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Entorse du genou : gravité, traitement et reprise du sport

Entorse du genou

En bref : le ligament collatéral médial, sur la face interne du genou, est le ligament du genou le plus souvent lésé[1] — bien devant le croisé antérieur, qui monopolise pourtant l’attention. Bonne nouvelle : il cicatrise remarquablement bien, et la très grande majorité de ces entorses se traitent sans chirurgie. Deux points appellent toutefois de la vigilance : jusqu’à 78 % des ruptures complètes s’accompagnent d’une lésion du croisé antérieur[2], et le collatéral latéral, plus rare, cicatrise nettement moins bien. Ce guide couvre l’anatomie, les mécanismes, les stades, les tests, la rééducation et le retour au sport.

Vocabulaire : on parle bien de la même chose

La terminologie a changé, et les deux jeux de termes circulent encore. Mettons-les côte à côte une fois pour toutes :

Terme actuelAncien terme
Ligament collatéral médial (LCM)Ligament latéral interne (LLI)Face interne du genou, celle qui regarde l’autre jambe.
Ligament collatéral latéral (LCL)Ligament latéral externe (LLE)Face externe du genou.
Un moyen de ne plus s’y perdre« Médial » signifie « vers le milieu du corps » : le LCM est donc du côté interne, là où vos genoux se touchent. « Latéral » signifie « vers l’extérieur ». L’ancienne appellation « ligament latéral interne » était contradictoire dans les termes, d’où le changement.
Ce que cet article couvreLes entorses des collatéraux. Pour les ligaments croisés, le protocole de premiers gestes et la vue d’ensemble des entorses du genou, voir notre guide complet : l’entorse du genou.
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L’anatomie : deux ligaments qui ne se ressemblent pas

Anatomie du genou en vue antérieure : ligament collatéral médial (LCM, ex-latéral interne) sur la face interne, ligament collatéral latéral (LCL, ex-latéral externe) sur la face externe, ligaments croisés au centre, ménisques entre fémur et tibia
Le genou vu de face. Retenez la logique de placement : les collatéraux sont de part et d’autre de l’articulation, en dehors d’elle, tandis que les croisés occupent le centre. Le collatéral médial (LCM) est du côté interne, celui qui regarde l’autre jambe : il se tend lorsqu’une force pousse le genou vers l’intérieur, ce qui explique qu’un choc reçu sur la face externe le lèse. Le collatéral latéral (LCL) fait l’inverse, du côté externe, et rejoint le péroné. Cette position en dehors de l’articulation est aussi ce qui permet au LCM de bien cicatriser, contrairement aux croisés qui baignent dans le liquide articulaire.

Le collatéral médial : un ensemble, pas une simple corde

On l’imagine comme une bande unique ; c’est en réalité un dispositif à plusieurs couches, ce qui explique la variété des tableaux cliniques.

  • Le faisceau superficiel, le plus volumineux, tendu de l’épicondyle médial du fémur jusqu’au tibia, assez bas. C’est le principal frein au valgus.
  • Le faisceau profond, épaississement de la capsule articulaire, relié au ménisque interne — d’où la fréquence des lésions méniscales associées.
  • Le ligament oblique postérieur et la capsule postéro-médiale, qui verrouillent l’arrière du compartiment interne et contrôlent la rotation.
  • La patte d’oie et les muscles ischio-jambiers médiaux, qui participent activement à la stabilité de ce coin postéro-médial. Voir les ischio-jambiers.

Le collatéral latéral : une corde tendue vers le péroné

  • Il naît juste en arrière du condyle fémoral latéral et se termine sur la tête du péroné, où il fusionne avec le tendon du biceps fémoral.
  • Il fait partie d’un ensemble plus large, le coin postéro-latéral, qui contrôle le varus et la rotation externe.
  • Le nerf fibulaire chemine juste à côté du col du péroné — une proximité qui a des conséquences cliniques directes.
La différence qui change toutLe LCM est large, plat et bien vascularisé, plaqué contre l’os. Le LCL est une corde étroite, plus isolée. Cette différence de structure explique la majeure partie de ce qui suit : le premier cicatrise bien, le second beaucoup moins.
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Pourquoi ce sont les entorses les plus fréquentes

Les chiffres

Les lésions ligamentaires représentent environ 40 % des blessures du genou, et parmi elles le collatéral médial est la plus fréquente[1]. Au ski, il est impliqué dans une part majoritaire des atteintes du genou.

L’incidence rapportée est de l’ordre de 0,24 pour 1000 personnes et par an, avec une fréquence environ deux fois plus élevée chez les hommes[2]. La majorité de ces lésions sont isolées et surviennent chez des sportifs jeunes.

Pourquoi cette prédominanceLe genou est peu protégé sur sa face externe : un choc y est fréquent, en football, en rugby, au handball. Or un choc externe pousse le genou vers l’intérieur et met en tension le ligament interne. À l’inverse, un choc sur la face interne du genou est rare — la présence de l’autre jambe fait obstacle. D’où la dissymétrie.
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Les mécanismes : valgus contre varus

LigamentContrainteSituations typiques
Collatéral médial (LCM)Valgus : le genou est poussé vers l’intérieur, la jambe part en « X ».Choc direct sur la face externe du genou ou de la cuisse (tacle, plaquage) ; ou valgus associé à une rotation externe du tibia sur un pied bloqué — ski, changement de direction[2].
Collatéral latéral (LCL)Varus : le genou est écarté vers l’extérieur, la jambe part en « O ».Choc sur la face interne du genou, plus rare ; hyperextension avec composante rotatoire ; traumatismes à haute énergie.
  • Ski : le mécanisme roi pour le LCM. La spatule accroche, le ski part vers l’extérieur, le genou est forcé en valgus et rotation, la chaussure verrouille tout.
  • Football, rugby, handball : contact direct sur la face externe du genou, ou appui en valgus lors d’un changement d’appui.
  • Sports de combat au sol : contraintes latérales imposées jambe bloquée.
  • Chutes en vélo ou en course sur terrain irrégulier, avec réception en torsion.
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Ce qu’on ressent

  • Une douleur bien localisée sur le trajet du ligament — face interne pour le LCM, face externe pour le LCL. C’est le signe le plus caractéristique, et il oriente d’emblée : dans les entorses du croisé, la douleur est plus diffuse et profonde.
  • Une sensation d’étirement ou de déchirure sur le côté au moment du traumatisme, parfois un craquement.
  • Un gonflement localisé sur la face atteinte, souvent modéré. Un épanchement massif et rapide de toute l’articulation oriente davantage vers une atteinte intra-articulaire — croisé ou ménisque.
  • Une gêne à la marche et une difficulté à tendre complètement le genou.
  • Une sensation d’instabilité latérale, comme si le genou « s’ouvrait » sur le côté, surtout dans les formes sévères.
  • Un hématome apparaissant secondairement sur la face concernée.
Un indice utileUne douleur très précisément localisée sur le bord interne du genou, reproduite lorsqu’on appuie dessus, avec un gonflement limité à cette zone, est très évocatrice d’une atteinte du collatéral médial. Ce n’est pas un diagnostic — mais c’est ce qui vous permet de décrire utilement votre blessure au médecin.
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Les signes qui imposent un avis rapide

Consultez sans attendre devant
  • Une impossibilité de poser le pied ou de faire quelques pas.
  • Un gonflement massif et rapide de tout le genou dans les heures suivant le traumatisme, qui évoque un saignement intra-articulaire et donc une lésion associée.
  • Un genou bloqué, impossible à tendre ou à plier complètement — évocateur d’une atteinte méniscale.
  • Une sensation nette d’instabilité, un genou qui se dérobe.
  • Des fourmillements, un engourdissement du dos du pied ou une difficulté à relever le pied après un traumatisme du côté externe : le nerf fibulaire chemine près du péroné, et cette situation est une urgence.
  • Un pied froid, pâle, ou l’absence de pouls, une déformation visible : urgence absolue.
  • Une douleur qui ne s’améliore pas après plusieurs jours, ou une instabilité persistante après plusieurs semaines de traitement bien conduit.
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Les trois stades, et les tests qui les évaluent

StadeLésionCe que trouve l’examenDélais indicatifs
Stade 1 — bénigneÉlongation des fibres, sans rupture.Douleur à la palpation, pas de laxité au test en valgus.Reprise souvent possible en 1 à 3 semaines.
Stade 2 — moyenneRupture partielle.Laxité modérée, mais avec un arrêt net en fin de course.Plutôt 3 à 6 semaines, attelle articulée fréquente.
Stade 3 — graveRupture complète.Laxité franche, sans arrêt net. La sévérité se gradue selon l’ouverture de l’interligne : 3 à 5 mm, 6 à 10 mm, ou plus de 10 mm[3].Plusieurs mois. Recherche systématique d’une lésion associée.
Le test en valgus, et l’angle qui change son interprétation

Le praticien applique une contrainte poussant le genou vers l’intérieur, dans deux positions, et c’est la comparaison entre les deux qui fait tout le diagnostic :

À 30 degrés de flexion, le test isole le collatéral médial. Une laxité ici, avec un genou stable par ailleurs, oriente vers une lésion isolée.

Genou en extension complète, les autres structures verrouillent normalement l’articulation. Une laxité qui persiste dans cette position signe une atteinte plus étendue — structures profondes, coin postéro-médial, voire ligaments croisés. Le pronostic et la prise en charge changent alors radicalement.

Pour le collatéral latéral, le même principe s’applique avec un test en varus, contrainte inverse.

À ne pas tenter soi-mêmeCes tests demandent une main entraînée, une comparaison avec le genou sain et un relâchement musculaire complet. Les reproduire sur un genou fraîchement traumatisé est douloureux, ininterprétable, et peut aggraver la lésion.
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Comment le diagnostic se pose

  • L’examen clinique d’abord : mécanisme, localisation de la douleur, tests en valgus et en varus, recherche systématique d’une atteinte des croisés et des ménisques.
  • La radiographie ne montre pas les ligaments : elle sert à écarter une fracture ou un arrachement osseux, particulièrement chez l’adolescent, dont le cartilage de croissance cède parfois avant le ligament.
  • L’IRM confirme le diagnostic, précise le siège exact de la lésion et — c’est son intérêt majeur — identifie les lésions associées[3] : croisés, ménisques, contusions osseuses.
  • L’échographie peut visualiser le ligament superficiel, mais reste moins complète.
Quand l’IRM est utileElle n’est pas systématique pour un stade 1 typique. Elle devient pertinente devant une laxité franche, un épanchement important, un doute sur une lésion associée, un blocage articulaire, ou une évolution qui stagne.
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Pourquoi le collatéral médial cicatrise là où le croisé échoue

Une question d’emplacement et de vascularisation

Le collatéral médial est extra-articulaire — situé en dehors de la cavité articulaire — et dispose d’une vascularisation abondante. Le croisé antérieur, lui, est intra-articulaire et baigne dans le liquide synovial, ce qui compromet la formation d’un caillot et donc la cicatrisation.

Conséquence directe sur le traitement : les lésions incomplètes (stades 1 et 2) et les ruptures complètes isolées (stade 3) sans instabilité en valgus peuvent être traitées sans chirurgie, avec une rééducation fonctionnelle précoce[1]. La reconstruction du collatéral médial reste une intervention relativement peu fréquente, le traitement non chirurgical ramenant le plus souvent les patients à leur niveau de fonction antérieur.

Ce que cela signifie pour vousUne rupture complète du ligament interne, qui sonne dramatiquement, se traite le plus souvent sans opération — à l’inverse de ce que l’on entend pour le croisé. C’est la meilleure nouvelle de cet article, et elle est solidement établie.
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Le traitement sans chirurgie : les principes

  1. Protéger quelques jours sans immobiliser durablement. Le repos strict prolongé affaiblit le muscle et retarde la récupération.
  2. Contrôler le gonflement par élévation et compression.
  3. Reprendre l’appui progressivement, guidé par la douleur, dès que possible — béquilles temporaires si nécessaire.
  4. Récupérer l’extension complète tôt : c’est la priorité absolue de la première phase. Un genou qui ne se tend pas complètement est un genou qui boitera longtemps.
  5. Porter une attelle articulée aux stades 2 et 3 : elle autorise flexion et extension tout en limitant la contrainte latérale pendant la cicatrisation.
  6. Rééduquer avec un kinésithérapeute, en progressant selon la laxité et les critères fonctionnels.
  7. Réintroduire les contraintes latérales en dernier, quand le ligament a cicatrisé.
Sur les anti-inflammatoiresIls soulagent, mais leurs effets sur la réparation des tissus sont discutés dans la littérature récente en médecine du sport. Ils ne devraient pas être pris systématiquement pendant des jours sans avis. Parlez-en à votre médecin ou votre pharmacien : la douleur doit être gérée, la question porte sur le choix et la durée.
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Quand la chirurgie se discute

Elle reste l’exception pour le collatéral médial. Les indications rapportées concernent principalement les stades 3[1] :

  • Une instabilité en valgus marquée et persistante.
  • Une interposition du ligament au niveau de la patte d’oie, qui l’empêche mécaniquement de cicatriser à sa place.
  • Un arrachement osseux ou intra-articulaire.
  • L’échec d’un traitement fonctionnel bien conduit.
  • Une lésion multiligamentaire ou une luxation du genou, qui relèvent d’une prise en charge entièrement différente.
Un point encore débattuLa conduite à tenir devant un stade 3 isolé ne fait pas l’unanimité. Certains travaux rapportent des résultats acceptables avec un traitement non chirurgical ; d’autres auteurs recommandent plutôt la chirurgie dans cette situation précise[3]. Ce désaccord est réel, et il justifie un avis chirurgical spécialisé plutôt qu’une réponse toute faite — d’autant que le niveau d’exigence sportive pèse dans la décision.
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Le piège : la lésion associée

Le chiffre à retenir

Le risque de lésion associée augmente avec la sévérité : jusqu’à 78 % des lésions de stade 3 du collatéral médial s’accompagnent d’une rupture du croisé antérieur[2].

La triade malheureuse associe collatéral médial, croisé antérieur et ménisque interne — l’anatomie l’explique : le faisceau profond du collatéral médial est solidaire du ménisque interne.

Et si l’atteinte est insuffisamment traitée ou passe inaperçue, les conséquences sont durables : instabilité interne persistante et invalidante, dysfonctionnement secondaire du croisé antérieur, faiblesse musculaire, et à terme arthrose[1].

Ce qu’il faut en faire : une entorse interne franche — laxité nette, gonflement important, instabilité — n’est jamais « juste une entorse du ligament interne ». Elle justifie un examen complet et, souvent, une IRM. Et une entorse qui reste instable après plusieurs semaines de traitement bien mené doit être réévaluée, pas patientée.

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Le collatéral latéral : plus rare, et plus sérieux qu’il n’y paraît

Tout ce qui précède vaut pour le côté interne. Le côté externe obéit à une logique différente, et l’optimisme n’y est pas transposable.

  • Il cicatrise moins bien que le collatéral médial[3]. Le pronostic d’une lésion isolée reste globalement bon, mais la marge est plus étroite.
  • Un arrachement du ligament au niveau du péroné signale habituellement une atteinte associée du coin postéro-latéral[3]. Cet ensemble de structures, s’il est méconnu, laisse une instabilité rotatoire — et fait échouer une éventuelle reconstruction du croisé antérieur réalisée sans l’avoir traité.
  • Un stade 3 isolé avec instabilité en varus persistante malgré le traitement fonctionnel peut relever d’une réparation chirurgicale, parfois en phase aiguë[3].
  • Le nerf fibulaire est vulnérable : des fourmillements sur le dos du pied, un engourdissement ou une difficulté à relever le pied imposent un avis rapide.
La dissymétrie à retenirUne entorse interne est fréquente et cicatrise généralement bien. Une entorse externe est rare — et cette rareté même doit faire chercher une lésion plus large plutôt que rassurer. Le raccourci « les collatéraux, c’est bénin » ne vaut que pour le côté interne.
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La rééducation, phase par phase

La logique propre aux collatéraux tient en une idée : on protège le plan frontal — les contraintes latérales — pendant que le ligament cicatrise, tout en travaillant tout le reste.

PhaseObjectifsContenu
1 — ProtectionCalmer, récupérer l’extension complète, limiter la fonte musculaire.Appui progressif, attelle articulée si prescrite, mobilisations douces en flexion-extension, contractions du quadriceps, travail de la hanche et de la cheville.
2 — Mobilité et forceAmplitude complète, force symétrique.Renforcement en chaîne fermée, quadriceps, ischio-jambiers, fessiers. Vélo, natation. Toujours sans contrainte latérale.
3 — Contrôle et proprioceptionRetrouver le contrôle de l’axe du genou.Appuis unipodaux, surfaces instables, travail du bassin, contrôle du valgus dynamique lors des flexions.
4 — RéathlétisationRéintroduire course, appuis, puis pivots.Course en ligne droite, accélérations, puis changements de direction progressifs. Les appuis latéraux arrivent ici, pas avant.
5 — Retour au sportGestes spécifiques et opposition.Entraînement collectif, puis contact, sur validation.
La règle de progression spécifique aux collatérauxOn évite les mouvements dans les plans frontal et transverse — contrainte latérale et rotation — tant que la laxité en valgus n’a pas diminué. C’est la laxité mesurée, et non le calendrier, qui autorise le passage à la phase suivante.
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Les critères de retour au sport

  • Aucune douleur à la palpation du ligament ni lors des tests.
  • Une laxité stabilisée, appréciée par le professionnel qui vous suit, et nettement améliorée par rapport à l’examen initial.
  • Une amplitude complète, extension totale comprise, symétrique par rapport au genou sain.
  • Une force symétrique ou proche de l’être, quadriceps et ischio-jambiers.
  • Un contrôle de l’axe : pas de genou qui rentre vers l’intérieur lors d’un squat sur une jambe ou d’une réception.
  • Des appuis latéraux et des changements de direction indolores à l’entraînement, avant de les affronter en match.
  • La confiance : appréhender le contact ou le pivot expose à une compensation, donc à une nouvelle blessure.
Le principe qui prime sur tous les délaisLes durées indiquées dans cet article sont des ordres de grandeur. Le retour se décide sur des critères, pas sur une date — une entorse de stade 2 chez deux personnes différentes ne mettra pas le même temps. Reprendre parce que « les six semaines sont passées » est la première cause de récidive.
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Prévenir la première entorse et la récidive

  • Travailler le contrôle du valgus dynamique : apprendre à ne pas laisser le genou rentrer vers l’intérieur lors des flexions, réceptions et changements d’appui. C’est le geste protecteur numéro un.
  • Renforcer les fessiers, moyen fessier en tête : ce sont eux qui empêchent le genou de partir en dedans.
  • Renforcer les ischio-jambiers médiaux et la patte d’oie, qui participent activement à la stabilité du compartiment interne.
  • Entraîner l’équilibre et la proprioception : appuis unipodaux, surfaces instables, yeux fermés.
  • Intégrer les changements de direction à l’échauffement, plutôt que de les découvrir à froid en match.
  • Soigner le matériel au ski : fixations réglées et vérifiées, ce qui reste la mesure la plus concrète pour ce mécanisme.
  • Tenir compte de la fatigue : le contrôle de l’axe se dégrade en fin de séance, moment où surviennent beaucoup de blessures. Voir prévention des blessures.
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Les erreurs à éviter

  • Banaliser parce que « ce n’est que le ligament interne ». Une laxité franche impose de chercher une lésion associée.
  • Immobiliser longtemps en pensant bien faire : on perd du muscle et de l’amplitude, et on ne cicatrise pas mieux.
  • Négliger l’extension complète les premiers jours. C’est le déficit le plus difficile à rattraper ensuite.
  • Tester soi-même la laxité en tirant sur son genou blessé.
  • Reprendre sur une date plutôt que sur des critères.
  • Réintroduire les pivots et les appuis latéraux trop tôt, alors que ce sont précisément les contraintes que le ligament ne tolère pas encore.
  • Ignorer une instabilité persistante après plusieurs semaines : elle expose à une instabilité chronique et à l’arthrose.
  • Négliger des fourmillements ou une faiblesse du pied après un traumatisme externe.
  • Renforcer le quadriceps seul en oubliant fessiers et contrôle du bassin, qui gouvernent l’axe.
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En résumé. Le collatéral médial est le ligament du genou le plus souvent lésé, et c’est aussi celui qui cicatrise le mieux : extra-articulaire et bien vascularisé, il guérit là où le croisé échoue. Les stades 1 et 2, et la plupart des ruptures complètes isolées sans instabilité en valgus, se traitent sans chirurgie, avec une rééducation fonctionnelle précoce.

Deux réserves à garder en tête. D’abord, jusqu’à 78 % des ruptures complètes s’accompagnent d’une atteinte du croisé antérieur : une entorse interne franche mérite un examen complet, souvent une IRM, et jamais un simple « ça va passer ». Ensuite, le collatéral latéral n’obéit pas aux mêmes règles — il cicatrise moins bien, et un arrachement au péroné doit faire chercher une atteinte du coin postéro-latéral.

Pour la reprise, retenez la logique : on protège les contraintes latérales le temps de la cicatrisation, on travaille tout le reste, et l’on reprend sur des critères de laxité, de force et de contrôle — jamais sur une date au calendrier.

Aller plus loin

FAQ — Entorse des ligaments collatéraux

Quelle différence entre LCM, LCL, LLI et LLE ?

Ce sont les mêmes structures sous deux terminologies. Le ligament collatéral médial (LCM) correspond à l’ancien ligament latéral interne (LLI), situé sur la face interne du genou, celle qui regarde l’autre jambe. Le ligament collatéral latéral (LCL) correspond à l’ancien ligament latéral externe (LLE), sur la face externe. « Médial » signifie vers le milieu du corps, « latéral » vers l’extérieur : l’ancienne appellation « latéral interne » était contradictoire, d’où le changement.

Combien de temps pour guérir d’une entorse du ligament collatéral médial ?

Cela dépend du stade. Un stade 1, simple élongation sans laxité, permet souvent une reprise en une à trois semaines. Un stade 2, rupture partielle avec laxité modérée mais arrêt net, demande plutôt trois à six semaines, souvent avec une attelle articulée. Un stade 3, rupture complète, se compte en mois. Ces durées sont des ordres de grandeur : le retour se décide sur des critères de laxité, de force et de contrôle, jamais sur une date.

Faut-il opérer une entorse du ligament interne ?

Rarement. Les lésions incomplètes et la plupart des ruptures complètes isolées sans instabilité en valgus se traitent sans chirurgie, avec une rééducation fonctionnelle précoce, la reconstruction restant une intervention peu fréquente. Les indications chirurgicales concernent surtout les stades 3 avec instabilité marquée persistante, une interposition du ligament au niveau de la patte d’oie, un arrachement osseux ou intra-articulaire, ou l’échec du traitement fonctionnel. La conduite devant un stade 3 isolé reste débattue.

Pourquoi le ligament interne cicatrise-t-il mieux que le croisé ?

Parce qu’il est extra-articulaire, donc situé en dehors de la cavité articulaire, et qu’il bénéficie d’une vascularisation abondante. Le croisé antérieur est au contraire intra-articulaire et baigne dans le liquide synovial, ce qui compromet la cicatrisation. Cette différence anatomique explique à elle seule pourquoi une rupture complète du ligament interne se traite le plus souvent sans opération, contrairement à ce que l’on entend pour le croisé.

Une entorse du ligament interne peut-elle cacher autre chose ?

Oui, et c’est le point de vigilance principal : jusqu’à 78 % des lésions de stade 3 du collatéral médial s’accompagnent d’une rupture du croisé antérieur. La triade malheureuse associe collatéral médial, croisé antérieur et ménisque interne, ce que l’anatomie explique puisque le faisceau profond du ligament est solidaire du ménisque. Une entorse interne franche justifie un examen complet et souvent une IRM, et une instabilité persistante après plusieurs semaines doit être réévaluée.

L’entorse du ligament externe est-elle plus bénigne ?

Non, c’est l’inverse du raccourci habituel. Le collatéral latéral est plus rarement lésé, mais il cicatrise moins bien que le collatéral médial. Un arrachement du ligament au niveau du péroné signale habituellement une atteinte associée du coin postéro-latéral, qui, méconnue, laisse une instabilité rotatoire. Un stade 3 isolé avec instabilité en varus persistante peut relever d’une réparation chirurgicale. Enfin, le nerf fibulaire chemine à proximité : des fourmillements ou une difficulté à relever le pied imposent un avis rapide.

Quand peut-on reprendre les changements de direction ?

En dernier, et sur critères. La règle propre aux collatéraux est d’éviter les mouvements dans les plans frontal et transverse — contrainte latérale et rotation — tant que la laxité en valgus n’a pas diminué. On reprend d’abord la course en ligne droite, puis les accélérations, puis progressivement les changements de direction. Les critères à réunir : absence de douleur à la palpation et aux tests, laxité stabilisée, amplitude complète, force symétrique et bon contrôle de l’axe du genou.

Sources et références

  1. Isolated medial collateral ligament tears : an update on management. Revue de synthèse sur la prise en charge des lésions isolées du ligament collatéral médial : les ruptures du collatéral médial sont les lésions ligamentaires du genou les plus fréquentes ; les lésions incomplètes (stades 1 et 2) et les ruptures isolées (stade 3) sans instabilité en valgus peuvent être traitées sans chirurgie avec une rééducation fonctionnelle précoce ; l’échec du traitement non chirurgical peut entraîner une instabilité interne persistante invalidante, un dysfonctionnement secondaire du croisé antérieur, une faiblesse et de l’arthrose ; la réparation en phase aiguë est indiquée dans les stades 3 isolés avec instabilité en valgus sévère, interposition du ligament au niveau de la patte d’oie, ou arrachement osseux ou intra-articulaire ; la reconstruction reste une intervention relativement peu fréquente, le traitement non chirurgical ramenant souvent les patients à leur niveau de fonction antérieur. Référence PMC6129956.
  2. Medial collateral ligament of the knee : anatomy, management and surgical techniques for reconstruction. Le collatéral médial est le ligament le plus fréquemment lésé du genou ; la plupart des lésions des structures médiales résultent de forces en valgus, appliquées par choc direct sur la face latérale de la cuisse ou de la jambe, ou associées à une rotation externe du tibia sur un fémur fixé — tacles latéraux, ski, changements de direction sur pied bloqué ; incidence rapportée de 0,24 pour 1000 par an, deux fois plus élevée chez les hommes ; la majorité des lésions sont isolées et surviennent chez de jeunes sportifs ; la probabilité d’une lésion associée du croisé antérieur augmente avec la sévérité, jusqu’à 78 % des lésions de stade 3 s’accompagnant d’une rupture du croisé antérieur.
  3. Roth J, Taylor DC. Management of acute isolated medial and posteromedial instability of the knee. Sports Medicine and Arthroscopy Review, 2015. Les stades 1 et 2 isolés sont classiquement traités sans chirurgie avec d’excellents résultats ; les stades 3 isolés sont moins fréquents et plus controversés, certains travaux rapportant des résultats acceptables sans chirurgie tandis que la plupart des auteurs recommandent un traitement chirurgical. Données complémentaires : Medial and lateral collateral ligament injuries, PM&R KnowledgeNow, American Academy of Physical Medicine and Rehabilitation — le collatéral latéral cicatrise moins bien que le collatéral médial ; une avulsion du collatéral latéral au niveau du péroné signale habituellement une atteinte associée du coin postéro-latéral ; une réparation peut être indiquée dans les stades 3 isolés du collatéral latéral avec instabilité en varus persistante malgré le traitement conservateur. Gradation de l’ouverture de l’interligne au test en valgus à 30 degrés : Medial collateral ligament injury : a new classification based on MRI and clinical findings — 3 à 5 mm, 6 à 10 mm, plus de 10 mm.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Les délais indiqués sont des ordres de grandeur : la reprise se décide sur des critères cliniques et fonctionnels, avec le professionnel qui vous suit. Une laxité franche, un gonflement important, une instabilité persistante, un blocage articulaire, ou des fourmillements et une faiblesse du pied après un traumatisme externe imposent une consultation. Les tests de laxité décrits relèvent d’un examen professionnel et ne doivent pas être reproduits sur un genou traumatisé.