
En bref : le syndrome du canal carpien est la compression du nerf médian au poignet. Le signe le plus révélateur n’est pas la douleur mais les fourmillements nocturnes qui réveillent et obligent à secouer la main. Deux mises à jour importantes des recommandations : le diagnostic peut se poser cliniquement, sans électromyogramme systématique, et l’infiltration de corticoïdes n’apporte pas d’amélioration à long terme[1].
Ce qui se passe dans votre poignet
Le canal carpien est un tunnel étroit à la base de la paume. Son plancher et ses parois sont formés par les os du carpe, son toit par une bande fibreuse épaisse : le ligament annulaire antérieur du carpe. Dans ce tunnel passent neuf tendons fléchisseurs des doigts et, coincé juste sous le ligament, le nerf médian.
Ce nerf assure la sensibilité du pouce, de l’index, du majeur et de la moitié de l’annulaire, ainsi que la commande de certains muscles de la base du pouce. Quand la pression augmente dans le tunnel — par épaississement des gaines tendineuses, rétention de liquide ou réduction de volume — le nerf est comprimé. Il souffre d’abord par intermittence, puis de façon permanente.
Les symptômes qui comptent
- Fourmillements et engourdissements du pouce, de l’index, du majeur et de la moitié de l’annulaire. L’auriculaire n’est pas concerné : c’est un point de repère utile, car ce doigt dépend d’un autre nerf.
- Réveils nocturnes avec la main endormie, soulagés en secouant la main. Le symptôme le plus évocateur.
- Gêne dans les gestes maintenus : tenir un volant, un téléphone, un livre, un guidon de vélo.
- Maladresse et objets qui échappent : à un stade plus avancé, la perte de sensibilité fine gêne les gestes précis.
- Douleurs irradiant vers l’avant-bras, parfois jusqu’au coude ou à l’épaule, ce qui égare parfois le diagnostic.
- Fonte musculaire de la base du pouce : signe tardif, qui traduit une atteinte installée du nerf.
- Engourdissement devenu permanent, qui ne disparaît plus dans la journée.
- Perte de force du pouce ou creux visible à la base du pouce, du côté de la paume.
- Aggravation rapide des symptômes sur quelques semaines.
- Symptômes survenant après un traumatisme du poignet ou une fracture récente.
Un nerf comprimé longtemps récupère moins bien, même correctement opéré. Le délai de prise en charge influence le résultat : c’est l’argument principal pour ne pas repousser la consultation quand les signes s’installent.
Diagnostic : ce qui a changé
La mise à jour 2024 des recommandations américaines retient, avec un niveau de preuve fort, qu’un outil d’évaluation clinique structuré — le CTS-6, fondé sur l’interrogatoire et l’examen — peut être utilisé pour poser le diagnostic à la place du recours systématique à l’échographie ou à l’électromyogramme, examens coûteux et parfois douloureux[1].
Cela ne signifie pas que l’électromyogramme est inutile. Il conserve son intérêt en cas de doute diagnostique, de tableau atypique, de suspicion d’atteinte associée du cou ou du nerf ulnaire, ou lorsqu’une évaluation de la sévérité est nécessaire avant une décision chirurgicale. Il devient facultatif dans les formes typiques, pas obsolète.
Les tests utilisés en consultation
- Test de Tinel : la percussion du canal reproduit des décharges dans les doigts concernés.
- Test de Phalen : maintenir les poignets fléchis une minute déclenche les fourmillements.
- Test de compression du canal : une pression prolongée sur le canal reproduit les symptômes.
- Évaluation de la force du pouce et de la sensibilité des doigts, comparées au côté opposé.
Causes et facteurs de risque
Dans la majorité des cas, aucune cause unique n’est retrouvée. Plusieurs facteurs augmentent cependant clairement le risque :
- Le sexe et l’âge : nettement plus fréquent chez les femmes, avec un pic entre 40 et 60 ans.
- Les variations hormonales : grossesse, où le syndrome est fréquent et régresse souvent après l’accouchement ; ménopause ; hypothyroïdie.
- Le diabète, qui fragilise les nerfs périphériques.
- La polyarthrite rhumatoïde et les rhumatismes inflammatoires, par épaississement des gaines des tendons.
- Le surpoids, facteur de risque constamment retrouvé.
- Les gestes professionnels associant force, répétitivité, positions extrêmes du poignet et vibrations. L’usage du clavier, longtemps incriminé, est un facteur beaucoup plus faible que ces trois-là.
- Les séquelles de fracture du poignet, qui réduisent le volume du canal.
Les traitements sans chirurgie
| Traitement | Ce qu’on peut en attendre |
|---|---|
| Orthèse de nuit | Attelle maintenant le poignet en position neutre pendant le sommeil. Première mesure à essayer dans les formes légères à modérées : elle agit précisément sur le mécanisme qui déclenche les réveils. |
| Adaptation des gestes | Modifier les positions de travail, alterner les tâches, corriger les prises en sport. Intérêt réel dans les formes débutantes liées à une sollicitation identifiable. |
| Infiltration de corticoïdes | Soulage souvent à court terme, mais un niveau de preuve fort indique qu’elle n’apporte pas d’amélioration à long terme[1]. Utile comme test ou pour passer un cap, pas comme solution durable. |
| Traiter la cause associée | Équilibrer un diabète, corriger une hypothyroïdie, prendre en charge un rhumatisme inflammatoire. Étape souvent négligée. |
| Anti-inflammatoires oraux, corticoïdes oraux | Effet limité et non durable sur cette pathologie. |
| Ultrasons, mobilisations neurodynamiques, laser | Le niveau de preuve est insuffisant pour les recommander comme traitement de fond. |
Quand opérer, et comment ça se passe
L’intervention consiste à sectionner le ligament annulaire qui forme le toit du canal, ce qui décomprime le nerf médian. Le ligament cicatrise ensuite en position élargie. C’est l’une des interventions les plus fréquentes de la chirurgie de la main.
- Deux techniques : à ciel ouvert par une courte incision dans la paume, ou sous endoscopie. Les résultats à six mois et au-delà sont comparables ; l’endoscopie permet un retour aux activités un peu plus rapide, au prix d’un risque plus élevé d’atteinte nerveuse transitoire.
- Sous anesthésie locale le plus souvent, en ambulatoire. Les recommandations 2024 soutiennent le recours à l’anesthésie locale seule[1].
- Les fourmillements nocturnes disparaissent souvent très vite, parfois dès les premières nuits. C’est le symptôme qui répond le mieux.
- La récupération de la sensibilité et de la force demande plus de temps, de quelques semaines à plusieurs mois selon l’ancienneté de la compression.
Les recommandations 2024 retiennent, avec un niveau de preuve modéré, que l’immobilisation par attelle ne devrait pas être utilisée après une libération du canal carpien, et que la rééducation supervisée ne devrait pas être prescrite de façon systématique[1].
Ce sont pourtant deux pratiques encore courantes. Si votre chirurgien les propose, il a peut-être une raison précise liée à votre cas — posez-lui la question plutôt que de supposer. Mais leur absence n’est pas un oubli : c’est ce que recommandent les données actuelles.
En résumé. Des fourmillements nocturnes du pouce, de l’index et du majeur qui réveillent et s’apaisent en secouant la main : le tableau est suffisamment typique pour que le diagnostic soit souvent clinique, sans électromyogramme systématique.
Dans les formes récentes et modérées, l’orthèse de nuit et l’adaptation des gestes méritent un essai sérieux. L’infiltration soulage un temps mais ne règle pas le problème sur la durée. Et devant un engourdissement devenu permanent ou une perte de force du pouce, il n’y a plus d’intérêt à attendre : un nerf comprimé trop longtemps récupère moins bien, même après une chirurgie réussie.
Aller plus loin
FAQ — Syndrome du canal carpien
Quels sont les premiers signes du canal carpien ?
Faut-il un électromyogramme pour le diagnostic ?
L’attelle de nuit est-elle efficace ?
Les infiltrations de cortisone guérissent-elles le canal carpien ?
Quand faut-il se faire opérer ?
Faut-il une attelle et de la rééducation après l’opération ?
Le canal carpien peut-il guérir tout seul ?
Sources et références
- American Academy of Orthopaedic Surgeons. Management of Carpal Tunnel Syndrome : Evidence-Based Clinical Practice Guideline, mise à jour publiée le 11 juin 2024, remplaçant l’édition de 2016. Recommandations citées : usage du CTS-6 en lieu et place du recours systématique à l’électromyogramme ou à l’échographie (preuve forte) ; absence d’amélioration à long terme après infiltration de corticoïdes (preuve forte) ; non-utilisation de l’immobilisation après libération chirurgicale et non-prescription systématique d’une rééducation supervisée postopératoire (preuve modérée). aaos.org
- Graham B, Peljovich AE, Afra R, Cho MS, Gray R, Stephenson J, Gurman A, MacDermid J, Mlady G, Patel AT, Rempel D, Rozental TD, Salajegheh MK, Keith MW. The American Academy of Orthopaedic Surgeons Evidence-Based Clinical Practice Guideline on : Management of Carpal Tunnel Syndrome. The Journal of Bone and Joint Surgery (American Volume), 2016 ;98(20) :1750-1754. doi:10.2106/JBJS.16.00719
- Open versus Endoscopic Carpal Tunnel Release : A Meta-analysis of Randomized Controlled Trials. Clinical Orthopaedics and Related Research, 2014. Résultats comparables à six mois et au-delà, retour au travail plus précoce et meilleure récupération de force en phase précoce après endoscopie, au prix d’un risque accru d’atteinte nerveuse transitoire et d’un risque moindre de gêne cicatricielle. doi:10.1007/s11999-014-3835-z
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical. Seul un professionnel de santé peut poser le diagnostic et proposer la prise en charge adaptée à votre situation. Devant un engourdissement permanent, une perte de force du pouce ou une aggravation rapide des symptômes, consultez sans tarder.


