La Fibromyalgie : Symptômes et stratégies de prise en charge
- 25 février 2025
La fibromyalgie est une maladie chronique qui se manifeste par des douleurs diffuses, une fatigue intense et des troubles du sommeil. Elle concerne environ 1,6 % des Français, avec une prévalence 7 à 10 fois plus élevée chez les femmes.
Malgré son impact considérable sur la qualité de vie, cette pathologie reste encore mal comprise et souvent mal diagnostiquée car le diagnostic est souvent retardé, ce qui entraîne une errance médicale prolongée.
Classée parmi les douleurs « noci-plastiques », c’est à dire elle ne résulte pas d’une lésion tissulaire ou inflammatoire, mais d’un dysfonctionnement du système nerveux central qui amplifie la perception de la douleur. Heureusement, plusieurs stratégies permettent de soulager les symptômes et d’améliorer la qualité de vie.
Symptômes de la fibromyalgie
La fibromyalgie est une maladie multisymptomatique, ce qui signifie qu’elle affecte plusieurs fonctions du corps en plus des douleurs chroniques.
1.Douleurs diffuses et persistantes
Le symptôme principal est une douleur chronique généralisée, qui touche aussi bien les muscles, les tendons et les articulations, souvent décrite comme une sensation de brûlure, de piqûres ou de courbatures profondes. La douleur :
-Dure depuis plus de trois mois.
-Est présente des deux côtés du corps.
-Peut être influencée par des facteurs environnementaux (froid, humidité), le stress ou le manque de sommeil.
2.Fatigue chronique et troubles du sommeil
-Sensation de fatigue intense même après une nuit complète de sommeil.
-Difficulté d’endormissement et réveils fréquents.
–Syndrome des jambes sans repos pouvant s’ajouter et perturber le sommeil.
3.Troubles cognitifs (« fibro-brouillard »)
Les patients décrivent souvent des troubles de la mémoire et de la concentration, appelés « fibro-brouillard » :
-Difficultés à se concentrer et à suivre une conversation.
-Oubli de mots ou incapacité à organiser ses pensées.
-Ralentissement des fonctions cognitives.
4.Troubles émotionnels et anxiété
-Dépression et anxiété fréquentes, souvent dues à la douleur chronique.
-Sensibilité accrue au stress et aux stimuli sensoriels (lumières vives, bruits forts).
5.Autres symptômes courants
- Syndrome du côlon irritable (ballonnements, diarrhées, constipation).
- Maux de tête fréquents (migraine, céphalées de tension).
- Syndrome de Raynaud (extrémités froides et douloureuses).
- Douleurs pelviennes et troubles menstruels.
Comment diagnostiquer la fibromyalgie ?
1. Un diagnostic basé sur une évaluation clinique
Le diagnostic repose sur l’observation clinique car aucun test biologique ou imagerie ne permet de détecter directement cette maladie. Il s’effectue en six étapes clés :
-Évaluation de la douleur : Localisation, intensité, durée et caractéristiques des douleurs.
-Analyse des symptômes associés : Fatigue chronique, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles digestifs.
-Antécédents médicaux et psychosociaux : Événements stressants ou traumatiques, pathologies associées.
-Antécédents familiaux : Facteurs génétiques et prédisposition.
-Examen clinique approfondi : Recherche de points douloureux et évaluation de la mobilité.
-Examens complémentaires (si nécessaire) : Pour exclure d’autres pathologies similaires (arthrite, lupus, hypothyroïdie, sclérose en plaques).
2. Le questionnaire FiRST : un outil de dépistage efficace
Le Fibromyalgia Rapid Screening Tool (FiRST), mis au point en 2010, permet un dépistage rapide avec une sensibilité et une spécificité de 90 %. Une réponse positive à cinq questions sur six indique une forte probabilité de fibromyalgie.
3. Les critères diagnostiques révisés en 2016
Le diagnostic repose désormais sur :
– Présence de douleurs diffuses dans au moins 4 régions sur 5 du corps.
–Symptômes persistants depuis plus de trois mois.
–Score de douleur et de sévérité basé sur les tableaux WPI (Widespread Pain Index) et SSS (Symptom Severity Scale).
Important : La présence d’une autre pathologie n’exclut pas la fibromyalgie. Elle peut être associée à d’autres maladies chroniques.
Différencier la fibromyalgie des autres pathologies
1. Maladies pouvant mimer une fibromyalgie
Plusieurs maladies présentent des symptômes similaires, ce qui complique le diagnostic :
- Maladies rhumatismales : Polyarthrite rhumatoïde, lupus, spondylarthrite ankylosante.
- Pathologies neurologiques : Sclérose en plaques, neuropathies périphériques.
- Troubles métaboliques : Hypothyroïdie, carences en vitamine D, diabète.
- Effets secondaires de médicaments : Statines, opioïdes, chimiothérapies.
2. Impact psychologique et comorbidités fréquentes
La fibromyalgie est souvent associée à :
–Anxiété : 35 à 62 % des patients.
–Dépression : 58 à 86 % des cas.
–Syndrome de stress post-traumatique (PTSD) : 60 % des patients.
Quelle prise en charge pour la fibromyalgie ?
Une approche multidisciplinaire
Il n’existe pas de traitement curatif pour la fibromyalgie. La meilleure prise en charge repose sur une combinaison de traitements non médicamenteux et médicamenteux, adaptés à chaque cas. On a de plus en plus à adopter une approche personnalisée de la prise en charge.
Traitement médicamenteux de la fibromyalgie
Le traitement médicamenteux de la fibromyalgie vise à réduire la douleur, améliorer le sommeil et atténuer les troubles associés (fatigue, anxiété, dépression). Cependant, aucun médicament ne permet de guérir la fibromyalgie, et leur efficacité reste souvent partielle. Les médicaments ne sont pas recommandés en première intention, mais peuvent être envisagés chez certains patients en complément des approches non médicamenteuses.
L’activité physique, un traitement naturel efficace
L’idée que l’activité physique pourrait aggraver la fibromyalgie est une fausse croyance largement répandue. En réalité, le sport est l’un des traitements non médicamenteux les plus efficaces pour soulager les symptômes et améliorer la qualité de vie des patients atteints de cette maladie chronique.
Pourquoi le sport est-il bénéfique pour les personnes atteintes de fibromyalgie ?
L’exercice physique agit sur plusieurs mécanismes physiologiques et neurologiques impliqués dans la fibromyalgie :
- Diminution de la perception de la douleur : L’activité physique stimule la sécrétion d’endorphines, des neurotransmetteurs aux effets antalgiques naturels. Elle aide également à réduire l’hyperexcitabilité du système nerveux central, qui est souvent observée chez les patients fibromyalgiques.
- Amélioration du sommeil : Une activité physique régulière contribue à réguler le cycle veille-sommeil, facilitant l’endormissement et réduisant les réveils nocturnes. De nombreux patients rapportent un sommeil plus profond et plus réparateur après quelques semaines de pratique sportive.
- Réduction de la fatigue chronique : Contrairement à ce que l’on pourrait penser, bouger régulièrement ne fatigue pas davantage, mais aide au contraire à renforcer l’endurance et à limiter l’épuisement ressenti au quotidien.
- Amélioration de la mobilité et de la souplesse : Le sport préserve les articulations et les muscles, souvent touchés par des raideurs et des tensions musculaires importantes. Il empêche également la perte de masse musculaire et le déconditionnement physique, fréquents chez les patients inactifs.
- Réduction du stress et de l’anxiété : La fibromyalgie est souvent associée à des troubles de l’humeur, comme l’anxiété et la dépression. L’exercice physique stimule la libération de sérotonine et de dopamine, hormones essentielles pour le bien-être mental.
- Meilleure circulation sanguine et oxygénation des tissus : Une bonne circulation sanguine contribue à réduire les tensions musculaires et à améliorer la sensation de bien-être après l’effort.
Quels types d’activités physiques sont recommandés pour les patients fibromyalgiques ?
Tous les sports ne sont pas adaptés aux patients atteints de fibromyalgie. Il est essentiel de privilégier des exercices doux et progressifs, sans impact excessif sur les muscles et les articulations.
1️⃣ Activités aérobiques légères: Ces exercices améliorent l’endurance cardiovasculaire et musculaire sans provoquer de chocs ou de traumatismes articulaires.
Exemples :
Marche (idéalement sur terrain plat)
Vélo d’appartement (à intensité modérée)
Natation et aquagym (l’eau réduit l’impact et favorise la mobilité)
2️⃣ Exercices de souplesse et d’étirements: Ces disciplines améliorent la mobilité, diminuent les tensions musculaires et favorisent la relaxation. Exemples :
Yoga (idéal pour améliorer la souplesse et calmer l’esprit)
Tai Chi et Qi Gong (mouvements lents favorisant la relaxation musculaire)
Stretching doux (réduction de la rigidité musculaire)
3️⃣ Renforcement musculaire doux: Maintenir une musculature tonique protège les articulations et réduit les douleurs posturales.
Exemples :
Exercices avec élastiques (résistance légère pour éviter les microtraumatismes)
Pilates (excellente option pour renforcer les muscles profonds sans stress excessif)
Exercices de gainage doux (stimulation des muscles stabilisateurs sans pression excessive)
4️⃣ Exercices en eau tiède (balnéothérapie, aquagym): L’eau réduit la pression sur les articulations, facilite les mouvements et procure un effet massant et relaxant.
Bénéfices :
-Effet antalgique grâce à la chaleur de l’eau
-Diminution des tensions musculaires
-Amélioration de la circulation sanguine
Comment intégrer l’activité physique dans son quotidien sans aggraver les symptômes ?
Même si l’exercice est bénéfique, il doit être introduit progressivement pour éviter une exacerbation des douleurs.
- Commencer en douceur : Des séances de 5 à 10 minutes peuvent suffire au début. L’objectif est d’augmenter progressivement la durée et l’intensité.
- Privilégier la régularité : Mieux vaut pratiquer plusieurs fois par semaine (3 à 5 séances de 20-30 minutes) plutôt qu’une séance intense une fois par mois.
- Écouter son corps : Ne pas forcer si une douleur excessive apparaît. L’alternance entre jours d’exercice et jours de récupération est essentielle.
- Opter pour une approche ludique : Choisir une activité qui plaît permet de maintenir la motivation sur le long terme.
Bon à savoir : Une étude publiée dans la revue Cochrane Database of Systematic Reviews en 2011 a démontré que l’activité physique améliore significativement la qualité de vie des patients fibromyalgiques en réduisant la douleur et la fatigue.
Activités à éviter en cas de fibromyalgie
- Sports à impacts élevés : Course à pied, saut, sports de combat (risque de traumatismes).
- Exercices intenses de musculation : Charges lourdes, répétitions excessives (risque de microtraumatismes).
- Exercices brusques ou violents : Tennis, squash, crossfit (demande trop d’efforts aux muscles).
Résumé
La fibromyalgie est une maladie complexe, mais une prise en charge adaptée et multidisciplinaire permet d’améliorer la qualité de vie. Le diagnostic précoce, l’éducation du patient et les stratégies non médicamenteuses doivent être privilégiés.
Loin d’être un facteur aggravant, le sport est un véritable traitement naturel contre la fibromyalgie. En plus de réduire la douleur et la fatigue, il améliore la qualité de vie en agissant sur le bien-être physique et mental.
Les clés du succès :
- Choisir des exercices doux et adaptés (yoga, natation, marche).
- Introduire l’activité progressivement pour éviter toute aggravation des symptômes.
- Pratiquer régulièrement (3 à 5 séances/semaine) pour maximiser les bienfaits.
- Se faire accompagner par un professionnel (kinésithérapeute, éducateur en activité physique adaptée) pour construire un programme sécurisé.
Avec une approche adaptée et personnalisée, l’activité physique devient un bon pour mieux vivre avec la fibromyalgie.
RÉFÉRENCES
-Macfarlane GJ et al. (2017). « EULAR recommendations for the management of fibromyalgia. » Ann Rheum Dis.
-Busch AJ et al. (2011). « Exercise therapy for fibromyalgia. » Cochrane Database Syst Rev.
-Perrot S, Bouhassira D, Fermanian J, Cercle d’étude de la douleur en rhumatologie. Development and validation of the Fibromyalgia Rapid Screening Tool (FiRST). Pain 2010;150:250-6.
-Wolfe F, Clauw D J, Fitzcharles MA, et al. 2016 Revisions to the 2010/2011fibromyalgia diagnostic criteria. Semin Arthritis Rheum 2016;46:319-29.
-Laroche F. Fibromyalgie. EMC – Appareil locomoteur 2023;15-916-A-10.
-Inserm. Expertise collective. Fibromyalgie. Octobre 2020. https://bit.ly/3CVp5bJ
-Häuser W, Perrot S, Sommer C, et al. Diagnostic confounders of chronic widespread pain: Not always fibromyalgia. Pain Reports 2017;2:e598.