Bursite chez les sportifs : causes, symptômes et traitements
En bref : voici ce que la médecine moderne a changé, et que presque aucun article français ne dit : la « bursite » n’existe pas là où on croit qu’elle est. À la hanche, l’échographie de 877 patients montre que seuls 8 % ont une bursite isolée — le vrai problème est une tendinopathie des fessiers. Le terme « bursite trochantérienne » est aujourd’hui considéré comme impropre. Et cela change tout : on ne traite pas un tendon comme on traite une inflammation. En revanche, au genou et au coude, la bursite est bien réelle — et c’est là que se cache un risque grave : une bursite sur trois est infectée. Ce guide fait le tri, avec les recommandations françaises 2023.
La bourse séreuse : à quoi ça sert
Une bourse séreuse est un petit sac aplati, rempli d’une fine couche de liquide. Son rôle est mécanique : réduire les frottements là où un tendon, un muscle ou la peau glisse sur un relief osseux. C’est un coussinet lubrifiant.
Le corps en compte plus d’une centaine. Une bursite, c’est l’inflammation de l’une d’elles. Jusque-là, tout est simple. La suite l’est beaucoup moins.
La distinction que personne ne fait : superficielles contre profondes
Toutes les « bursites » ne se valent pas. La différence anatomique fondamentale, c’est la profondeur — et elle commande absolument tout : le diagnostic, le risque, et le traitement.
| Bourses superficielles | Bourses profondes | |
|---|---|---|
| Localisations | Genou (prépatellaire), coude (olécrânienne) | Hanche (trochantérienne), épaule (subacromiale) |
| Sous la peau ? | Oui — juste sous la peau, sur l’os | Non — profondément enfouies sous les muscles |
| Visible / palpable ? | Oui : gonflement net, « œuf » sous la peau | Non : rien à voir, rien à sentir |
| Vraie bursite ? | Oui, c’est bien la bourse le problème | Rarement. Le problème est ailleurs — le plus souvent le tendon |
| Risque d’infection | Réel et important | Quasi nul |
| Traitement | Protection, décharge, et antibiotiques si infection | Renforcement musculaire — on charge, on ne repose pas |
Hanche : « bursite trochantérienne » est un terme dépassé
C’est le diagnostic le plus souvent posé — et le plus souvent faux.
La bourse n’est presque jamais le vrai problème. Dans une série de 877 patients souffrant de douleur latérale de hanche, explorés par échographie (Long et coll.), on retrouve : 49,9 % de tendinopathie fessière, 29,1 % d’atteinte du fascia lata, 20,2 % de bursite — mais seulement 8,1 % de bursite isolée, sans tendinopathie associée.
L’IRM confirme. Bird et coll., sur des patients présentant les mêmes symptômes : 62,5 % de tendinopathie du moyen fessier, 45,8 % de fissures partielles ou complètes de ce tendon — et 8,3 % de bursite.
Le liquide dans la bourse est une conséquence, pas la cause. Quand du liquide s’y accumule, c’est en réaction au tendon abîmé qui se trouve juste à côté.
Le vocabulaire médical a suivi. On parle désormais de syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT). Les ouvrages de référence qualifient explicitement « bursite trochantérienne » de terme impropre pour désigner l’ensemble des douleurs latérales de hanche.
Pourquoi cela change radicalement le traitement
Voici l’enjeu, et il est considérable :
- Si vous croyez à une inflammation de bourse → vous mettez au repos, vous glacez, vous infiltrez. Logique.
- Si vous savez qu’il s’agit d’une tendinopathie → vous faites l’inverse : vous chargez le tendon. Un tendon abîmé se répare par la contrainte progressive, pas par le repos.
L’essai qui a tranché. Mellor et coll. (British Medical Journal, 2018) ont comparé trois stratégies chez des patients souffrant de douleur latérale de hanche : éducation + exercice, infiltration de corticoïdes, ou abstention. À 8 semaines comme à 52 semaines, l’association éducation + exercice s’est montrée supérieure à l’infiltration et à l’abstention sur l’amélioration globale et la douleur.
Le titre même de cet essai est révélateur : il porte sur la tendinopathie fessière — pas sur une bursite.
Épaule : même histoire, autre nom
La « bursite sous-acromiale » suit exactement le même chemin. Le modèle classique — une bourse pincée sous l’acromion par un « conflit » mécanique — a été largement remis en question.
La terminologie actuelle privilégie le terme de syndrome douloureux sous-acromial, précisément parce qu’on ne sait pas toujours quelle structure fait mal : bourse, tendons de la coiffe, ou les deux. Et là encore, le traitement de référence est l’exercice, pas le repos ni l’infiltration.
Genou et coude : là, ce sont de vraies bursites
Changement complet de décor. Les bourses prépatellaire (devant la rotule) et olécrânienne (à la pointe du coude) sont superficielles : juste sous la peau, posées sur l’os. Quand elles s’enflamment, ça se voit.
- Un gonflement net et mou, souvent décrit comme un « œuf » ou une balle de golf sous la peau.
- Une douleur à l’appui direct : s’agenouiller, poser le coude sur la table.
- Une gêne mécanique plus qu’une vraie limitation de mouvement.
Les causes sont franches : appuis répétés (lutte, volley, carrelage, plomberie, jardinage), chocs directs, chutes. On les appelle d’ailleurs « genou de la femme de ménage » ou « coude de l’étudiant ».
Mais leur position superficielle a une contrepartie redoutable.
Le risque à ne jamais négliger : la bursite septique
Une bursite superficielle sur trois est infectée. C’est la donnée la plus importante de cet article. Parce que la bourse est juste sous la peau, une simple éraflure, une piqûre ou une plaie minime suffit à laisser entrer une bactérie.
Consultez rapidement devant :
- Une rougeur franche de la peau au-dessus du gonflement
- Une chaleur locale marquée
- De la fièvre ou des frissons
- Une douleur au repos, qui ne cède pas
- Une plaie, éraflure ou piqûre à proximité, même ancienne
- Une aggravation rapide en quelques heures
La Société Française de Rhumatologie a publié en 2023 des recommandations dédiées aux bursites septiques prépatellaires et olécrâniennes (Darrieutort-Laffite et coll., Joint Bone Spine, 2024), élaborées selon la méthodologie de la Haute Autorité de Santé.
Le diagnostic est clinique. Dans la plupart des cas, aucun examen complémentaire n’est nécessaire. L’échographie ou la ponction de la bourse peuvent aider dans les situations douteuses.
En l’absence de critère de gravité, la prise en charge est ambulatoire, avec une antibiothérapie probabiliste par voie orale, pendant 10 jours.
L’hospitalisation est envisagée en cas de signes de gravité d’emblée, ou d’évolution défavorable dans les 3 à 5 jours suivant le début du traitement ambulatoire.
La tentation est grande de vider soi-même cette poche de liquide. Ne le faites pas. Vous transformeriez une bursite aseptique bénigne en porte d’entrée infectieuse. La ponction est un geste médical, réalisé dans des conditions d’asepsie, et le liquide prélevé doit être analysé — c’est justement lui qui dira s’il y a infection.
Le traitement, selon la vraie cause
| Situation | Ce qu’il faut faire | Ce qu’il ne faut pas faire |
|---|---|---|
| Genou / coude — aseptique | Protéger l’appui (genouillère, coudière avec mousse), réduire la charge, éviter l’agenouillement prolongé. Guérison habituelle en quelques semaines | Percer soi-même ; poursuivre les appuis directs |
| Genou / coude — suspicion d’infection | Consulter sans délai. Diagnostic clinique, antibiothérapie orale 10 jours en ambulatoire si pas de gravité | Attendre ; se rassurer sur l’absence de fièvre ; s’auto-médiquer |
| Hanche (SDGT) | Renforcer les abducteurs de hanche (moyen et petit fessier), éducation, charge progressive. Supérieur à l’infiltration à un an | Repos complet ; multiplier les infiltrations ; dormir sur le côté douloureux sans coussin |
| Épaule (syndrome sous-acromial) | Exercice thérapeutique : rotateurs, contrôle scapulaire, progression vers les gestes au-dessus de la tête | Immobiliser ; attendre passivement que ça passe |
Les corticoïdes soulagent, mais à court terme seulement. Ils peuvent lever un verrou douloureux quand la douleur empêche toute rééducation — c’est leur vraie indication.
À moyen terme, ils sont dépassés par l’exercice. L’essai de Mellor le montre clairement à un an pour la hanche. Multiplier les infiltrations sans jamais corriger la charge ni renforcer les muscles, c’est traiter le symptôme et entretenir le problème.
Prudence à proximité des tendons : les injections répétées de corticoïdes près d’un tendon ne sont pas anodines. Cette décision relève du médecin.
Rééduquer une douleur latérale de hanche
Puisque le problème est un tendon fessier, le traitement est un renforcement progressif. Voici la logique, à adapter avec votre kinésithérapeute.
- Supprimer la compression. C’est la première mesure, et elle est souvent négligée : ne dormez plus sur le côté douloureux sans coussin entre les genoux, ne croisez pas les jambes, évitez de vous tenir en appui sur une hanche. La compression du tendon contre l’os entretient la douleur.
- Isométriques indolores : contractions statiques des abducteurs, sans mouvement, pour calmer la douleur tout en sollicitant le tendon.
- Renforcement progressif : ponts fessiers, abductions contrôlées, pas latéraux avec élastique, travail du contrôle du bassin.
- Charge fonctionnelle : squats partiels, step-down, planche latérale, montées de marche.
- Réintroduction du sport : reprise progressive du volume, puis de l’intensité, puis des gestes spécifiques.
Prévenir : ce qui marche vraiment
- Protégez les appuis : genouillères avec mousse pour les sports au sol et les métiers à genoux, coudières pour les appuis prolongés. C’est la mesure la plus efficace contre les vraies bursites.
- Renforcez les stabilisateurs : abducteurs de hanche, rotateurs et fixateurs de l’omoplate. C’est ce qui prévient les fausses bursites.
- Progressez graduellement : la plupart des cas naissent d’une hausse brutale de volume ou d’intensité. Voyez notre guide sur la gestion de la charge.
- Soignez la moindre plaie au genou ou au coude : désinfectez, protégez. Une éraflure banale est une porte d’entrée.
- Alternez les surfaces et évitez les appuis répétés sur du dur.
- Écoutez les signaux précoces : sensibilité au toucher, raideur, gêne à l’appui.
FAQ — La bursite
La bursite est l’un des diagnostics les plus mal posés de la médecine du sport. À la hanche et à l’épaule, le mot est trompeur : le coupable n’est pas la bourse, c’est le tendon. Et cette erreur de nom entraîne une erreur de traitement — on repose et on infiltre là où il faudrait renforcer.
Au genou et au coude, en revanche, la bursite est bien réelle, visible, palpable. Et là, une seule chose compte : une bursite superficielle sur trois est infectée. Devant un gonflement rouge et chaud, ne vous rassurez pas parce que vous n’avez pas de fièvre. Consultez. Et ne percez jamais vous-même.
Aller plus loin
- Darrieutort-Laffite C, Coiffier G, Aïm F, et al. 2023 French recommendations for diagnosing and managing prepatellar and olecranon septic bursitis. Joint Bone Spine, 2024;91(2):105664. doi:10.1016/j.jbspin.2023.105664 (Société Française de Rhumatologie, méthodologie HAS)
- Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. Education plus exercise versus corticosteroid injection use versus a wait and see approach on global outcome and pain from gluteal tendinopathy: prospective, single blinded, randomised clinical trial. BMJ, 2018;361:k1662. doi:10.1136/bmj.k1662
- Long SS, Surrey DE, Nazarian LN. Sonography of greater trochanteric pain syndrome and the rarity of primary bursitis. American Journal of Roentgenology, 2013;201(5):1083-1086.
- Bird PA, Oakley SP, Shnier R, Kirkham BW. Prospective evaluation of magnetic resonance imaging and physical examination findings in patients with greater trochanteric pain syndrome. Arthritis & Rheumatism, 2001;44(9):2138-2145.
- Pieters L, Lewis J, Kuppens K, et al. An update of systematic reviews examining the effectiveness of conservative physical therapy interventions for subacromial shoulder pain. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2020;50(3):131-141. doi:10.2519/jospt.2020.8498
- Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome: a review of diagnosis and management in general practice. British Journal of General Practice, 2017;67(663):479-480.
- StatPearls (NCBI Bookshelf) — Bursitis, Olecranon Bursitis, Prepatellar Bursitis, Septic Bursitis, Greater Trochanteric Pain Syndrome.
Cet article a une vocation informative. Il ne constitue ni un diagnostic, ni une prescription, ni un substitut à une consultation médicale. La bursite septique est une urgence : devant un gonflement rouge, chaud ou douloureux au repos du genou ou du coude — avec ou sans fièvre — consultez sans délai un médecin. Ne ponctionnez jamais une bourse vous-même. Le diagnostic ainsi que la conduite d’une rééducation, relèvent d’un professionnel de santé qualifié (médecin, kinésithérapeute) qui vous aura examiné. Toute infiltration, tout traitement anti-inflammatoire ou antibiotique relève d’une prescription médicale.