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Syndrome rotulien: exercices, causes et comment reprendre le sport sans douleur

Syndrome rotulien : douleur antérieure du genou, localisée derrière et autour de la rotule, aggravée à la descente des escaliers
La douleur du syndrome rotulien est diffuse, sans point précis unique. — (Illustration © jemeremetsausport.com)

Le syndrome rotulien  ou syndrome fémoro-patellaire est une douleur mécanique sous la rotule, pas une lésion irréversible. Il se traite très bien avec les bons exercices.

5 points clés à retenir
  • Le syndrome rotulien est une douleur mécanique sous la rotule, pas une lésion irréversible.
  • La cause principale chez l’adulte qui reprend le sport : une progression de charge trop rapide combinée à des quadriceps insuffisamment préparés.
  • Le step-down excentrique est l’exercice de référence pour reconditionner le genou en phase de rééducation.
  • Éviter les squats profonds en phase aiguë (les premières 1 à 2 semaines) — travailler entre 0° et 45° de flexion.
  • Guérison en 4 à 12 semaines avec une rééducation bien conduite ; sans programme, les récidives sont fréquentes.

Qu’est-ce que le syndrome rotulien ?

Le syndrome rotulien — aussi appelé syndrome fémoro-patellaire ou genou du coureur — est une douleur localisée à l’avant du genou, derrière ou autour de la rotule.

La rotule est un petit os en forme de palet qui glisse dans une rainure du fémur à chaque flexion du genou. Quand ce glissement est mal guidé — par manque de force musculaire, mauvaise mécanique ou surcharge soudaine — la rotule frotte de façon excessive contre le fémur. Ce frottement répété irrite les tissus environnants et provoque la douleur.

Pourquoi ça fait mal dans ces situations précises ?

  • Descente des escaliers : la pression sous la rotule est maximale à 30-60° de flexion.
  • Position assise prolongée : le genou maintenu fléchi comprime durablement l’articulation fémoro-patellaire.
  • Accroupissement ou squat : même mécanique, même zone de compression.
Le point rassurantLe syndrome rotulien n’est pas une fracture, ni une lésion du cartilage irréversible. C’est un problème de charge mal dosée — et ça se traite très bien avec les bons exercices.

Les causes : pourquoi ça arrive, surtout en reprise de sport

La douleur à la rotule apparaît rarement par hasard. Chez l’adulte qui reprend une activité après une pause, plusieurs facteurs se cumulent souvent.

  • Quadriceps insuffisamment forts : le muscle avant de la cuisse guide la rotule. S’il est faible, la rotule dévie et frotte.
  • Fessiers et abducteurs de hanche trop peu sollicités : la hanche contrôle l’alignement du genou. Des fessiers faibles laissent le genou partir vers l’intérieur (valgus dynamique), ce qui augmente la pression rotulienne.
  • Valgus du genou : souvent aggravé par la fatigue musculaire en fin de séance.
  • Progression trop rapide : doubler son kilométrage en une semaine, reprendre les séances intenses après trois mois d’arrêt — c’est la cause numéro un chez les adultes qui reprennent le sport.
  • Surentraînement sans récupération suffisante : trop de séances, pas assez de jours de repos.
  • Chaussures inadaptées ou usées : un amorti insuffisant ou un drop inadapté modifie la mécanique de course.
  • Terrain dur ou en descente : l’asphalte et les pentes augmentent les contraintes sur l’articulation fémoro-patellaire.
  • Manque d’échauffement : démarrer à froid rigidifie les tissus et amplifie les frottements.
Le point clé pour la reprise sportiveLe traitement du syndrome rotulien commence souvent par ralentir la progression — pas par s’arrêter complètement.

Les symptômes : reconnaître le syndrome rotulien

SymptômeQuand ça apparaîtSigne distinctif
Douleur antérieure du genou
(derrière ou autour de la rotule)
Pendant ou après l’effort, à la montée et à la descente des escaliersDouleur diffuse, pas de point précis unique
Signe du cinémaAprès 20-30 min en position assise, genou fléchiSoulagement en étendant la jambe
Crépitements
(craquement sous la rotule)
En montant les escaliers, en faisant un squatPas toujours douloureux, mais signe d’irritation
Aggravation à la descente
des escaliers et au squat
Dès les premiers degrés de flexion en chargePlus marqué en descente qu’en montée
Raideur matinaleAu réveil, après une nuit de reposDisparaît en quelques minutes de marche
Gonflement discretParfois, après une séance intensePas d’épanchement franc
Quand s’inquiéter davantage ?Si la douleur est accompagnée d’un gonflement important, d’un blocage du genou, d’une douleur nocturne intense ou d’une instabilité, consultez sans attendre — ce ne sont pas des signes typiques du syndrome rotulien.

Diagnostic : comment confirmer ?

Le diagnostic du syndrome rotulien est avant tout clinique — c’est-à-dire basé sur l’interrogatoire et l’examen physique, sans forcément avoir besoin d’une imagerie[3].

L’examen clinique

Le médecin recherche :

  • Une douleur reproductible à la palpation du pourtour de la rotule.
  • Une douleur à la compression de la rotule contre le fémur.
  • Une douleur au squat unilatéral ou à la descente d’une marche.
  • Un valgus dynamique du genou à l’observation du mouvement.

Le test de Clarke : le praticien appuie sur la rotule et demande au patient de contracter le quadriceps. Un test positif — douleur reproduite — oriente vers le syndrome fémoro-patellaire, mais ce test seul ne suffit pas à poser le diagnostic.

L’imagerie : radiographie et IRM

  • Radiographie : utile pour éliminer une fracture, une arthrose ou une anomalie osseuse (rotule haute). Elle ne montre pas le syndrome rotulien lui-même.
  • IRM : indiquée si la douleur persiste malgré 6 à 8 semaines de rééducation bien conduite, ou si le tableau clinique est atypique. Elle peut révéler une chondromalacie rotulienne ou une autre pathologie associée.

Quand consulter sans attendre ?

Consultez sans attendre si
  • Douleur intense au repos ou la nuit.
  • Gonflement important du genou.
  • Sensation de blocage ou d’instabilité.
  • Douleur après un traumatisme direct.
  • Absence d’amélioration après 3 semaines d’exercices bien faits.

Les 7 exercices pour soigner le syndrome rotulien

Ces exercices de renforcement sont classés par progression. Commencez par les premiers et avancez seulement si vous êtes à ≤ 2/10 de douleur pendant et après l’exercice.

1. Contraction isométrique du quadriceps

Niveau : débutant · sans matériel · phase aiguë

Contraction isométrique du quadriceps : allongé sur le dos, serviette roulée sous le genou fléchi à 5-10°, quadriceps et vaste médial mis en évidence
Serviette roulée sous le genou : la contraction se fait sans aucun mouvement articulaire.
  • Position de départ : allongé sur le dos, jambe tendue, une serviette roulée sous le genou pour le maintenir légèrement fléchi (5-10°).
  • Exécution : contractez le quadriceps en appuyant le creux du genou contre la serviette. Tenez 5 à 10 secondes, relâchez doucement.
  • Séries : 3 séries de 10 contractions, 2 fois par jour.
Conseil de sécuritéAucune douleur ne doit apparaître. Si c’est le cas, réduisez l’intensité de la contraction.

Cet exercice de base réactive le quadriceps sans contrainte articulaire. Idéal les premiers jours.

2. Élévation de jambe tendue

Niveau : débutant · sans matériel

Élévation de jambe tendue : une jambe pliée pied à plat, l'autre tendue montée à environ 45°, bas du dos plaqué au sol
Le quadriceps se contracte avant la montée : le genou ne doit pas se plier.
  • Position de départ : allongé sur le dos, une jambe pliée (pied à plat), l’autre tendue.
  • Exécution : contractez le quadriceps de la jambe tendue, puis soulevez-la jusqu’à la hauteur du genou opposé (environ 45°). Tenez 2 secondes en haut, redescendez lentement.
  • Séries : 3 séries de 12 répétitions par jambe.
Conseil de sécuritéNe laissez pas le bas du dos se creuser. Si c’est le cas, réduisez la hauteur de montée.

3. Mini squat contrôlé (0-45°)

Niveau : débutant · sans matériel

Mini squat contrôlé vu de face : genoux dans l'axe des orteils, amplitude limitée à 45°, avec le valgus du genou signalé comme erreur
Le repère décisif : le genou reste dans l’axe des orteils, jamais vers l’intérieur.
  • Position de départ : debout, pieds écartés à la largeur des hanches, légèrement tournés vers l’extérieur. Mains sur les hanches ou sur un mur pour l’équilibre.
  • Exécution : fléchissez les genoux lentement jusqu’à 45° maximum (pas plus bas en phase aiguë). Vérifiez que les genoux restent dans l’axe des orteils — pas vers l’intérieur. Remontez en 2 secondes.
  • Séries : 3 séries de 10 répétitions.
Conseil de sécuritéArrêtez si la douleur dépasse 2/10. Évitez les squats profonds (au-delà de 90°) tant que la douleur n’est pas résolue.

4. Pont fessier

Niveau : débutant · sans matériel — voyez notre guide complet du pont fessier.

Pont fessier : bassin décollé formant une ligne droite épaules-hanches-genoux, genoux fléchis à 90°, fessiers et ischio-jambiers mis en évidence
Serrez les fessiers avant de décoller le bassin, sans cambrer le bas du dos.
  • Position de départ : allongé sur le dos, genoux fléchis à 90°, pieds à plat au sol, bras le long du corps.
  • Exécution : contractez les fessiers et soulevez le bassin jusqu’à former une ligne droite épaules-hanches-genoux. Tenez 2 secondes en haut, redescendez lentement.
  • Séries : 3 séries de 15 répétitions.
Conseil de sécuritéNe cambrez pas le bas du dos en haut du mouvement. Pour progresser : réalisez l’exercice sur une jambe.

Le pont fessier renforce les muscles fessiers, essentiels pour contrôler l’alignement du genou à la course.

5. Abduction de hanche avec élastique

Niveau : intermédiaire · élastique de résistance légère

Abduction de hanche avec élastique : position athlétique debout, élastique aux chevilles, une jambe écartée latéralement, moyen fessier mis en évidence
Le bassin reste horizontal : c’est le moyen fessier qui travaille, pas le tronc.
  • Position de départ : debout, élastique autour des chevilles ou des genoux, légèrement fléchi sur les deux jambes (position athlétique).
  • Exécution : écartez une jambe sur le côté en gardant le tronc droit et le genou de la jambe d’appui stable. Revenez lentement. Alternez les côtés.
  • Séries : 3 séries de 12 répétitions par jambe.
Conseil de sécuritéGardez les orteils pointés vers l’avant. Ne laissez pas le bassin basculer.

6. Step-down excentrique

Niveau : intermédiaire · une marche ou un step — l’exercice clé du syndrome rotulien

Step-down excentrique : descente contrôlée sur une jambe depuis une marche de 10 à 15 cm, talon de la jambe libre frôlant le sol
Toute la valeur de l’exercice est dans la descente : 3 à 5 secondes, genou dans l’axe.
  • Position de départ : debout sur une marche (ou un step de 10-15 cm), sur une seule jambe, la jambe libre dans le vide.
  • Exécution : fléchissez lentement le genou de la jambe d’appui en 3 à 5 secondes, jusqu’à ce que le talon de la jambe libre frôle le sol. Remontez en vous aidant des deux jambes si nécessaire. L’effort est concentré sur la descente — la phase excentrique.
  • Séries : 3 séries de 8 à 10 répétitions par jambe.
Conseil de sécuritéContrôlez que le genou ne parte pas vers l’intérieur pendant la descente. Commencez avec une marche basse. Douleur tolérée : ≤ 3/10 pendant l’exercice, disparue dans l’heure qui suit.
Ce que dit la science

C’est l’exercice de référence du syndrome fémoro-patellaire : il reconditionne le quadriceps sous charge excentrique — le contrôle de la descente — exactement ce qui manque dans les activités du quotidien et de la course.

La thérapie par l’exercice est le traitement de première intention. Une revue systématique publiée dans le British Journal of Sports Medicine confirme que le renforcement du quadriceps et de la hanche apporte des bénéfices clairs à court terme sur la douleur et la fonction[1].

7. Fente latérale contrôlée

Niveau : intermédiaire · sans matériel — voyez notre guide des fentes.

Fente latérale contrôlée : pieds très écartés, un genou fléchi dans l'axe du pied, jambe opposée tendue en étirement des adducteurs
Le bassin part en arrière — on s’assoit sur le côté, on ne bascule pas en avant.
  • Position de départ : debout, pieds écartés deux fois la largeur des épaules, orteils légèrement tournés vers l’extérieur.
  • Exécution : fléchissez un genou en vous déplaçant latéralement, en gardant l’autre jambe tendue. Le genou fléchi reste dans l’axe du pied. Revenez au centre. Alternez les côtés.
  • Séries : 3 séries de 10 répétitions par côté.
Conseil de sécuritéNe laissez pas le genou dépasser la pointe du pied. Réduisez l’amplitude si la douleur dépasse 2/10.

Programme de rééducation : 4 semaines

SemainePhaseExercicesFréquenceCritère de progression
S1Phase aiguë — calmer l’irritationEx. 1 + Ex. 2 + Ex. 41 fois/jour
6 j/7
Douleur ≤ 2/10 au repos et à la marche
S2Renforcement de baseEx. 2 + Ex. 3 + Ex. 4 + Ex. 51 fois/jour
5 j/7
Descente des escaliers sans douleur
S3Renforcement fonctionnelEx. 3 + Ex. 4 + Ex. 5 + Ex. 61 fois/jour
4 j/7
Step-down ≤ 3/10, pas de douleur résiduelle le lendemain
S4Reprise fonctionnelleEx. 5 + Ex. 6 + Ex. 7 + marche active 20-30 min1 fois/jour
4 j/7
Marche rapide 30 min sans douleur : feu vert pour la course
Règle d’orSi la douleur dépasse 3/10 pendant un exercice, ou si elle est encore présente le lendemain matin, revenez à la semaine précédente.

Syndrome rotulien et course à pied : reprendre sans récidiver

La douleur de genou liée au syndrome rotulien est l’une des blessures les plus fréquentes chez les coureurs qui reprennent après une pause. Bonne nouvelle : avec la bonne progression, la reprise est tout à fait possible.

Quand peut-on reprendre la course ?

Trois critères doivent être réunis avant de rechausser les baskets :

  • Descente des escaliers sans douleur (ou ≤ 1/10).
  • Step-down sur une jambe sans douleur pendant 3 séries de 10 répétitions.
  • Marche rapide 30 minutes sans douleur pendant ni après.

Si ces trois cases sont cochées, vous pouvez démarrer le protocole de reprise.

Le protocole marche / course sur 6 semaines

Ce protocole est conçu pour les adultes qui reprennent après une pause. Chaque séance dure 25 à 30 minutes. Ne passez à la semaine suivante que si la douleur reste ≤ 2/10.

SemaineContenu de la séance
S1Marche 4 min / Course 1 min — répéter 5 fois
S2Marche 3 min / Course 2 min — répéter 5 fois
S3Marche 2 min / Course 3 min — répéter 5 fois
S4Marche 1 min / Course 4 min — répéter 5 fois
S5Course continue 20-25 min à allure facile
S6Course continue 30-35 min, terrain plat

Fréquence : 2 à 3 séances par semaine maximum, avec au moins un jour de repos entre chaque sortie.

Les erreurs à éviter à la reprise

ErreurPourquoi c’est un problème
Reprendre trop viteLa règle des 10 % — ne pas augmenter le volume hebdomadaire de plus de 10 % — s’applique particulièrement après un syndrome rotulien
Courir en descente dès le débutLes pentes augmentent massivement la pression fémoro-patellaire
Ignorer la douleurUne douleur > 3/10 pendant la course est un signal d’arrêt, pas un signal à passer en force
Abandonner le renforcement dès que la douleur disparaîtContinuez le renforcement au moins 6 semaines après la reprise
Courir sur asphalte dur sans transitionPrivilégiez les chemins stabilisés ou les pistes en tartan au début

Traitement complémentaire

Le traitement du syndrome rotulien ne se limite pas aux exercices. Plusieurs approches complémentaires peuvent aider — à condition de les utiliser à bon escient.

Genouillère rotulienne : oui, non, quand ?

  • Oui : une genouillère avec anneau rotulien — qui guide la rotule sans la comprimer — peut réduire la douleur à court terme et faciliter la reprise des activités. Utile comme aide temporaire, pas comme traitement de fond.
  • Non : elle ne remplace pas le renforcement musculaire. Portée en permanence, elle peut créer une dépendance et ne traite pas la cause.
  • Quand : lors des séances de sport ou des activités douloureuses, pendant les 2 à 4 premières semaines de rééducation.

Taping et semelles orthopédiques

  • Taping rotulien : la technique de McConnell consiste à repositionner légèrement la rotule avec du sparadrap rigide. Elle peut réduire la douleur de 30 à 50 % à court terme et faciliter la réalisation des exercices. À apprendre avec un kinésithérapeute.
  • Semelles orthopédiques : utiles si un problème de pronation — pied qui s’affaisse vers l’intérieur — contribue au valgus du genou. Un bilan podologique peut être pertinent si les exercices seuls ne suffisent pas.

Glace et anti-inflammatoires

  • Glace : 10 à 15 minutes après une séance douloureuse pour calmer l’irritation locale. Pas plus.
  • AINS : ils peuvent soulager temporairement, mais ne traitent pas la cause. À utiliser ponctuellement, pas en continu. Consultez votre médecin avant toute prise prolongée.
Position nuancéeDans l’esprit du protocole PEACE & LOVE, la priorité reste la charge progressive et contrôlée — pas le repos total ni la médication systématique. Voyez notre guide de la prise en charge des lésions des tissus mous.

Le rôle du kinésithérapeute

Un suivi en kinésithérapie est recommandé si :

  • La douleur ne s’améliore pas après 3 semaines d’exercices autonomes.
  • Vous avez du mal à réaliser les exercices correctement.
  • Vous souhaitez reprendre un sport à impact : course, tennis, ski.

Le kinésithérapeute peut affiner le diagnostic, corriger les compensations, proposer du taping et adapter le programme à votre profil.

Syndrome rotulien : combien de temps pour guérir ?

Gravité / SituationDélai estiméFacteurs qui accélèrentFacteurs qui ralentissent
Léger
(douleur < 4 semaines)
4 à 6 semainesExercices réguliers, repos relatif, bonne progressionContinuer à courir malgré la douleur
Modéré
(douleur depuis 1 à 3 mois)
6 à 10 semainesSuivi kiné, renforcement hanche et genouReprise trop rapide, manque de régularité
Chronique
(douleur > 3 mois)
10 à 16 semainesProgramme structuré, patience, éducation sur la douleurAnxiété, kinésiophobie, surpoids
Récidive6 à 8 semaines
si prise en charge rapide
Reprise immédiate des exercices de renforcementIgnorer les signaux d’alerte
Ce que dit la science

Ce qui est établi par la recherche : une revue systématique publiée dans le British Journal of Sports Medicine confirme que la thérapie par l’exercice — en particulier le renforcement du quadriceps et de la hanche — est le traitement de première intention, avec des bénéfices clairs à court terme sur la douleur et la fonction[1].

La comparaison des traitements a fait l’objet d’une revue vivante avec méta-analyse en réseau, qui confirme la place centrale de l’exercice parmi l’ensemble des options disponibles[2].

Comment éviter les récidives ?

Cinq règles simples pour ne pas retrouver cette douleur dans six mois.

  1. Renforcement préventif continuMaintenez 2 séances de renforcement du quadriceps et des fessiers par semaine, même quand vous ne ressentez plus rien.
  2. Progression de charge respectéeAugmentez le volume ou l’intensité de 10 % maximum par semaine. Pas plus.
  3. Échauffement systématique5 à 10 minutes de marche active ou de vélo léger avant chaque séance. Les tissus froids frottent plus.
  4. Chaussures adaptées et renouveléesUne chaussure de course perd 30 à 40 % de son amorti après 600 à 800 km. Vérifiez l’usure régulièrement.
  5. Écoute du corpsUne douleur à 2/10 qui persiste plus de 48 heures après une séance est un signal. Réduisez la charge, ne l’ignorez pas.

FAQ — Syndrome rotulien

C’est une douleur mécanique à l’avant du genou, causée par un mauvais guidage de la rotule sur le fémur. On parle aussi de syndrome fémoro-patellaire. Ce n’est pas une fracture ni une lésion grave — c’est un problème de charge et de force musculaire.
Rarement, sans rien faire. Le repos seul ne traite pas la cause — le manque de force musculaire. Sans exercices ciblés, la douleur revient dès la reprise d’activité. Avec un programme adapté, la guérison est la règle.
Pas en phase aiguë. Dès que la douleur descend sous 3/10 et que les critères de reprise sont réunis — escaliers sans douleur, step-down sans douleur — on peut reprendre progressivement avec le protocole marche/course décrit plus haut.
Entre 4 et 12 semaines selon la gravité et la régularité de la rééducation. Les formes chroniques, au-delà de 3 mois, peuvent nécessiter 3 à 4 mois de travail sérieux.
Oui, comme aide temporaire pour réduire la douleur à court terme. Non, comme traitement de fond. Elle ne remplace pas le renforcement musculaire.
Pas systématiquement. Un programme d’exercices bien suivi peut suffire pour les formes légères à modérées. Le kinésithérapeute devient indispensable si la douleur persiste après 3 semaines d’exercices, si vous avez du mal à progresser seul, ou si vous reprenez un sport à impact.
Le syndrome rotulien, ou syndrome fémoro-patellaire, est un diagnostic clinique basé sur les symptômes et la mécanique. La chondromalacie rotulienne désigne une atteinte structurelle du cartilage de la rotule, visible à l’IRM ou à l’arthroscopie. Les deux peuvent coexister, mais le syndrome rotulien n’implique pas forcément de lésion cartilagineuse. Le traitement de première intention est identique : renforcement musculaire progressif.
Tout ce qui ne provoque pas de douleur supérieure à 3/10. Le vélo — selle haute, résistance faible —, la natation en évitant la brasse si elle est douloureuse, et la marche sur terrain plat sont généralement bien tolérés. Évitez la course, le ski, le tennis et les sports de pivot tant que les critères de reprise ne sont pas atteints.
Le step-down excentrique. Il reconditionne le quadriceps sur la phase de descente, exactement le geste qui déclenche la douleur au quotidien — descendre un escalier, une pente. C’est aussi un excellent test de progression : filmez-vous de face et vérifiez que le genou ne part pas vers l’intérieur. Il s’introduit en semaine 3, une fois la base installée.

Le syndrome rotulien est une douleur mécanique, pas une lésion irréversible. C’est une bonne nouvelle : il répond très bien à un programme d’exercices bien conduit, et la thérapie par l’exercice est le traitement de première intention reconnu[1].

Trois repères gouvernent la rééducation : restez entre 0 et 45° de flexion en phase aiguë ; le step-down excentrique est l’exercice qui change la donne, mais seulement une fois la base installée ; et ne reprenez la course qu’une fois les trois critères cochés — escaliers, step-down, marche rapide 30 minutes. Gardez enfin en tête l’erreur la plus coûteuse : arrêter le renforcement dès que la douleur disparaît. Continuez au moins six semaines après la reprise. Dès aujourd’hui, commencez par l’exercice 1 : trois séries de dix contractions, deux fois dans la journée.

Aller plus loin

  1. Neal BS, Lack SD, Bartholomew C, Morrissey D. Best practice guide for patellofemoral pain based on synthesis of a systematic review, the patient voice and expert clinical reasoning. British Journal of Sports Medicine. 2024;58(24):1486-1495. bjsm.bmj.com
  2. Winters M, Holden S, Lura CB, et al. Comparative effectiveness of treatments for patellofemoral pain : a living systematic review with network meta-analysis. British Journal of Sports Medicine. 2021;55(7):369-377. PMID 32878908
  3. Crossley KM, van Middelkoop M, Callaghan MJ, et al. 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. British Journal of Sports Medicine. 2016;50(14):839-843. bjsm.bmj.com
  4. Physio-Network. Renforcement pour les douleurs fémoro-patellaires. Ressource pédagogique à destination des kinésithérapeutes.
  5. Infosanté.be. Syndrome rotulien — syndrome douloureux fémoro-patellaire ou chondromalacie rotulienne. Guide d’information santé belge.
Avertissement Cet article a une vocation informative et éducative : il ne remplace pas un avis médical individualisé. Une douleur antérieure du genou persistante doit être évaluée par un médecin. Le diagnostic du syndrome rotulien est clinique et peut nécessiter une imagerie pour écarter d’autres causes — fracture, arthrose, lésion méniscale ou ligamentaire. Consultez sans attendre en cas de gonflement important, de blocage du genou, de sensation d’instabilité, de douleur nocturne intense, de douleur survenue après un traumatisme direct, ou d’absence d’amélioration après trois semaines d’exercices bien conduits. Les exercices proposés ne conviennent pas à toutes les situations : leur mise en œuvre gagne à être supervisée par un kinésithérapeute, notamment avant la reprise d’un sport à impact. Ne prenez pas d’anti-inflammatoires de façon prolongée sans avis médical.