est pas non plus nécessaire d'avoir reçu un choc direct sur la tête, un coup au corps transmettant une accélération brutale au crâne suffisant à provoquer le mécanisme. Attendre un évanouissement pour s'inquiéter revient donc à laisser passer presque tous les cas.

Peut-on reprendre le match après une commotion ?

Jamais le jour même, quel que soit le niveau et quoi qu'en dise le sportif. Trois raisons : les symptômes apparaissent souvent de façon différée, la commotion altère précisément le jugement nécessaire pour s'auto-évaluer, et le cerveau traverse une période de vulnérabilité pendant laquelle un second traumatisme peut avoir des conséquences bien plus graves. Le principe est : dans le doute, on sort, et on ne revient pas.

Faut-il rester au repos dans le noir ?

Non, et c'est le changement majeur du consensus international de 2023 : le repos strict jusqu'à disparition des symptômes n'est pas une stratégie efficace. On recommande un repos relatif pendant les 24 à 48 premières heures seulement, avec un temps d'écran limité, puis le retour à une activité légère comme la marche, à condition qu'elle n'aggrave pas plus que légèrement les symptômes et sans aucun risque de choc ou de chute.

Quand peut-on recommencer le sport après une commotion ?

La reprise suit une progression en six étapes : activité limitée par les symptômes, aérobie légère, aérobie modérée, exercices spécifiques sans contact, entraînement sans contact, puis entraînement avec contact et retour à la compétition. On ne franchit un palier que si le précédent est toléré, avec au minimum 24 heures d'observation. Le passage à l'entraînement avec contact nécessite une autorisation médicale explicite, et la reprise scolaire ou professionnelle complète doit être obtenue avant.

Quels signes imposent d'appeler les secours ?

Une perte de connaissance même brève, une convulsion, des vomissements répétés, un mal de tête qui s'aggrave, une somnolence croissante ou une difficulté à réveiller la personne, une faiblesse ou un engourdissement d'un membre, des pupilles inégales, une vision double persistante, des troubles de la parole, une douleur ou raideur de la nuque, un écoulement de sang ou de liquide clair par le nez ou les oreilles, une agitation inhabituelle. Le seuil doit être plus bas chez une personne sous anticoagulant.

Le casque protège-t-il de la commotion cérébrale ?

Non, et c'est le malentendu le plus répandu. Le casque protège très efficacement contre les fractures du crâne et les lésions graves, ce qui suffit largement à justifier son port à vélo, à ski ou à cheval. Mais il ne peut pas empêcher le cerveau de bouger à l'intérieur de la boîte crânienne lors d'une accélération rotatoire, qui est le mécanisme même de la commotion. Les stratégies les plus efficaces portent sur les règles du jeu et l'entraînement.

Que faire si les symptômes durent plusieurs semaines ?

Au-delà de quatre semaines, un avis auprès de cliniciens ayant une expertise spécifique de la commotion est recommandé, à tout âge. Une rééducation cervico-vestibulaire, associant travail du cou et de l'équilibre, est recommandée en cas de vertiges, de douleurs cervicales ou de maux de tête persistant plus de dix jours, en association avec l'exercice aérobie. Ces symptômes relèvent d'une prise en charge active et ciblée, pas d'une mise au repos supplémentaire.

Sources et références

  1. Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, Ahmed OH, Blauwet C, Cantu RC, Davis GA, Echemendia RJ, Makdissi M, McNamee M, Broglio S, Emery CA, Feddermann-Demont N, Fuller GW, Giza CC, Guskiewicz KM, Hainline B, Iverson GL, Kutcher JS, Leddy JJ, Maddocks D, Manley G, McCrea M, Purcell LK, Putukian M, Sato H, Tuominen MP, Turner M, Yeates KO, Herring SA, Meeuwisse W. Consensus statement on concussion in sport : the 6th International Conference on Concussion in Sport — Amsterdam, October 2022. British Journal of Sports Medicine, 2023 ;57(11) :695-711. Consensus international structuré autour des « 11 R » ; le repos strict jusqu'à résolution des symptômes n'est pas bénéfique ; repos relatif limité aux 24-48 premières heures avec temps d'écran restreint ; retour à une activité physique d'intensité légère dans les 24-48 heures si elle n'aggrave pas plus que légèrement les symptômes et en l'absence de risque de choc, de collision ou de chute ; exercice aérobie sous le seuil symptomatique entre le 2e et le 10e jour pour réduire l'incidence des symptômes persistants ; aggravation légère acceptable jusqu'à 2 points sur une échelle de 10 si résolution en moins d'une heure ; stratégies de retour aux apprentissages et de retour au sport par paliers ; orientation vers des cliniciens spécialisés au-delà de 4 semaines de symptômes ; rééducation cervico-vestibulaire en cas de vertiges, cervicalgies ou céphalées durant plus de 10 jours, en association avec l'exercice aérobie ; outils SCAT6, Child SCAT6, SCOAT6 et outil de reconnaissance destiné aux non-professionnels ; intégration du para-athlète, de la fin de carrière et des effets potentiels à long terme. doi:10.1136/bjsports-2023-106898
  2. Eliason PH, Galarneau JM, Kolstad AT, et coll. Prevention strategies and modifiable risk factors for sport-related concussions and head impacts : a systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 2023. Revue systématique avec méta-analyse des stratégies de prévention et des facteurs de risque modifiables des commotions et impacts à la tête liés au sport, conduite dans le cadre des travaux préparatoires au 6e consensus international.
  3. Leddy JJ, Master CL, Mannix R, et coll. Early targeted heart rate aerobic exercise versus placebo stretching for sport-related concussion in adolescents : a randomised controlled trial. Essai contrôlé randomisé chez des adolescents comparant un exercice aérobie précoce ciblé sur la fréquence cardiaque à des étirements ; travail cité parmi ceux ayant motivé l'évolution des recommandations vers une reprise précoce d'activité physique après commotion.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Toute suspicion de commotion cérébrale impose un retrait immédiat du jeu, l'absence de reprise le jour même et une évaluation par un professionnel de santé. Les signes d'alerte listés dans cet article imposent d'appeler les secours (15 ou 112). La progression du retour aux apprentissages et du retour au sport doit être supervisée médicalement, et le passage aux activités avec contact requiert une autorisation médicale explicite.