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Le Kendo : L’Art du sabre japonais entre tradition et modernité

En bref : le kendo , « la voie du sabre », est l'escrime japonaise au sabre de bambou. Mais avant de pousser la porte d'un dojo, voici ce que presque aucun article ne vous dit : vous n'enfilerez pas d'armure avant six mois à un an. Vous passerez ces mois à frapper dans le vide et à travailler vos appuis. C'est là que la plupart des débutants abandonnent — et c'est aussi ce qui fait la valeur de la discipline. Ajoutez-y un équipement coûteux et une pratique bruyante et physiquement intense, à l'opposé du cliché méditatif. Ce guide vous dit tout, sans enjoliver.

Kendo : pratiquants en armure bogu avec sabre de bambou shinai dans un dojo
Le kendo. L'armure (bōgu) et le sabre de bambou (shinai) permettent de frapper réellement, en pleine puissance, sans se blesser.

La voie du sabre

Le kendo descend du kenjutsu, l'art du sabre des samouraïs. Mais il s'en distingue par une idée simple et géniale : remplacer le sabre d'acier par un sabre de bambou (shinai) et revêtir une armure (bōgu). Résultat : on peut frapper pour de vrai, de toutes ses forces, sans se blesser.

C'est ce qui sépare radicalement le kendo de l'iaido, son cousin : là où le iaido s'exécute seul, face à des adversaires imaginaires, le kendo se pratique dans l'affrontement direct, avec la vitesse, l'incertitude et la pression d'un vrai combat.

Une histoire mouvementée

  1. Le kenjutsu des samouraïs. L'art du sabre réel, enseigné dans des écoles (ryūha) depuis l'époque médiévale.
  2. L'époque Edo (1603-1868). La paix s'installe. Le sabre perd sa fonction guerrière — l'entraînement se codifie. C'est au cours de cette période que le shinai et les premières protections apparaissent, permettant enfin des assauts à pleine puissance.
  3. Vers 1920, le nom change. La discipline, jusque-là appelée gekiken ou kenjutsu, est rebaptisée kendo — « la voie du sabre » — sous l'impulsion du Dai Nippon Butoku Kai, la grande institution martiale de l'époque. Le suffixe marque le glissement : d'une technique de guerre vers un chemin de formation.
  4. 1945 : l'interdiction. Après la Seconde Guerre mondiale, les forces d'occupation interdisent le kendo, jugé trop lié au militarisme. La discipline disparaît des écoles.
  5. 1952 : la renaissance. La Fédération japonaise de kendo (ZNKR) est fondée, et la discipline renaît — cette fois pensée comme une éducation, pas comme une préparation au combat.
Un détail qui a son importanceLe kendo tel que vous le pratiquerez n'est pas une survivance intacte du monde des samouraïs. C'est une discipline reconstruite au XXᵉ siècle, deux fois : dans les années 1920, puis après 1952. Le savoir le rend plus intéressant, pas moins.

L'équipement — et son coût réel

Le sabre

  • Le shinai : quatre lattes de bambou assemblées. C'est l'arme de combat. Comptez 25 à 60 € — et sachez qu'il casse : c'est un consommable.
  • Le bokken / bokutō : sabre de bois, utilisé pour les katas, jamais pour frapper un partenaire.

L'armure (bōgu) — quatre pièces

PièceProtègeÀ savoir
Men Tête, visage, gorge, épaulesLe casque grillagé. C'est aussi une cible
Le torsePlastron rigide, traditionnellement en bambou laqué
Kote Mains et avant-brasGants épais. Ils s'usent vite — le poignet est une cible fréquente
Tare Taille et hanchesPorte votre nom et votre club, brodés sur le rabat central
Le vrai budgetC'est le point qu'on passe sous silence. Un bōgu complet représente un investissement sérieux : de quelques centaines à plus de mille euros selon la qualité. S'y ajoutent le keikogi, le hakama et les shinai. Bonne nouvelle : vous n'en aurez pas besoin avant plusieurs mois, et beaucoup de clubs prêtent une armure le temps que vous confirmiez votre engagement. Ne l'achetez jamais avant l'avis de votre professeur.

Ce que personne ne vous dit : l'attente avant l'armure

Voici le vrai visage des débuts en kendo, et la raison pour laquelle tant de curieux abandonnent.

Pendant six mois à un an — parfois plus — vous ne porterez pas d'armure et ne combattrez personne. Vous passerez vos séances à :

  • Le suburi : des centaines de coupes dans le vide, pour construire une trajectoire de sabre correcte.
  • L'ashi-sabaki : les déplacements, glissés, pieds ne quittant jamais vraiment le sol.
  • Le fumikomi : la frappe du pied avant au sol, simultanée à la coupe. C'est violent pour la plante du pied, et cela s'apprend lentement.
  • La posture et le kiai : se tenir droit, et crier. Oui, crier — beaucoup de débutants trouvent cela plus difficile que la technique.
Comment le vivreNe voyez pas cette période comme une salle d'attente. C'est là que se construit tout ce qui rendra vos futurs combats possibles. Le jour où vous mettrez le men pour la première fois, vous comprendrez pourquoi on vous a fait patienter. Mais sachez-le avant de vous inscrire : si vous cherchez à combattre dès le premier mois, le kendo vous frustrera.

Un cours de kendo : bruyant, intense, épuisant

Oubliez l'image du dojo silencieux. Le kendo est l'un des arts martiaux les plus bruyants qui soient :

  • Le kiai : chaque frappe s'accompagne d'un cri qui annonce la cible. Une salle de kendo en plein assaut est assourdissante.
  • Le fumikomi : la frappe du pied sur le parquet, à chaque attaque. Le sol résonne.
  • Le choc des shinai : bois contre bois, bois contre armure.

Sur le plan physique, c'est exigeant : le keiko (l'assaut libre) est un travail cardio intense, dans une armure lourde et chaude, où l'on enchaîne les attaques sans temps mort. Ce n'est pas une activité douce.

Marquer un point : bien plus que toucher

Quatre cibles seulement sont valables :

  • Men — le sommet de la tête (et ses côtés)
  • Kote — le poignet
  • — le flanc du plastron
  • Tsuki — l'estoc à la gorge, réservé aux pratiquants avancés

Mais — et c'est ce qui déroute tous les débutants — toucher ne suffit pas. Pour qu'un point (ippon) soit accordé, il faut réunir simultanément :

  1. Ki — l'esprit, l'intention, manifestée par le kiai : vous devez annoncer ce que vous frappez.
  2. Ken — le sabre : la frappe doit être portée avec la bonne partie du shinai, selon la bonne trajectoire.
  3. Tai — le corps : le déplacement et le fumikomi doivent être coordonnés à la frappe.
  4. Zanshin — la vigilance après l'attaque. Si vous vous relâchez une fois le coup porté, le point est refusé.
Ki-ken-tai-ichi« L'esprit, le sabre et le corps ne font qu'un. » C'est le principe central du kendo. Un coup parfaitement placé mais mou, sans kiai, ou suivi d'un relâchement, ne vaut rien. C'est ce qui fait du kendo une discipline si difficile à juger — et si exigeante à pratiquer.

Les grades

On progresse d'abord par les kyu (du 6ᵉ au 1ᵉʳ), puis par les dan, du 1ᵉʳ au 8ᵉ. Chaque passage combine généralement une épreuve d'assaut, une démonstration de katas, et parfois un écrit ou un entretien.

Le 8ᵉ danIl est réputé être l'un des examens les plus difficiles au monde, toutes disciplines confondues : le taux de réussite est de l'ordre de 1 %. On ne peut s'y présenter qu'après de longues décennies de pratique. À l'inverse du karaté ou du judo, où la ceinture noire est un objectif accessible, le kendo ne se presse jamais.

Ce que dit — et ne dit pas — la science

Analyse critique — soyons honnêtes

La littérature scientifique sur le kendo est très mince. Contrairement au karaté ou au judo, qui ont fait l'objet d'essais randomisés, le kendo n'a quasiment pas été évalué cliniquement. On ne peut pas lui attribuer de bénéfices chiffrés.

Il existe bien une étude sur l'attention — souvent citée de travers. Il s'agit d'un travail d'imagerie cérébrale (Fujiwara et coll., Frontiers in Human Neuroscience, 2019) qui a comparé la connectivité fonctionnelle de 14 kendokas à celle de 11 non-pratiquants, lors d'une tâche d'attention auditive. Les auteurs ont observé des différences dans le réseau cérébral lié à la motivation.

Ce que cette étude ne montre PAS : elle ne compare pas les kendokas à d'autres sportifs — les témoins ne pratiquaient aucun art martial. Elle ne démontre donc pas que le kendo développerait une concentration supérieure à celle des autres disciplines. Et avec 25 participants au total, tous des hommes, elle reste exploratoire.

Ce qu'on peut dire raisonnablement : le kendo est une activité physiquement intense (assauts en armure, travail cardio soutenu) qui sollicite l'explosivité, les appuis, la coordination et une attention permanente. Ces qualités ont des bénéfices documentés par ailleurs — mais c'est un raisonnement par analogie, pas une preuve.

Kendo ou iaido ?

On dit au Japon qu'ils sont « les deux roues d'une même charrette ». Beaucoup de pratiquants font les deux — et pour cause : ils enseignent des choses opposées et complémentaires.

KendoIaido
AdversaireRéel, en face de vousImaginaire. Pratique solitaire
ArmeShinai (bambou)Bokken, puis iaitō (réplique non tranchante)
ProtectionsArmure complète (bōgu)Aucune
AmbianceBruyante, explosive, intenseSilencieuse, lente, méditative
Effort physiqueÉlevé — vrai travail cardioModéré, mais exigeant en posture
Ce qu'on y apprendLa distance, le timing, la lecture de l'adversaireLa trajectoire juste, la précision, le maniement du sabre
Le vrai obstacleLe coût de l'armure, l'attente avant de combattreLe seiza (position à genoux)

Débuter le kendo

À quel âge ?

  • Les enfants dès 6-7 ans dans la plupart des clubs.
  • Les adultes, à tout âge. Le kendo ne repose pas sur la force brute, et il n'est pas rare de croiser des pratiquants de plus de 60 ans — souvent redoutables, précisément parce que la technique et la lecture du combat priment sur l'athlétisme.

Pour commencer

  • Une tenue de sport ample suffit pour les premiers cours. Le shinai est très souvent prêté.
  • On pratique pieds nus — attendez-vous à des ampoules, surtout à cause du fumikomi.
  • Le keikogi et le hakama viendront ensuite, puis le bōgu, en dernier.

Où pratiquer en France

Le kendo est rattaché au Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées (CNKDR), qui chapeaute également le iaido, le jodo et les disciplines associées. Les clubs sont moins nombreux que ceux de judo ou de karaté : vérifiez d'abord ce qui existe près de chez vous, car cela conditionnera tout.

FAQ — Le kendo

Comptez six mois à un an, parfois plus. C'est le point que les débutants ignorent, et la principale cause d'abandon. Pendant cette période, vous travaillez le suburi (coupes dans le vide), les déplacements, le fumikomi et le kiai. Ce n'est pas une salle d'attente : c'est là que se construit tout ce qui rendra vos futurs combats possibles. Mais si vous cherchez à combattre dès le premier mois, le kendo vous frustrera.
C'est un vrai budget. Une armure complète (bōgu) va de quelques centaines à plus de mille euros selon la qualité, auxquels s'ajoutent le keikogi, le hakama et les shinai — ces derniers étant des consommables, car ils cassent. Bonne nouvelle : vous n'aurez pas besoin du bōgu avant plusieurs mois, et beaucoup de clubs en prêtent. N'achetez jamais avant l'avis de votre professeur.
Beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Oubliez l'image du dojo silencieux et méditatif : le keiko (l'assaut libre) est un travail cardio intense, dans une armure lourde et chaude, avec des enchaînements sans temps mort. C'est aussi l'un des arts martiaux les plus bruyants qui soient, entre les kiai et la frappe du pied au sol. Ce n'est pas une activité douce.
Le kendo se pratique en face-à-face, en armure, avec un sabre de bambou : il enseigne la distance, le timing et la lecture de l'adversaire, dans une ambiance explosive. Le iaido se pratique seul, sans protection, face à des adversaires imaginaires : il enseigne la trajectoire juste, le dégainé et le rengainage, dans le silence. On dit au Japon qu'ils sont « les deux roues d'une même charrette » — beaucoup de pratiquants font les deux.
Le kiai n'est pas décoratif : il fait partie des conditions de validité d'un point. Pour qu'un ippon soit accordé, il faut réunir simultanément l'esprit (ki, manifesté par le cri qui annonce la cible), le sabre (ken, la bonne trajectoire), le corps (tai, le déplacement coordonné) et le zanshin (la vigilance maintenue après l'attaque). C'est le principe du ki-ken-tai-ichi. Un coup bien placé mais sans kiai ne vaut rien.
Soyons honnêtes : la littérature scientifique sur le kendo est très mince, contrairement au karaté ou au judo. Une étude d'imagerie cérébrale de 2019 a comparé 14 kendokas à 11 non-pratiquants et observé des différences dans le réseau cérébral lié à la motivation. Mais elle ne comparait pas les kendokas à d'autres sportifs, et 25 participants restent un échantillon exploratoire. On ne peut donc pas affirmer, chiffres à l'appui, que le kendo développerait une concentration supérieure aux autres disciplines.
Oui. Le kendo ne repose pas sur la force brute : la technique, la distance et la lecture du combat priment sur l'athlétisme, et il n'est pas rare de croiser des pratiquants de plus de 60 ans, souvent redoutables. Attention toutefois : le keiko est physiquement exigeant, et le fumikomi (la frappe du pied au sol) sollicite les articulations. Signalez tout antécédent à votre enseignant et progressez sans brûler les étapes.

Le kendo souffre d'une image fausse — celle d'un art contemplatif en kimono. La réalité est tout autre : c'est une discipline bruyante, explosive, physiquement dure, où l'on frappe à pleine puissance et où l'on transpire dans une armure étouffante.

Et c'est aussi une discipline qui vous fera attendre. Six mois, un an, à couper dans le vide avant de croiser le fer. Un 8ᵉ dan qu'on n'atteint qu'après des décennies. Le kendo ne se presse jamais — c'est ce qui rebute, et c'est exactement ce qui fait sa valeur. Si cette idée vous parle, allez voir un cours. Le reste s'apprend sur le parquet.

Aller plus loin

  • Fujiwara H, Ueno T, Yoshimura S, Kobayashi K, Miyagi T, Oishi N, Murai T. Martial arts "Kendo" and the motivation network during attention processing: an fMRI study. Frontiers in Human Neuroscience, 2019;13:170. doi:10.3389/fnhum.2019.00170 (Université de Kyoto ; 14 kendokas contre 11 témoins non pratiquants)
  • All Japan Kendo Federation (ZNKR) — The Official Guide for Kendo Instruction et Japanese-English Dictionary of Kendo.
  • International Kendo Federation (FIK) — règlements de compétition et disciplines rattachées (kendo, iaido, jodo).
  • Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées (CNKDR) — organisation du kendo en France.
  • Bennett AC. Kendo: Culture of the Sword. Berkeley: University of California Press, 2015 (référence historique sur la formation du kendo moderne et le rôle du Dai Nippon Butoku Kai).
  • Draeger DF. Modern Bujutsu and Budo (The Martial Arts and Ways of Japan, vol. 3). New York: Weatherhill, 1974.

Cet article a une vocation informative. Le kendo est un sport de contact pratiqué avec une arme et une armure : il ne s'apprend jamais en autodidacte et requiert l'encadrement d'un enseignant qualifié. Le keiko est un exercice cardio-vasculaire intense, et le fumikomi (frappe du pied au sol) sollicite fortement les chevilles, les genoux et la plante des pieds. En cas de pathologie cardiaque, articulaire, d'antécédent de blessure, ou avant toute reprise sportive après une longue interruption, demandez l'avis d'un médecin. Signalez systématiquement vos antécédents à votre enseignant. Les bénéfices évoqués reposent sur la nature de la pratique : la littérature scientifique consacrée au kendo reste à ce jour très limitée.

  • Université de Tsukuba (2019) : « The Effect of Kendo Training on Attention and Cognitive Function ». Journal of Sports Science

  • Noma, Hisashi (2003). The Kendo Reader. Kodansha International.

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